01/12/2012 08:09:03
Le signal des troubles égyptiens
L'Histoire accélère sa marche et découvrira rapidement, Dieu aidant, la vérité !
Irib
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Mohammed Morsi

Les manifestations populaires contre Morsi semblent plus importantes que celles en sa faveur, car la situation du pays s’est aggravée alors qu’aucune mesure –surtout pas l’aide apportée par le FMI- n’a envisagé la clef du problème égyptien, celui de la confiance donnée aux entrepreneurs ; la politique de cette génération technocratique, dont le Président formé à la vie américaine Morsi est un échantillon, croit en la magie financière et recouvre d’idéologie, ici libérale, là libero-musulmane ou de quelque mixte que l’on veuille par une alliance de  mots et d’images, le manque de connaissance des rouages d’une société ancienne, multiforme et qu’il faut encourager à survivre en lui insufflant une confiance.

C’est le chemin inverse qui est suivi, car au lieu d’asseoir une autorité et de se conférer une couronne, la pyramide, peut-on dire, repose sur sa tête ! Et cette gaucherie donne une grande consistance aux partis d’opposition, -jusque là rien à redire-, mais surtout aux corps de métiers, dont la justice assure la protection. C’est, dira-t-on, un corps conservateur, mais que redoute un honnête travail à la conservation ? Il redoute, au contraire, l’arbitraire du non-droit, la pose révolutionnaire qui nomme bien du peuple la spoliation opérée par les chevaliers d’industrie, comme on nommait autrefois des aventuriers de l’économie et des finances qui partaient se battre contre les naïfs.

M. Morsi a ainsi agi de façon étourdie, certes, mais son acharnement à ne pas entendre les reproches d’arbitraire qui lui sont adressés auraient-ils une utilité pour certains ? Le pays est soumis, depuis la chute de Moubarak dont on sait qu’il soutenait le Fatah contre le Hamas, à une occupation plus franche des spéculateurs du Golfe persique. Tout chargé que soit l’Ancien Régime, était-il plus ou moins ouvert à ces envahisseurs ? La même question vaut pour Ben Ali. Il ne s’agit pas de le blanchir, mais de s’interroger sur l’intérêt que peut représenter une organisation de la Fraternité musulmane, découpée en tendances pour se donner un aspect démocratique et dissimuler la source  qui les nourrit et protège, laquelle se satisfait de ce nouveau Pharaon qui écarte les tenants de l’ère Moubarak, -encore qu’il faudrait voir cela de près, notamment dans l’infrastructure policière et militaire- mais jette le bébé, selon l’expression populaire avec l’eau du bain ; à savoir, prive l’Egypte d’un Etat de droit pour y substituer un Moubarisme plus vrai que l’ancien, parce qu’ouvertement dictatorial.

Le résultat périlleux est de priver l’Egypte d’un ressort d’indépendance crédible. A force d’avoir pendant un an clamé que les révolutions poussaient dans le jardin arabe, l’on a oublié que la révolution c’est d’abord et uniquement l’indépendance, l’autonomie –comme on dit en philosophie morale- et si la terre tourne autour d’elle-même et du soleil dans la révolution dite « copernicienne », c’est autour de soi qu’un pays se révolutionne. L’exemple iranien est là pour dire que la révolutionne crée pas une  idéologie ou une religion, mais conserve celle qui existe, comme un patriotisme exprime la réalité nationale ; c’est ce genre de révolution qui est brisé en Syrie, tout comme c’est l’existence d’une communauté qui est réprimée à Bahreïn, et c’est au contraire contre ces réalités que l’on –à savoir l’Occident manipulateur et ses clients orientaux,- fabrique des fictions.

C’est ce qu’ont compris les manifestants de la place de la Liberté cairote, et maintenant ceux qui les appuyaient y voient, comme les Staliniens d’antan, des « libéraux », des asociaux, des « nostalgiques de l’Ancien Régime », avec la même conviction qui envoya les artisans parisiens énervés de ce que l’on ne fit rien de concret et de logique- à l’échafaud, pendant que les spéculateurs sur la monnaie devenaient cette future « aristocratie » ex jacobine qu’on détaille dans la Comédie humaine de Balzac.

Que pourra-t-on attendre d’un tel chaos autoritaire, orchestré d’en haut, come garantie des accords internationaux, dans la région où Israël pleure, assassine et ameute le monde contre le nouveau diable entravant ses efforts pacifiques, que serait l’Iran ? Une aubaine pour ces forces en question, ou fauteurs de troubles dans les rangs des soutiens naturels des Palestiniens, et des Syriens, est le partage de l’Egypte en deux camps qui s’invectivent et se rejettent les accusations d’hypocrisie, de mécréance ou du crypto- pharaonisme !

La question que chacun devra se poser, à moyen terme dans le temps, est : pour quelle raison, sans aucune menace, par exemple de putsch militaire, le Président ayant déjà le pouvoir exécutif et législatif en main a –t-il lancé cette provocation contre des juges ? Sa réponse, toujours « stalinienne » serait bien : pourquoi ne seraient-ils par des gardiens de l’ancienne loi du tyran déchu ? A cette question arbitraire, l’on pourrait rétorquer : et qui nous interdit de pousser plus loin la suspicion et de ne pas supprimer-comme l’avait fait Nasser- la fraternité musulmane comme œuvrant à l’encontre du bien commun national ? La dispute est bien infinie.

Mais ce qu’on entend dans les manifestations est le reproche d’inertie. Un gouvernement avec une  majorité serrée mais réelle, ne peut-il faire autre chose que de créer les prémisses d’une guerre civile, laquelle prolongerait celle de Syrie, sauf que les anarchistes n’auraient pas  à franchir les frontières pour décimer les cadres, mais à sortir des ministères ! Pense-t-on sérieusement contribuer ainsi à alléger les souffrances de Gaza et aussi la misère croissante des chômeurs et des gens ruinés ?

L'Histoire accélère sa marche et découvrira rapidement, Dieu aidant, la vérité !

Pierre Dortiguier

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