03/11/2009 18:11:58
Climat: l'épreuve de force s'engage Barcelone
BARCELONE - Les pays africains lancent un ultimatum aux Occidentaux
Le Devoir
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Pendant que des centaines de manifestants se massaient devant le centre de conférence de Barcelone avec des horloges et des réveille-matin pour indiquer aux négociateurs que le temps pressait, à l'intérieur, les délégués de l'Afrique quittaient les comités de travail, mais pas la plénière où chaque pays fait le point.

Les Africains ont lancé un ultimatum aux pays développés, expliquait hier de Barcelone Steven Guilbeault, du groupe Équiterre: «Ils ont dit aux pays développés qu'ils ne participeront plus aux pourparlers tant que les Occidentaux n'auront pas défini leur objectif de réduction des gaz à effet de serre pour la période 2012-2020 et précisé, pour chacun d'entre eux, une cible particulière.»

Le représentant d'Équiterre estime qu'il est plausible que les Africains obtiennent l'appui du G77, maintenant présidé par le Soudan. C'est d'autant plus plausible, dit-il, que le G77 a quitté les délibérations lors de la récente conférence de Bangkok quand le Canada a voulu aller à la baisse par rapport aux consensus des dernières conférences.

La série de négociations amorcée hier à Barcelone -- jusqu'à vendredi -- est la dernière conférence préparatoire avant le grand rendez-vous de Copenhague où la communauté internationale doit arrêter les modalités de la reprise en mains du climat de la planète à compter de 2013, soit au moment où la première phase de réductions des GES convenue à Kyoto pour les pays développés doit se terminer.

Pour le secrétaire de la convention de Rio sur le climat, Yvo de Boer, «les pourparlers de Barcelone doivent traduire un réel progrès et mettre en place les fondations de Copenhague. Nous n'avons que cinq jours pour y arriver, pour réduire le nombre de choix à soumettre à la conférence par des textes solides. Mais on peut y arriver, à mon avis».

Présentement, les 175 pays présents à Barcelone doivent réduire un texte de plus de 100 pages qui porte sur les réductions de GES de chaque bloc économique -- pays développés, émergents ou en développement -- sur l'adaptation aux changements climatiques, sur les transferts technologiques, sur le potentiel des forêts comme puits de GES, etc.

La ministre danoise du Climat et de l'Énergie, Connie Hedegaard, qui présidera la conférence de Copenhague, a tenu à répliquer hier à ceux qui tentent de minimiser déjà la portée de la conférence de décembre: «Parvenir à une entente, a-t-elle déclaré, ne sera pas facile. Mais cela ne sera pas plus facile l'an prochain ou l'année suivante.»

Yvo de Boer a même été plus loin en reprochant aux pays développés de n'avancer que de timides réductions de leurs émissions, un domaine où le Canada ferme la marche avec seulement -3 % par rapport à 1990. Selon Yvo de Boer, les pays occidentaux s'en tiennent à des réductions de -10 à -15 % alors que les scientifiques disent qu'il faut viser entre -25 et -40 % pour freiner la hausse du climat d'ici 2015. Du côté des États-Unis, on évaluait officieusement pour la première fois autour de -7 % les réductions planifiées dans le projet de loi Waxman-Markey.

Ce projet entrera d'ailleurs dans une phase critique aujourd'hui à Washington alors que les projets de loi émanant de la Chambre des représentants et du Sénat sur le contrôle des émissions de GES vont être soumis à la difficile opération d'harmonisation. Mais d'ores et déjà, il est loin d'être acquis que le plan appuyé par le président Obama pourra obtenir une majorité au Sénat. En plus des républicains conservateurs qui négocient leur appui en échange d'un plan d'expansion majeure du nucléaire, plusieurs démocrates des États dépendants du charbon et du pétrole, sont réticents à l'idée de plafonner les émissions de GES et de créer un marché d'échanges de crédits d'émissions.

Le pas majeur franchi la semaine dernière par l'Union européenne sur le financement des politiques d'adaptation des pays en développement aux changements climatiques ne semble pas avoir incité les États-Unis à s'engager davantage. L'UE a fixé à 100 milliards de dollars américains par année la contribution des pays développés aux pays en développement pour les aider à faire face aux impacts d'un réchauffement dont ils vont être les victimes principales sans y avoir participé sauf marginalement.

La Norvège, le Mexique et le G77 ont proposé d'inclure une taxe internationale sur les achats de permis et les échanges de crédits de GES pour financer cette politique d'aide.

En comparaison, d'après le site Wikipédia, les différents pays de la planète ont mobilisé plus de 2000 milliards pour juguler les crises bancaires et financières des deux dernières années.

Louis-Gilles Francoeur

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