06/11/2009 16:24:41
Tchuinté vs. Michel Mombio: Comment la justice a piégé notre confrère
Le Directeur de publication de L’Ouest Républicain passera encore deux années en prison, si rien n’est fait. Le poids des amendes est manifestement trop lourd.
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

« Ce verdict est trop sévère. Et à supposer que Michel Mombio soit vraiment coupable des faits qui lui sont reprochés, on se demande quelle est la visée ce jugement, si ce n’est de le réduire durablement au silence. » Ainsi s’exprimait un confrère à la sortie du tribunal le 19 octobre dernier. De fait, rendus au greffe pour payer les 265 000 F d’amendes, les proches de notre malheureux confrère ont été surpris, qu’on leur présente plutôt un montant de 1.265.000 F. « Une somme hors de portée en l’état actuel des choses. Cette affaire nous a fait saigner. Car il a fallu pour mon cadet de s’arranger pour survivre dans l’enfer de la prison de Kodengui, et s’occuper de sa famille restée à Bafoussam, à quelque 300 Km de là. Mon petit frère, comme 90 % des camerounais au moins, est pauvre. Il n’en a pas honte. Contrairement à ce qu’a prétendu le procureur, il se moque de l’argent. » s’épanche son aîné Kemmegni François. Une autre source ajoute que l’objectif de Madeleine Tchuinté, qui manifestement téléguide le dossier, est de museler Michel Mombio, au moins jusqu’aux prochaines échéances électorales : « C’est quelqu’un d’incontrôlable et qui n’a pas froid aux yeux. On l’a vu durant le procès, et Awono Elélé le PR s’en est d’ailleurs plaint : il les a regardés droit dans les yeux avec courage, les bravant du regard et les désarmant du verbe. De cet affrontement ‘’visio-verbal’’, c’est Michel Mombio qui est sorti vainqueur. J’en veux pour preuve le fait qu’on lui a reproché de n’avoir pas demandé pardon !» souligne un confrère.

Complot de femelles

Quoiqu’il en soit, ce fut selon les observateurs impartiaux, un procès inique au cours duquel la présidente a pris fait et cause pour l’accusation. Durant 13 mois, elle a renvoyé la cause pour un oui ou un non, attribuant chaque fois le renvoi à la défense. « Elle a tellement renvoyé qu’elle a oublié de donner l’occasion à la défense d’interroger le témoin de la plaignante, tout comme elle n’a jamais demandé à entendre les éventuels témoins de la défense. », confesse un des avocats de notre confrère. Revenant sur l’absence de soutien de la confrérie à ce journaliste, un reporter couvrant le procès se veut clair. « Elle est loin l’époque héroïque où Pius Njawé et compagnie étaient défendus bec et ongle. La corruption est passée par là, et les confrères pensent plus à ménager leurs intérêts avec les plaignants surtout lorsqu’ils sont du gouvernement, car ils gagnent des marchés publics dans l’ombre. Les regroupements de professionnels de journalistes tels l’UJC, sont des coquilles vides dont les responsables se servent à des fins personnelles. Même si j’avoue que Michel Mombio y est allé un peu fort, la question que je me pose est de savoir si cette ministre mérite plus d’égards au vu de son comportement présent et passé. En fait, son journal n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde susurre.»

Il soutient en outre que Michel Mombio paie le prix de son insolence. : « Il ne ménage personne dans ses interventions lors des débats radiophoniques, ni politiques, ni journalistes. Bien qu’il soit du RDPC, il n’hésite pas à critiquer son président national Paul Biya. Tout comme il soulève des problèmes qui fâchent tels que la marginalisation des Bamilékés, la représentation de ceux-ci au gouvernement et ailleurs par des fraudeurs. Sa franchise et son verbe cru ne plaisent pas. Ce qui est mortel dans une société de faux semblant, d’impostures et de mensonges comme la nôtre. Il fallait donc le salir pour le discréditer. Lekéné Donfack avait échoué en 2004, Madeleine Tchuinté y est parvenue en 2009, avec la ruse des femmes. » Mais pour combien de temps ? Ceux qui connaissent notre confrère savent qu’il faut bien plus que ce qu’il subit actuellement pour l’abattre. C’est un rebelle : « Je sais qu’il avait engagé des enquêtes sur les dossiers contre Tchuinté annoncés dans son journal. Il s’agit notamment du rôle présumé de cette ministre dans la trahison de Mgr Dongmo Albert qui conduisit à son exil, et dans la mort de Me Bobda assassiné il y a une vingtaine d’années à Bafoussam par un policier. Etamé Massoma, actuel ministre chargé du contrôle de l’Etat, était alors gouverneur de la province de l’Ouest, et le nom de sa collègue Tchuinté avait été cité. D’autant que le policier, dont la peine vient d’être confirmée, était du même village qu’Etame Massoma, et Me Bopda était un Bayangam comme Madeleine Tchuinté. On comprend pourquoi elle voulait faire interdire L’Ouest Républicain et  priver Michel Mombio de son droit d’exercer sa profession.»

Elle a partiellement réussi, car à la veille de la réunion dans notre pays des assises des journalistes francophones, il aurait été scandaleux de prononcer une lourde peine contre lui. Yvonne Akoa la juge, qui semble, selon une source, s’être autoproclamée « parangon des femmes victimes des hommes », a rusé en le frappant d’une forte amende. Histoire de le maintenir subrepticement en prison s’il ne paie pas, ou de le déséquilibrer financièrement s’il parvient à payer. On ne peut dès lors qu’être d’accord avec Michel Mombio, lorsque, en riant, il déclarait à sa fille aînée à la sortie d’audience : « Tu vois ma chérie, je suis victime d’un complot de femmes »...

Didier Tchuenkam

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE