03/11/2009 17:26:26
Les États-Unis fermes pour une enquête onusienne sur les massacres en Guinée
Ils sont horrifiés par le bilan des victimes qui pourrait être révisé à la hausse
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Washington - Le gouvernement des États-Unis appuie fermement la création d’une commission des Nations unies chargée d’enquêter sur les horribles meurtres et attaques sexuelles perpétrés le 28 septembre dernier en Guinée, lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants pro-démocratie, tuant plus de 150 d’entre eux et violant de nombreuses autres personnes.


 http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/afp/dos1/photo_1230033528102-8-0_w350.jpgLe sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines, M. William Fitzgerald, a réitéré la position des États-Unis le 28 octobre, à l’Institut des États-Unis pour la paix situé à Washington, où il participait à une conférence sur la situation en Guinée. Y prenaient part également M. Dane Smith, ancien ambassadeur des États-Unis en poste en Guinée de 1990 à 1993, et M. Siba Grovogui, professeur guinéen de sciences politiques à l’université Johns Hopkins.

 

Le 16 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé une résolution condamnant les massacres en Guinée et appuyant la création d’une commission d’enquête à ce sujet. « Nous sommes certainement en faveur d’une telle commission », a déclaré M. Fitzgerald, un diplomate de carrière qui a occupé, entre autres, des postes en Afrique de l’ouest. Cette commission, d’après ce qu’il a compris, serait chargée de déterminer les faits en enquêtant auprès des victimes et des témoins plutôt qu’en cherchant des indices sur les lieux des crimes ou par exemple en exhumant les corps. « Cette tâche est très importante et devrait être entamée dans les meilleurs délais », a ajouté M. Fitzgerald. Il a réitéré le fait que la secrétaire d’État, Mme Hillary Rodham Clinton, et le peuple américain demeuraient « horrifiés » par ces attaques, ajoutant qu’à son avis, le bilan des victimes pourrait se révéler beaucoup plus élevé. M. Fitzgerald a aussi indiqué que le gouvernement des États-Unis envisageait d’adopter des sanctions ciblées contre certains Guinéens, dont de hauts responsables et d’autres personnes impliquées dans la violence.

Le 23 octobre, les États-Unis ont imposé des restrictions à l’entrée sur leur territoire contre certains membres de la junte et du gouvernement guinéens. Cette mesure vise également d’autres personnes qui soutiennent une politique ou des activités néfastes au retour de la démocratie et de la primauté du droit en Guinée. « Après avoir vécu pendant des décennies sous un régime autoritaire, les citoyens de la Guinée ont le droit de choisir leurs propres dirigeants », a déclaré le porte-parole du département d’État, M. Ian Kelly, dans un communiqué publié le 29 octobre. « La junte militaire au pouvoir a fait montre de son mépris des droits de l’homme et de son incapacité de guider la Guinée vers la démocratie par la voie d’une transition pacifique.»

 

S’exprimant devant un vaste auditoire d’experts sur la Guinée, de diplomates, de responsables gouvernementaux et de défenseurs des droits de l’homme, M. Fitzgerald a indiqué que, selon Human Rights Watch, « les meurtres (...) et en particulier la violence sexuelle ont été organisés, sinon par le commandant Moussa Dadis Camara, du moins par ses proches collaborateurs (…) dans le cadre d’une tentative d’intimidation qui pourrait bien être la plus grave que l’on ait observée depuis longtemps en Guinée. » Il a aussi qualifié d’intimidation quatre meurtres qui ont été récemment perpétrés en Guinée. « Je m’inquiète de la situation politique et de la possibilité de tenir des élections dans de telles circonstances », a dit M. Fitzgerald.

 

Il a ensuite a expliqué qu’il avait été dépêché en Guinée par le département d’État peu après le massacre pour un entretien avec M. Camara à qui il avait dit : « Vous êtes personnellement responsable de ce qui s’est passé au stade (où une grande partie de la violence a eu lieu), que vous ayez joué un rôle direct ou non dans ces événements. » Le dirigeant militaire a répondu qu’il était ce jour-là dans son bureau, sur une base de l’armée, qu’il avait appris que quelque chose allait se passer et qu’il avait tout fait pour tenter de l’empêcher. Mais M. Fitzgerald a affirmé qu’en fait, M. Camara savait la veille que l’opposition allait tenir un rassemblement. « Qu’il ait ou non organisé les attaques et donné le champ libre à ses hommes de main - responsables de véritables actes de déprédation -, je pense qu’il savait ce qui allait se passer et qu’il n’a certainement rien fait pour empêcher la violence. »

 

Il a aussi qualifié M. Camara « d’imprévisible », ajoutant qu’il lui avait dit lors de leur entretien : « En 50 ans, la Guinée a eu deux présidents et je ne suis au pouvoir que depuis huit mois. Comment voulez-vous que je contrôle l’armée - une armée dont j’ai hérité et qui n’a eu aucun entraînement depuis des années et des années ? » M. Camara a ensuite déclaré : « Je ne peux pas quitter le pouvoir ; qui contrôlerait l’armée alors ? Ces propos représentent le genre de personne qu’est M. Camara », a dit M. Fitzgerald lors de la conférence.

 

Donnant une vue générale de la politique des États-Unis à l’égard de la Guinée, M. Fitzgerald a déclaré : « Nous œuvrons au niveau multilatéral de concert avec plusieurs organisations, notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et nous appuyons la médiation du président burkinabè, M. Blaise Compaoré. » M. Fitzgerald a aussi fait l’éloge de l’Union africaine (UA) pour sa réponse à la crise et pour « le rôle très important qu’elle joue », ayant exigé de M. Camara de révéler s’il avait des ambitions présidentielles mais n’ayant toujours pas obtenu de réponse à ce sujet. L’UA envisage sérieusement d’imposer de nouvelles sanctions contre le dirigeant de la junte, a dit M. Fitzgerald.

 

Il a aussi précisé que la politique des États-Unis ne visait pas seulement à répondre à la prise du pouvoir de manière illicite en Guinée, mais aussi à la menace qu’une telle situation constitue pour les pays du Groupe de la rivière Mano. « La communauté internationale a tellement investi (dans cette région), les populations de la Sierra Leone et du Libéria ont tellement souffert, qu’il est inacceptable d’avoir dans cette zone une force négative qui constitue un danger pour tous les États », a dit M. Fitzgerald.

 

Il a indiqué que les États-Unis se félicitaient du fait que l’Union européenne avait imposé des sanctions relatives aux visas contre certains Guinéens, et que Washington se préparait à prendre des mesures semblables contre le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) dont sont membres plusieurs responsables du coup d’État - contre ceux d’entre eux qui sont au pouvoir et ceux qui continuent à soutenir le régime Camara. M. Fitzgerald a néanmoins reconnu que l’influence des États-Unis sur la Guinée « n’était pas aussi importante que nous l’aurions souhaité ». « Mais il y a certaines mesures que nous pouvons et avons l’intention de prendre », a-t-il affirmé.

 

Il a précisé que le département d’État était en train de consulter le ministère américain des finances « pour déterminer quels sont les particuliers qui bénéficient illicitement de la situation, les membres du gouvernement, du CNDD ou autres qui ont détourné des fonds publics et les ont déposés dans des comptes à l’étranger, notamment aux États-Unis », a dit M. Fitzgerald.

Revenant aux massacres du 28 septembre, il a affirmé : « Quelqu’un doit rendre des comptes. L’impunité est entièrement inacceptable. » En conclusion, M. Fitzgerald a dit : « La Guinée traverse une période dangereuse et nous suivons la situation de près. »

 

(Les articles du «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

Charles W. Corey

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