05/11/2009 16:16:21
Si biya partait aujourd'hui...
Tout le monde voit de ses yeux et sent dans sa chair comment le Renouveau a produit son exact contraire, comme si l’appareil monolithique du système néocolonial revêtu d’habits neufs par M. Biya, au-delà du refus de réaliser son discours, lui disait : « protège-moi, sers-toi à volonté et laisse-moi faire » Le paradoxe de la situation c’est que le néant de l’Etat devient tyrannique, parce que chaque petit détenteur d’une parcelle de pouvoir se met désormais à la place du Chef de l’Etat et agit en tout comme pour dire « l’Etat c’est moi ».
Le Messager
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Voici 27 ans que M Biya a inauguré son règne de Chef d’Etat en introduisant dans le corpus doctrinal de la politique camerounaise « le Renouveau national ». Un an plus tard, en septembre 1983, au Congrès extraordinaire de l’UNC qu’il avait convoqué, il présenta cette notion comme un choix de rupture par rapport à la période antérieure.

Le 10 février 1984, lors de son discours circonstanciel à la Jeunesse, il informa la nation que les mots d’ordre du « Renouveau national » seront « la rigueur et la moralisation, la libéralisation et l’ouverture démocratique, le style nouveau dans l’action de l’Etat et du parti, la dynamique nouvelle pour mobiliser l’ensemble de la société camerounaise ».

Il y avait déjà là de quoi faire rêver tous les Camerounais que la démission de M. Ahidjo semblait avoir libéré d’un quart de siècle d’oppression, et cela, même avant que sa thèse ne soit consignée dans un livre en guise de projet de société sous le titre « Pour le libéralisme communautaire ».

Trois décennies ont défilé, et à la veille d’une énième candidature quasi certaine de M Biya à la Présidence de la République, les Camerounais et tous ceux qui aiment le Cameroun se posent encore la question suivante : où donc est passé le Renouveau ? » Et je connais un politologue, cadre du parti au pouvoir qui aurait posé la question ainsi : « Pourquoi le Renouveau formulé depuis (27 ans) est-il resté essentiellement une idée(...) alors qu’on s’attendait à ce qu’il devienne une pratique et qu’il irrigue tout le tissu social, pour provoquer un changement de mentalité (et) donc, de comportement ? »Ce devrait être une tragédie pour un cadre du Rdpc de se poser une telle question au crépuscule du règne de son président qui souhaiterait avoir apporté la démocratie à son peuple. Et pourquoi pas en prime le développement ?

En 2009, 40,2% des 18 millions de Camerounais vivent en dessous du seuil de la pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 500frs Cfa par jour. 25% des mêmes 18millions de Camerounais (diplômés ou illétrés) sont sans emploi. Les plus ou moins 17O 000 agents de l’Etat n’ont jamais vu revenir le niveau de leurs salaires qui a baissé de plus de 70% depuis 1993, même si une poignée d’entre eux, par les détournements criminels des fonds publics et la corruption, est devenue milliardaire avant nos capitaines d’industries. Dans une ville comme Douala (plus de 3 millions d’hts), le nombre de repas en famille est passé de 03 à 01 en 25 ans de Renouveau.

Côté inégalités, d’après les chiffres publiés par le Pnud en 2005, le Cameroun avait 19 médecins pour 100 000 habitants ; 34% de la population n’avaient pas accès à l’eau potable ; la mortalité maternelle était de 1000 décès pour 100 000 naissances ; et la probabilité à la naissance, de ne pas survivre jusqu’à 40 ans était de 35%. Pendant ce temps, 20% de la population (les plus riches du pays) empochaient 50,9% des revenus du pays, contre moins de 40% pour le reste de la population, dont 5,6% pour les plus pauvres (20% de la population).

Dans le meilleur des cas, ces inégalités devraient avoir cru au moins dans la même proportion que la population, et que l’atonie économique dont on a vécu l’épiphénomène en février 2008.

Faut-il parler de l’anarchie qui règne désormais dans l’Administration du pays, autorisant que ses fils les mieux traités se muent en prévaricateurs les plus corrompus et corrupteus, les plus repliés sur leurs villages au détriment de l’intérêt général, sous le manteau commode d’ « élites intérieures et extérieures. ? C’est comme si le slogan « moins d’Etat dans l’économie » du Fmi, était devenu pour les fonctionnaires camerounais, « moins d’Etat »

tout court. Moins d’Etat en démocratie signifie : plus d’autorité publique. Quoi d’étonnant donc, à ce que les dysfonctionnements structurels, l’inertie et la permissivité se soient institutionnalisés, et que seuls le pillage, la prédation et la fraude sur tout, et partout…soient activés par la cupidité des uns et la famine des autres ?

Tout le monde voit de ses yeux et sent dans sa chair comment le Renouveau a produit son exact contraire, comme si l’appareil monolithique du système néocolonial revêtu d’habits neufs par M. Biya, au-delà du refus de réaliser son discours, lui disait : « protège-moi, sers-toi à volonté et laisse-moi faire » Le paradoxe de la situation c’est que le néant de l’Etat devient tyrannique, parce que chaque petit détenteur d’une parcelle de pouvoir se met désormais à la place du Chef de l’Etat et agit en tout comme pour dire « l’Etat c’est moi ».

Et comment le peuple camerounais peut-il changer une telle situation si le Renouveau en 27 ans n’est pas passé de l’idée à la pratique avec son contenu « d’ouverture démocratique » ?

La situation politico-sociale camerounaise appelle ici et maintenant une alternance au pouvoir. Malheureusement, le multipartisme camerounais n’est ni l’indice d’une démocratie qui permet au peuple ( demos ) de choisir ses dirigeants, ni même l’opportunité d’un pluralisme d’opinions dans un pari.. En définitive, Si M. Biya partait aujourd’hui, sa plus grande réussite politique aura été de conférer à un parti monolithique au pouvoir, et à ses excroissances périphériques, l’exclusivité de l’activité politique consistant d’ailleurs seulement à une lutte frauduleuse pour la conquête du pouvoir.

Et tandis que cette classe politicienne, comme dans un panier à crabes, se tue pour la mangeoire nationale, la nation profonde, elle, a abandonné sa souveraineté politique à cette race d’ « élite intérieure et extérieure » qu’on appellerait volontiers « le peuple des motions de soutien » et qui, comme dans toute Cour, fait constamment écran pour empêcher le Roi de voir ses sujets.

Jean Baptiste SIPA

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