11/01/2013 04:49:54
Bataille de positionnement. Hamed Bakayoko - Guillaume Soro: la guerre ouverte!
Comment «le fils préféré» et «le fils adoptif» ne cessent de se déchirer en pensant à l’après-Ouattara. Et comment le récent drame du Plateau a exacerbé leur guérilla de positionnement… Explications.
Le nouveau courrier
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Soro et Bakayoko

Comment «le fils préféré» et «le fils adoptif» ne cessent de se déchirer en pensant à l’après-Ouattara. Et comment le récent drame du Plateau a exacerbé leur guérilla de positionnement… Explications.

Le jeu de massacre entre les deux «fils» d’Alassane Ouattara n’en finit pas. Le «drame du Plateau» a manifestement été un terrain d’affrontement entre Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale et Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur. C’est en tout cas ce qu’explique le périodique La Lettre du Continent, dans sa dernière livraison.

La guerre entre les deux hommes «a franchi un nouveau seuil» avec les bousculades qui ont coûté la mort à 63 personnes (source officielle), après le feu d’artifice de la SaintSylvestre. «Alors que le puissant ministre concentre toutes les critiques pour avoir failli à sa mission de sécurisation, ses services ont transmis un rapport au président Alassane Ouattara attribuant une responsabilité à la garde rapprochée de l’ancien leader des Forces nouvelles (FN). Ces militaires, qui sécurisent l’enceinte de l’Assemblée nationale située à proximité des lieux où s’est déroulé le drame, se seraient livrés à des tirs de sommation en l’air, accentuant le mouvement de panique dans la foule. Le président ivoirien, qui a reçu Soro dans la nuit du 5 janvier dans sa résidence de la Riviera Golf, n’aurait accordé que peu de crédibilité à cette thèse», écrit La Lettre du Continent. Qui ajoute qu’Hamed Bakayoko «tente régulièrement» de court-circuiter «son frère ennemi». Et que les deux sont les candidats probables à une future élection présidentielle.

La Lettre du Continent rappelle que Soro n’était pas présent à la cérémonie des Kora Awards, sur laquelle Bakayoko avait la haute main, alors que c’est lui qui avait présenté, il y a quelques années, Ernest Adjovi à Blaise Compaoré et rendu possible l’organisation du gala de la musique africaine à Ouagadougou. Au-delà des révélations du périodique spécialisé, d’autres signes de la concurrence effrénée, voire de la haine qui divise «le fils de la maison Ouattara», qui est le bras armé médiatique (et le gros bras) de «l’homme de son destin» depuis les années 1990, et «le fils adoptif», passé du syndicalisme estudiantin à la rébellion armée, sont visibles. Ainsi, à la faveur du drame du Plateau, l’on a vu le ministre Alain Lobognon, grognard de Guillaume Soro, soutenir vivement sur les réseaux sociaux les blogueurs et bénévoles Cyriac Gbogou et Diaby Mohamed, arrêtés par la Police judiciaire (sous l’autorité d’Hamed Bakayoko),pour «interférence» avec les services administratifs chargés de gérer les conséquences du drame.

Il est clair que Soro et Bakayoko sont dans les starting-blocks, dans le cadre de la bataille de succession à Ouattara. Chacun des deux hommes déroule sa stratégie. Sur le plan médiatique, Hamed Bakayoko a pris de l’avance. Même si, sous la présidence de Laurent Gbagbo, en mai 2005, des proches de Guillaume Soro, emmenés par Méité Sindou, ont provoqué la cassure en deux du Patriote, quotidien quasi-officiel du RDR, contrôlé par l’actuel ministre de l’Intérieur.C’est ainsi que Nord-Sud est né… Bakayoko était également l’homme fort de Radio Nostalgie, jusqu’à ce que Loïc Folloroux, fils de Dominique Ouattara, à qui Alassane Ouattara avait attribué l’autorisation de diffusion en FM alors qu’il était Premier ministre, ne récupère le bien familial et n’évince, en fin d’année dernière, les administrateurs… parmi lesquels se trouvait Hamed. Sur le terrain des réseaux sociaux, c’est l’ancien secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) qui tient la dragée haute avec un activismedébordant (unblogà sagloire, 31 000 fans sur Facebook, près de 16 000 abonnés sur Twitter).

Dans le cadre de la bataille politique, les deux hommes ont opté pour des stratégies sensiblement différentes. Hamed Bakayoko surjoue sa carte de «fils préféré», de «vice-président», de «ministre du ciel et de la terre» pour reprendre l’expression sénégalaise caricaturant hier Karim Wade, de héros des extrémistes du RDR, d’«humiliateur» de Lida Kouassi… Soro, quant à lui, en dépit de ses rodomontades visant à satisfaire une base ouattariste chauffée à blanc, essaie de poser les pions de ce qui serabientôt sa stratégie : celle d’un semblant de réconciliation… Nord-Sud, surtout à l’usage des observateurs étrangers. Il multiplie les meetings, y compris dans les zones foncièrement hostiles à Ouattara, drague la diaspora, réécrit l’Histoire récente de la Côte d’Ivoire du haut des estrades qui lui sont données. C’est lui, indiquent certaines sources, qui a bataillé pour que des prisonniers «pro-Gbagbo» obtiennent la liberté provisoire… sans doute aussi parce que la judiciarisation du règlement de la crise ivoirienne ne l’arrange pas, lui l’ancien chef rebelle qui pourrait très vite être rattrapé par la CPI !

Jusqu’où ira la confrontation Soro-Bakayoko ? En tout cas, elle est «surveillée» comme du lait sur le feu par Alassane et Dominique Ouattara, dont les moindres faits et gestes sont interprétés comme d’éventuels signes d’appuiàl’unouàl’autre, les chancelleries, qui sont conscientes de son potentiel de déstabilisation du régime. Et l’opposition, qui a tout à gagner d’une division du RDR, surtout dans l’hypothèse d’une «vacance du pouvoir» subite.

Philippe Brou

 


comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE