16/03/2010 16:15:23
Chelsea-Inter : le sort du match entre les mains de Ross Turnbull
sport24.com
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Vous connaissez Ross Turnbull ? Probablement pas. Ou alors pas très bien. Je vais vous rafraîchir la mémoire. Turnbull gardera ce soir les buts de Chelsea contre l’Inter Milan, à Stamford Bridge, en huitièmes de finales retour de la Ligue des Champions. C’est le match à ne pas rater. 20h45, Canal Plus.

Turnbull.jpgConcernant les clés du match, je vous la fait courte :

1/Le retour de José Mourinho à Stamford Bridge, dont le Special One fut l’idole de l’été 2004 au 19 septembre 2007, deux titres de champion d’Angleterre à la clé. Le duel tactique entre Mourinho et Carlo Ancelotti, héritier de l’équipe construite par le Portugais, s’annonce machiavélique.

2/La quête désespérée de Chelsea pour remporter la C1. Les Londoniens ont atteint les demi-finales à cinq reprises lors des six dernières saisons : personne n’a fait mieux.

3/L’Inter est, juste après Benfica, le club dont la gloire en C1 est la plus flétrie. Son dernier triomphe date de 1965, sa dernière finale de 1972, sa dernière demi-finale de 2003. Les nerazzurri restent sur trois éliminations consécutives en huitièmes de finale.

Le vent de l’histoire, bien sûr, souffle nettement vers l’Angleterre, ces temps-ci. Eliminé par Manchester United la saison dernière, par Liverpool il y a deux ans, l’Inter connaît la chanson. Mais après le 2-1 pour l’Inter, à Milan au match aller, il ne serait pas étonnant que le match, ce soir, s’achève aux tirs-aux buts. Les deux équipes sont si proches, le contexte si tendu, leur ambition si semblable.

Dans une note précédente, j’ai insisté sur le fait qu’à ce niveau de compétition, dans ce type de match, le dénouement repose souvent sur des faits extraordinaires.

Ces « faits extraordinaires » peuvent être classés en quatre catégories.

1/L’exploit individuel. Le but de Nasri avec Arsenal contre Porto, la semaine dernière à l’Emirates Stadium. Celui de Ronaldinho en huitièmes de finale retour de la Ligue des Champions 2005-2006, Barcelone-Chelsea (1-1).

2/L’erreur d’arbitrage. Cas du Norvégien Tom Henning Ovrebo et ses deux pénalties refusés à Chelsea le 6 mai 2009 à Stamford Bridge, en demi-finale retour de la C1 contre Barcelone. Celui du Slovaque Lubos Michel accordant à l’Espagnol Luis Garcia le fameux but fantôme qui permit à Liverpool d’éliminer... Chelsea, le 4 mai 2005 à Anfield, en demi-finale retour de la Ligue des Champions.

3/Le pénalty ou le tir-au-but manqué. Celui de John Terry, en finale de la Ligue des Champions 2008 contre Manchester United. Il « suffisait » au capitaine de Chelsea de le mettre pour donner aux Blues leur première C1. Il glissa au moment d’armer sa frappe, et son tir heurta le poteau…

4/L’erreur du gardien de but. L’Allemand Kahn en finale du Mondial 2002, de l’Espagnol Arconada en finale de l’Euro 1984, du Français Bats en demi-finale du Mondial 1986. On peut en trouver des dizaines d’autres.

Il ne vous aura pas échappé que les « faits extraordinaires » s’acharnent souvent contre Chelsea. J’y vois là l’intervention de l’Histoire, ce que ma note du 16 février explique déjà.

C’est le moment de revenir à Ross Turnbull. Cech et Hilario blessés, Ancelotti n’a pas eu le choix que de titulariser son troisième gardien. Je ne veux pas lui porter la poisse, mais Turnbull a le profil pour torpiller les Blues, ce soir.

Difficile de trouver pire contexte, en tout cas. A 25 ans, Turnbull n’a disputé que deux matches cette saison : le 8 décembre en C1 (Chelsea – Apoel Nicosie 2-2) et le 13 mars en Premier League contre West Ham (4-1).

Turnbull a longtemps joué les doublures de Mark Schwarzer à Middlesbrough, où il ne connut que vingt-sept titularisations. Souvent prêté, il a écumé les clubs obscurs et les divisions inférieures : Darlington, Bradford City, Barnsley, Crewe Alexandra…

Prêté à Cardiff City (D2 anglaise) pour la saison 2007-2008, Ross Turnbull cumula les erreurs dès son premier match et passa les deux mois suivants sur le banc. Il était libre lorsqu’il signa pour Chelsea, l’été dernier. Il a dit et répété qu’il se voyait dans la peau d’un titulaire.

Mentalement, quand vous êtes dans la position de Turnbull, vous voulez à tout prix prouver votre valeur. Et c’est ce qui vous rend vulnérable. Sébastien Frey a ainsi compromis sa carrière internationale dès sa première sélection en concédant un but-casquette le 21 novembre 2007, lors d’un Ukraine France qualificatif à l’Euro 2008.

scott-carson_1117613c.jpgCurieusement, le même jour, Scott Carson a détruit la sienne lors d’un décisif Angleterre-Croatie : aligné de manière surprenante par le coach anglais Steve MacClaren, malgré l’inexpérience de ses 22 ans, l’Anglais commit une faute de main atroce sur un tir du Croate Kranjcar, qui provoqua la défaite des siens (2-3) et leur élimination.

Vous vous souvenez peut-être de Jean-Louis Garcia. Saison 1994-1995. Le FC Nantes plane en tête du championnat de France. En quelques semaines, les Canaris perdent tous leurs gardiens de buts : Casagrande, Marraud puis Loussouarn. Pour affronter le Bayer Leverkusen en quart-de-finale de la Coupe de l’Uefa, Jean-Claude Suaudeau doit titulariser l’entraineur des gardiens, Jean-Louis Garcia ! A 33 ans, ce dernier n’a pas joué depuis deux ans, n’a ni repère, ni expérience européenne, ni complémentarité avec sa défense. A l’aller en Allemagne, Garcia sombre et Nantes est balayé, 5-1 (0-0 au retour) !

Ancelotti ne peut pas ignorer le poids qui pèse sur Turnbull. Mourinho non plus. Il faut s’attendre à ce que le jeune gardien soit victime d’un traitement spécial de la part du duo offensif de l’Inter, Milito-Eto’o et fortement sollicité sur des tirs à longue distance.

L’agneau sacrificiel est annoncé. A Ross Turnbull de forcer son destin. Et de prouver qu’il a l’étoffe des héros. Alors la quête désespérée de Chelsea aura-t-elle enfin trouvé son sens.

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