24/03/2010 04:04:50
Affaire Edel : "Il n'a pas 23 mais 29 ans!"
Qui est réellement le gardien du PSG ? Nicolas Philibert, qui aurait joué les intermédiaires dans son transfert en Arménie, nous livre ses vérités.
France Soir
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Rendez-vous est pris gare de Lyon. Nicolas Philibert est monté à Paris depuis Avignon pour deux jours. "J’avais un entretien avec l’éditeur d’une journaliste qui veut écrire un livre sur les négriers du sport. Et elle avait l’intention de parler de moi en tant quel tel... Alors je suis venu raconter ma version des faits", explique-t-il. Les fameux faits remontent à l’été dernier. Le Paris-SG se déplace à Montpellier et Nicolas Philibert part à la rencontre du gardien parisien Apoula Edel, qu’il affirme avoir entraîné au Cameroun, il y a quelques années. Le technicien réclame au portier international arménien le remboursement d’une dette de 35.000 €, mais ce dernier nie connaître son interlocuteur. C’est alors que Nicolas Philibert balance : "Apoula Edel s’appelle en réalité Ambroise Béyamena. Il n’a pas 23 ans mais 29 ans." La bombe explose, Edel porte l’affaire devant la justice. Depuis, silence radio. Philibert témoigne en exclusivité dans France-Soir.

FRANCE-SOIR. Où en est l’affaire Edel ?
NICOLAS PHILIBERT. Il y a trois mois, le joueur a porté plainte contre moi pour diffamation, chantage et tentative d’extorsions de fonds. J’attends toujours d’être convoqué par la justice et j’avoue que ça commence à faire long.

Vous avez l’air impatient…
Je veux démontrer ce que j’avance. Apoula Edel, le gardien du Paris-SG, n’est pas né en 1986 comme il l’affirme mais le 19 juin 1981 sous l’identité de Ambroise Béyamena Edima. J’ai été traîné dans la boue et je veux laver cet affront. En plus, tout ça m’empêche de travailler. En janvier, je devais signer un contrat de deux ans dans une académie de foot en Côte d’Ivoire mais j’ai dû refuser à cause de cette affaire. Je ne peux pas être ici et là-bas en même temps.

Comment êtes-vous si sûr de ce que vous avancez ?
J’ai entraîné celui que j’appelle Béya, je l’ai toujours appelé comme ça dans l’intimité, tous les jours pendant un an. Alors vous pensez si je le connais… Il affirme ne pas me connaître personnellement mais dites-moi, vu ces photos, il a quand même l’air de savoir qui je suis, non ?

Lui affirme vous avoir rencontré lors d’un stage…
Ça voudrait dire qu’il aurait effectué un stage avec moi vers 2000-2001. C’est-à-dire à l’âge de 11-12 ans. Deux ans plus tard, il partait pour l’Arménie et jouait avec l’équipe des moins de 17 ans. Cela signifierait qu’il a joué dans cette catégorie à l’âge de 13 ans ! Mais c’est impossible et même interdit par les règlements.

Dans quelle mesure êtes-vous impliqué dans le transfert d’Edel vers l’Arménie ?
Béyamena faisait partie des gens qui voulaient quitter le Cameroun. J’ai essayé de faire jouer mes connaissances pour l’aider. J’en ai parlé à Albert Arstanian, un homme d’affaires d’origine arménienne installé en Provence. Ce dernier est parvenu à le mettre à l’essai trois semaines à Pyunik, un club arménien. Il quitte ainsi le Cameroun pour l’Arménie sous l’identité de Béyamena Ambroise.

“Edel a fait ça pour le fric”

Et ?
En Arménie il convainc et on lui propose de jouer pour l’équipe nationale. Béya, qui a 21 ans, se dit qu’évoluer pour les équipes de jeunes de l’Arménie pourrait lui laisser une porte ouverte, plus tard, vers le Cameroun. Il rentre alors au pays et revient en Arménie avec un nouveau passeport au nom d’Apoula Edel. Et avec cinq ans de moins.

Cela voudrait dire qu’il a joué sous deux identités différentes en Arménie ?
Oui mais le souci c’est que le propriétaire de Pyunik est aussi le président de la fédération arménienne. Je ne peux rien leur demander… Béya affirme qu’on l’a obligé à jouer pour l’Arménie mais la vérité c’est qu’il a fait ça pour le fric. Il touchait des primes de match. Il faut qu’il assume !

Vous dites qu’Edel vous doit 35.000 €. A quoi correspond cette somme ?
Après un an aux Espoirs de Yaoundé, je quitte le Cameroun. Régulièrement, je reçois des appels de là-bas : « Nicolas, on a faim, on n’a pas d’argent. » Je lui envoie régulièrement des transferts d’argent, à lui et à sa mère. Entre 2001 et 2003 je lui fais ainsi parvenir 7.000 €. Voilà le négrier que je suis. Et puis en 2003, je reçois un coup de fil d’Arstanian qui me dit qu’Edel ne veux plus jouer à Pyunik parce qu’il aurait appris qu’un joueur argentin de l’effectif gagne plus que lui. Mais il est encore sous contrat pour deux ans. Je lui prête l’argent pour racheter ces deux années, soit 15.000 €. Béya me signe alors une reconnaissance de dette de 35.000 € pour l’ensemble des aides que je lui ai fournies. Mais je tiens à préciser que cet argent, il ne devait le rembourser que s’il signait dans un grand club d’Europe. C’est le cas aujourd’hui.

En 2006, il signe en Roumanie (Rapid Bucarest). Pourquoi avoir attendu 2009 pour vous manifester ?
Parce qu’avant je n’étais pas en France. Je travaillais au Costa Rica et je gagnais même bien ma vie. Nous étions loin, trop loin. En juillet dernier, je rentre en France et, le 8 août, je vois que le PSG se déplace à Montpellier. J’habite Avignon, je décide alors d’aller à sa rencontre.

Et que se passe-t-il ?
Je le rejoins dans un vestibule et il me dit, étonné : "Que faites-vous là ?" Je lui explique et lui tends alors la reconnaissance de dette qu’il m’avait signée. Et, là, il la déchire, la range dans sa poche et me lance : "La différence entre nous, c’est que vous, vous êtes un sentimental et moi un businessman." Je suis stupéfait. Je n’avais aucune solution, je n’allais quand même pas lui sauter dessus. Je lui ai simplement dit : "Je ne suis pas quelqu’un de méchant mais là, dès que tu auras joué ton premier match avec le PSG, je balance tout."

“Le PSG n’y est pour rien”

Mais vous n’avez pas gardé une copie de cette reconnaissance de dette ?
C’est bien là mon erreur ! Ma famille me le reproche sans cesse. Mais comment aurais-je pu imaginer qu’il allait me faire ça ? Je lui faisais confiance, je le considérais comme si c’était un de mes enfants. Quand je suis arrivé au Cameroun, je croisais mes joueurs qui achetaient du maïs grillé sur les bords des routes. Ils avaient un repas par jour. Je leur en ai donné trois. J’ai supprimé les primes de match qui étaient détournées par les entraîneurs précédents pour que cet argent leur revienne. Quand j’ai connu Béya, il mangeait une assiette de maïs par jour. Grâce à moi, il a mangé à sa faim et maintenant il se porte très bien…

Le PSG est-il responsable ?
Non, je pense que le Paris-SG n’est pour rien dans cette histoire. Au départ, j’aurais souhaité qu’ils me reçoivent et acceptent de m’entendre mais je comprends qu’en faisant ça le club se serait mis dans une situation délicate.

Avez-vous des personnes qui peuvent témoigner en votre faveur ?
Les gens ont peur. Quand vous leur parlez en tête à tête, ils disent que je dis la vérité mais ils craignent les représailles. J’ai reçu des menaces de mort du Cameroun et je connais le Cameroun. C’est très dangereux. Je n’ai pas le droit de mettre la vie de mes amis en danger.

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