29/11/2012 01:28:45
Emploi. Les immigrés sont désavantagés au Québec
Malgré un taux de scolarisation largement supérieur à celui de la moyenne des Québécois d'origine, les immigrés affichent un taux de chômage de deux à trois fois plus élevé. Leurs compétences ne sont pas tant en cause que la discrimination à l'emploi, plus manifeste au Québec que dans d'autres provinces de référence.
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Immigrants Québec

Malgré un taux de scolarisation largement supérieur à celui de la moyenne des Québécois d'origine, les immigrés affichent un taux de chômage de deux à trois fois plus élevé. Leurs compétences ne sont pas tant en cause que la discrimination à l'emploi, plus manifeste au Québec que dans d'autres provinces de référence.

C'est ce qui ressort d'une récente étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Selon les auteurs Laura Handal et Mathieu Forcier, «le problème de la non-reconnaissance des diplômes étrangers non occidentaux est nettement plus important au Québec que dans les provinces canadiennes de comparaison», nommément l'Ontario et la Colombie-Britannique.

Ainsi, au Québec, un immigré diplômé d'un pays dit développé a 60% plus de chances de se trouver un premier emploi qu'un immigré diplômé d'un pays considéré comme moins développé. En Colombie-Britannique, cet avantage n'est que de 36%.

C'est aussi au Québec que la probabilité que l'expérience de travail étrangère soit reconnue est la plus faible (32%). C'est en Ontario que cette probabilité est la plus élevée (47%).

«Même avec un diplôme canadien en poche, les immigrés ont plus de mal ici qu'ailleurs à dénicher un emploi», observe Mme Handal.

Résultat: au Québec, parmi les détenteurs d'un diplôme universitaire, le taux de chômage est trois fois plus élevé chez les immigrés que chez les natifs.

La langue y est-elle pour quelque chose? Les chercheurs émettent des réserves et évoquent notamment le fait que le taux d'emploi des Maghrébins est inférieur à celui des non-francophones.

L'écart se creuse

Malgré cela, la situation n'est pas nécessairement très rose dans l'ensemble du Canada, où l'écart entre Canadiens de souche et immigrés se creuse. «En 1980, les nouveaux immigrants au Canada gagnaient en moyenne l'équivalent de 85% du salaire moyen des natifs. En 2005, cette proportion avait chuté à 63%.»

Au Canada, de façon générale, les minorités visibles sont particulièrement touchées. «Alors que le taux de chômage moyen des immigrés européens tombe sous la moyenne nationale après 10 ans au pays, celui des immigrés africains est 65% plus élevé», peut-on lire dans l'étude de l'IRIS.

Selon les économistes de la Banque TD, l'économie canadienne gagnerait l'équivalent de 370 000 travailleurs supplémentaires en réduisant simplement l'écart qui sépare les taux d'emploi des immigrés et des natifs.

Parfois, la discrimination est flagrante - les CV des candidats aux noms étrangers sont jetés illico à la poubelle, par exemple. Parfois, c'est plus insidieux. Les auteurs précisent par exemple que le bouche à oreille, méthode de recrutement de prédilection pour 70% des employeurs, pénalise les nouveaux arrivants, dont le réseau de contacts est souvent limité.

Des solutions? Outre la lutte au corporatisme, les auteurs Laura Handal et Mathieu Forcier suggèrent entre autres de multiplier les programmes de stage et de mentorat et d'accroître l'autorité des avis publiés par le service d'évaluation de diplômes du ministère de l'Immigration - qui sont souvent ignorés par les employeurs.

Selon les auteurs, le Québec aurait notamment intérêt à s'inspirer de l'Ontario, où une agence d'évaluation (le WES) «effectue des équivalences standardisées qui bénéficient d'une [...] grande autorité».

L'étude de l'IRIS est constituée d'une revue de la littérature et d'analyses de statistiques gouvernementales.

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