09/11/2009 04:54:16
CBC, le Dg nommé Administrateur provisoire pour 6 mois
A la vue de la décision de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac), nommant un administrateur provisoire à la tête de la Commercial Bank Cameroon (CBC), ceux qui avaient depuis un an au moins annoncé cette nouvelle  pourraient laisser éclater leur plaisir en se satisfaisant que « c’est enfin arrivé».
AGA MEDIAS
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 Un plaisir essentiellement morbide et irresponsable. Martin Luther Njanga Njoh, l’actuel directeur général désigné le 09 juin dernier par le Conseil d’administration de la CBC, justement pour mettre en œuvre le plan de restructuration adopté alors par cet organe social de l’établissement bancaire camerounais, a été nommé le 3 novembre dernier, administrateur provisoire du principal établissement du groupe bancaire camerounais. La décision, notifiée à l’entreprise dans la journée du vendredi 6 novembre 2009, indique que le nouvel administrateur provisoire a 6 mois pour mener à terme les opérations prévues dans cette forme juridique de l’entreprise.

Conséquence immédiate : les organes sociaux traditionnels de cette société anonyme, que sont le Conseil d’administration et la Direction générale, sont  mis en berne. L’administrateur provisoire, qui ne répond désormais que devant la Cobac, filiale de la Beac, présidée d’ailleurs par son Gouverneur, a les pouvoirs les plus étendus, sous le contrôle de la seule Beac, pour gérer l’entreprise.

Cette décision inédite, en ce qu’elle fait du Dg en fonction l’Administrateur provisoire, peut au premier abord laisser penser qu’il s’agit d’une continuité amiable entre les dirigeants du groupe Commercial Bank et la Cobac. Et donc que l’issue de cette administration provisoire sera moins heurtée que celles connues jusqu’ici avec certains établissements crédits ou de micro crédits tels Amity Bank, Cofinest, UBC, etc.

Quelque soit ce l’avenir révélera, que nous attendons de voir sur pièce, avant de tirer des conclusions sur l’option de la Cobac, on peut à juste titre considérer cette décision comme l’épilogue d’une perspective longtemps organisée à l’avance par les responsables communautaires.

L’on se souvient en effet que sur la base des rapports non officiels de la Cobac, «Aurore Plus» avait déjà annoncé cette le 28 novembre 2008. Soit presque un an jour pour jour avant la décision officielle de cette semaine. Information à l’époque non confirmée ni par la CBC ni même  par la Cobac. Réunie à Libreville le 26 novembre 2008, la Cobac avait d’ailleurs indiqué, dans le communiqué officiel ayant sanctionné ses travaux, et publiée après  les proclamations de ce journal, qu’aucune nouvelle  administration provisoire n’avait été décidée. D’où le procès en diffamation et propagation intenté aussi bien par  l’établissement bancaire que l’un de ses responsables.

 

Décision annoncée un an à l’avance

La CBC qui estimait alors, avec raison d’ailleurs, être victime de propagations de fausses nouvelles préjudiciables pour son équilibre, « Aurore Plus » ayant soutenu ses écrits en affirmant qu’elle était « en faillite ». Plus grave encore, ce journal avait prétendu que l’un de ses principaux dirigeants, Georges Djadjo était en fuite avec plus de 1,2 milliards prélevés des comptes de la banque. Ce dernier, alors Dg Capital Financial Holding, le pool financier du groupe Commercial Bank, en voyage professionnel à Casablanca au Maroc, s’était séparément constitué partie civile dans ce procès dont le verdict en première instance a été rendu jeudi dernier, 05 novembre 2009. « Aurore Plus », dont les avocats ont tenté de plaider la bonne foi, au motif qu’elle s’était appuyée, du moins s’agissant du chef d’accusation relatif à la faillite de la Cbc, sur les documents de la Cobac, a été reconnu coupable de propagation de fausses nouvelles et diffamation l’encontre de la CBC et de M. Djadjo. Le Directeur du journal a par conséquent été condamné à 18 mois de prison avec sursis pendant 3 ans. Cette condamnation est assortie de peines pécuniaires suivantes : 30 millions de Fcfa de dommage et intérêts pour le préjudice matériel et 20 millions pour le préjudice moral. Ils ont en outre  été condamnés à verser au trésor public une amende de 10 millions Fcfa ainsi de 25. 000 Fcfa de dépens.

 Les deux parties ont immédiatement annoncé devoir faire appel de ce jugement. La CBC estime en effet que cette annonce fausse, du moins prématurée, si l’on s’en tient à l’évolution de la semaine dernière, a sapé les efforts de redressement entrepris depuis quelque temps par les dirigeants de l’entreprise, à la suite des contrôles réglementaires de la COBAC. Elle demandait alors 8 milliards de Fcfa en réparation des préjudices subis. « Aurore Plus » quant à elle allègue toujours sa bonne foi.

Quelque soit l’évolution de la procédure en appel, on ne peut manquer de s’interroger sur la concomitance de ces décisions, qui, comme en synchronie, tombent la même semaine. D’autant qu’en audience, le représentant du ministère public – qui représente le ministère de la justice -  a soutenu la bonne foi du journal, alléguant que les rapports pourtant non officiels de la Beac avaient emporté la religion du journaliste. Une première en matière de délit de presse au Cameroun.

C’est surtout la décision désignant un administrateur provisoire, qui survient en ce moment précis qui intrigue.  Selon les informations de AGA MEDIAS, cela arrive à la veille d’une session du Conseil d’administration de la Banque, programmée de longue date pour ce mardi 10 novembre 2009. La réunion que préparait le Dg en fonction et ses équipes techniques, au moment où leur a été notifiée cette décision mettant ainsi fin aux organes sociaux de la banque avait pour ordre du jour l’évaluation de  la mise en œuvre des mesures de restructuration arrêtées 3 mois plus tôt et soumises à la Cobac, en même temps que la nomination d’un nouveau Dg avalisé par cette instance de la Beac.

 De fait il transparaît l’impression confuse d’une main occulte a agi, à travers cette décision de la Cobac, pour empêcher effectivement outre l’évaluation par les administrateurs de la CBC de la mise en œuvre des mesures de restructuration prises en juin dernier et validées par  le gendarme sous-régional du secteur bancaire et financier mais surtout de mettre ainsi les principaux actionnaires de cette banque que sont Yves Michel Fotso et son groupe devant le fait accompli. Sinon pourquoi avoir accepté l’adoption par le Conseil d’administration d’un plan de restructuration et la nomination le même jour comme le révéla AGA MEDIAS d’un nouveau Dg pour le mettre en œuvre ? N’était-il pas plus sain de laisser cette évaluation se faire d’abord et prendre la décision grave de la mise sous administration au cas où la mise en œuvre n’aurait pas été satisfaisante? Pourquoi alors ne pas nommer un Administrateur provisoire autre que le Dg  en place ?

 

Suspicions

La suspicion est d’autant plus grande que AGA MEDIAS a appris que face à l’insistance de certains dirigeants de la Beac- Cobac de mettre absolument la CBC sous administration provisoire, les administrateurs légaux de cette banque avaient travaillé et annoncé plusieurs alternatives pour éviter cette issue redoutée, qui,  faut-il le rappeler, n’a jamais été heureuse dans la sous-région. Du moins  pour les actionnaires-propriétaires  des banques ainsi visées. Les cas récents de Amity Bank,  UBC, Cofinest, NFC, etc. étant encore frais dans les mémoires.

 Ces alternatives consistaient d’une part au retrait de Yves Michel Fotso des organes sociaux, au cas où le problème de la banque résiderait autour de sa personne ; sa personnalité comme dirigeant et/ou investisseur dans nombre d’autres entreprises soutenues financièrement par la CBC, comme le laissaient transparaître certains rapports de la Cobac, le cas de la Camair ayant été le tout premier objet en 2001 de mise en cause de la Cobac.  Soit, d’autre part l’entrée dans le capital de la banque de nouveaux investisseurs privés et/ou institutionnels – dans ce second cas des Etats de la sous-région -, garants ainsi de la recapitalisation et l’amélioration du niveau des fonds propres agitée depuis des années par la Cobac comme un épouvantail. Ces options devaient être examinées mardi prochain. Et la meilleure, aussi bien pour les actionnaires que les clients adoptée par les administrateurs. La Cobac, qui opère manifestement comme un gendarme essentiellement attentif à la soumission à l’orthodoxie financière made in France en a décidé autrement.  Et c’est bien dommage au-delà de la floppée d’arguments administratifs et procéduriers qui seront versés pour soutenir cette décision inattendue.
La mise sous administration de la CBC en ce moment-ci était d’autant inattendue que les observateurs avertis prédisaient qu’ayant retrouvé sa liberté de mouvement, Yves Michel Fotso, qui avait de la peine à rassurer in absentia les principaux partenaires de son groupe attachés à sa signature personnelle, disposait à nouveau d’une plus grande capacité de négociation. D’autant qu’on se rappelle que du fait de sa privation en avril 2008 de l’usage de son passeport, alors qu’approchait en juillet 2008 l’entrée en vigueur en juillet 2008 des accords avec la Banque Européenne de Développement (BEI) et la Société Financière internationale (SFI, filiale de la Banque Mondiale) signés à Yaoundé le 11 décembre 2007, qu’a capoté sa stratégie de renforcement des Banques du groupe avec l’apport de quelque 38 milliards par ces deux bailleurs de fonds institutionnels courus. Le groupe Commercial Bank avait alors assisté sans aucune possibilité d’inverser le cours des événements la caducité desdits accords. Les deux partenaires souhaitant essentiellement poursuivre les discussions, que ce soit à Douala, qu’à Washington ou Bruxelles avec leur principal interlocuteur qui n’était autre que Yves Michel Fotso.
 

Démantèlement prémédité du groupe CB ?

L’autre hypothèse qui  renforce la suspicion autour de la décision de la Cobac, c’est l’environnement interne au secteur bancaire sous-régional. La Beac, tutelle de la Cobac, est au cœur de graves critiques avec la révélation des dérives de gestion de ses principaux dirigeants. Or ces derniers, qui ont perdu toute crédibilité et autorité morale, étaient depuis des mois sous la pression de l’Etat équato-guinnéen. N’acceptant pas sa condamnation depuis mai dernier  par la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage d’Abidjan (CCJA- Ohada), à payer 46 milliards Fcfa à la Commercial Bank en réparation du préjudice commercial subi du fait du refus de laisser s’installer sa filiale équato-guinnéenne, malgré les investissements important réalisés à cet après l’obtention de l’avis conforme de la Cobac depuis 2002, le gouvernement du Président Obiang Nguema, qui avait convoqué à Malabo en fin juin les principaux responsables de la Beac et de la Cobac avait clairement indiqué son intention de ne pas se plier à cette décision de justice internationale prise en premier et dernier ressort par une instance arbitrale pourtant convenue par les deux parties.  Cachant à peine son courroux, le président Obiang, comme le révéla alors AGA MEDIAS, avait intimé aux responsables de la Beac et de la Cobac, déjà affaiblis par nombre de scandales de gestion, le gouverneur Philippe Andzembe en tête, l’ordre de tout mettre en œuvre pour que sa volonté soit faite. Autrement dit, la Guinée Equatoriale qui, avec ses 40% des dépôts à la Beac dispose d’un moyen puissant de pression sur les responsables des institutions communautaires, n’est-il pas ainsi servi par cette décision ? D’autant  qu’elle survient au moment où bien qu’ayant obtenu toutes les garanties de bonne restructuration de CBT,  la filiale tchadienne, la Cobac hésite toujours de lever la mise sous administration provisoire décidée en juillet dernier pour deux mois.

Comme à leur habitude, ses mandataires, à l’échéance de leur mission, s’accrochent à la barre, privant ainsi les actionnaires de leur investissement.

Avec la CBT et la SFA, la CBC est la 3ème des cinq entreprises du groupe Commercial Bank à être ainsi mise sous tutelle directe de la Cobac. La Commercial Bank Centrafrique (CBCA) el la Commercial Bank Sao Tome e Principe (COBSTP), y échapperont-elles ? Vu la détermination de ceux qui, comme le président équato-guinnéen qui l’a confirmé dans une interview dans Jeune Afrique Equatoriale, ne veulent pas, depuis 2002, voir un second groupe bancaire camerounais se développer dans la sous-région, on peut parier que le démantèlement du Groupe Commercial Bank est ainsi accéléré.

Sans doute fallait-il donner des gages au Président Obiang, avant le sommet des Chefs d'Etat de la Cemac prévue ce mois à Bangui et qui en principe décider du sort des dirigeants de la Beac mis en cause dans les scandales révélés par différents audits! Dont quelques acteurs de premier plan toujours accrochés à leurs postes ne désespèrent pas de retourner le vent en leur faveur, au vu des divisions qui traversent  les représentants officiels des Etats membres.

ART/DAG/08/11/09

 

PS: AGA MEDIAS est une agence de presse indépendante et d'informations stratégiques. Basée Douala, elle est dirigée par le journaliste Alex Gustave AZEBAZE

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