09/02/2011 18:11:27
Assou Ekotto: L'argent n'est pas le matre de ma vie
Assou Ekotto. Entretien avec l’international camerounais de Tottenham, nouvellement désigné ambassadeur des Nations unies pour les Objectifs du millénaire.
Le Jour
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Vous avez été désigné ambassadeur des Nations Unies pour la réalisation des objectifs du Millénaire. Comment avez-vous accueilli cette distinction ?
Lorsque j’ai reçu la proposition, je dois avouer que j’ai été surpris.
Les Nations Unies ne sont pas le genre d’institutions auxquelles je suis habitué dans mon travail quotidien. Parce qu’il y a des gens très dévoués qui travaillent au sein de cette organisation, je me suis senti honoré d’être associé aux efforts qu’ils fournissent chaque jour. Les Objectifs du Millénaire sont une occasion inespérée pour les pays en développement de s’impliquer dans le travail des Nations Unies, pour que certaines de leurs ambitions soient atteintes.

En quoi va consister  votre travail d’ambassadeur des Nations Unies ?
En tant qu’ambassadeur de la campagne des ODM de l’Onu, si je m’en tiens à ce que Nelson Muffuh, le coordonateur de la campagne, m’a expliqué, je dois pouvoir mettre mon  image au service de la réalisation des objectifs du millénaire. Nous sommes actuellement en train de finaliser la feuille de route de 2011. Nous devons entamer un plaidoyer auprès des décideurs publics, de la société civile et des milieux d’affaires du monde entier, pour engager un débat durable et permanent. Nous allons aussi prospecter les possibilités d’impliquer les milieux universitaires, les parlementaires et les élus locaux. La dimension communication sera aussi importante pour notre action. Tout un programme diversifié que j’ai appris à connaître moi aussi (rires).

Les Objectifs du Millénaire regroupent la lutte contre la pauvreté, les mortalités infantiles, l’éducation pour tous… Des préoccupations qui paraissent éloignées du footballeur professionnel que vous êtes...
Nous vivons dans une société qui a confiné des gens dans des clichés réducteurs. Le footballeur n’est perçu que comme une personne qui sait juste taper dans un ballon. Bien que ce soit ma profession, ça n’exclut pas de m’intéresser aux activités des autres humains comme moi. Nous sommes tous concernés par les problèmes de l’humanité toute entière. J’ai quitté l’école parce que jouer au football était la seule chose qui m’intéressait à l’époque. J’ai eu la chance de faire la carrière qui est mienne aujourd’hui. Si je n’avais pas réussi, mes possibilités dans la vie seraient restreintes aujourd’hui. Ma responsabilité est de permettre à d’autres jeunes de ne pas restreindre leurs possibilités, d’ouvrir des horizons prometteurs pour eux. C’est pourquoi je suis convaincu que l’éducation reste la seule chance pour bon nombre de jeunes du monde entier pour devenir des citoyens modèles, bien portants et disposés à bâtir leur pays. Et ce n’est pas seulement la mission des Etats. La chance que j’ai eue dans ma carrière m’impose de partager avec les autres, de mettre à contribution mes possibilités pour relever les défis qui interpellent l’humanité.

Quelle est la responsabilité des footballeurs professionnels africains dans la lutte contre la pauvreté ?
Nous sommes des privilégiés. En tant que footballeurs professionnels, nous divertissons les gens pendant les week-ends et c'est tout. Nous ne sauvons pas les vies comme des chirurgiens. Nous n’éduquons pas des enfants comme des enseignants. Nous n'avons certainement rien inventé ! Néanmoins, le monde dans lequel nous vivons  a placé une grande responsabilité sur nous. Car nous sommes considérés comme des stars, et les jeunes de notre continent comptent énormément sur nous. Nous ne pouvons pas leur enseigner que tout ce qui compte dans la vie c'est l'argent, la popularité, les voitures, les maisons, les bijoux, etc. Mes collègues sont des pères, d'autres des fils qui sont concernés par les impôts. Ils ont leur opinion sur la vie en dehors des stades. Ce que nous n'avons pas, c'est ce mécanisme pouvant permettre aux gens qui veulent s'impliquer de le faire.  Je ne fais rien de nouveau. La plupart de mes collègues s'engagent à envoyer de l'argent dans leurs familles, montent des petites entreprises, ou contribuent à creuser un puits dans leur village. Toutes ces choses aident ! Nous faisons partie de la diaspora. Nous sommes prêts à nous unir et a donner un grand coup de pouce à ceux qui font plus. Ces personnes qui vivent sur le continent et qui font face aux challenges du quotidien.

On imagine que vous n’avez pas été choisi par les Nations-Unies au hasard. Pourquoi vous et pas quelqu’un d’autre?
Je suis engagé avec une jeune organisation, Horizon, qui essaye de s'engager avec l'Afrique, d'une manière différente et exaltante. Je pense que les Nations Unies essayent aussi d'innover dans leur façon de lier et je pense que c'est cette vision qui a mis les responsables de l’Onu sur ma piste. Les personnes qui, comme moi, sont engagées dans la campagne des Objectifs du Millénaire, sont des jeunes. C'est très excitant pour moi qui croyais que l'Onu n'était que pour les politiciens costumés. L'Afrique est un continent jeune. 75% de la population est âgée de moins de 30 ans. Je pense que c'est important de rester connecté. Le problème avec les sportifs, c'est qu'il y en a dont les mauvais actes sont mis en exergue. Je suis heureux de savoir qu'ils ont pris le temps pour voir qu'il y a aussi des gens comme moi qui veulent s'engager. C'est plus facile de remarquer le gros arbre qui tombe que le petit qui pousse dans la forêt. Je recommande donc à la Campagne des Objectifs du Millénaire de dénicher les petits arbres qui poussent comme moi et de travailler avec eux.

Quelle impression vous fait l’image apocalyptique que les médias occidentaux revoient de l’Afrique ?
L'image de l'Afrique avec laquelle les médias nous nourrissent n'est qu'une partie de l'Afrique. L'histoire de l'Afrique n'est pas unidimensionnelle. Il y a beaucoup de belles histoires qui ne sont pas mentionnées. Ce n'est pas pour dire que nous ne sommes pas malades, pauvres, en guerre ou sans problèmes. Nous avons de sérieux problèmes. Mais nous avons aussi beaucoup de choses à vanter.  Nous avons beaucoup à faire, mais la question que nous devons nous poser c'est quel bois pour allumer notre feu. Pendant des années, l'image que l'Afrique a véhiculée elle-même, c'est celle qui fait pitié. « L'Afrique est pauvre, il faut l'aider ». Pour soutenir l’Afrique, on montre les images des guerres, des enfants affamés, des malades de paludisme et de sida. Je pense que nous pouvons refaire cette image, car elle n'a pas marché. Horizon m'a introduit dans un concept de « grandir par amour ». Si nous célébrons nos succès, si nous valorisons notre potentiel, peut-être que nous pourrons  accroître la réalisation de nos potentiels. Ça ne nous fera aucun mal d'essayer. J'ai vécu dans une partie de la France qui n’est pas très reluisante, mais ce n'est pas celle- là que la France vend. Je vis en Grande Bretagne, où il y a des problèmes de pauvreté et de drogue. Mais ceux-ci ne définissent pas la Grande Bretagne. Nous avons des difficultés, mais nous ne pouvons pas être définis seulement par celles-ci. Nous pouvons même remporter des victoires, car nous sommes un peuple aimable et respectable.

Vous êtes bien payé à Tottenham, mais vous posez parfois des actes curieux qui attirent les médias anglais comme prendre le métro, aller à l’entraînement en Smart, etc. Voulez-vous passer un message à travers cette simplicité ?
Je ne vis pas pour les opinions des autres. J'essaye d'être moi,  et j'aime le métro. C'est pratique, simple et efficace. Mes parents m'ont appris à respecter l'argent et à ne pas en faire son maître. J'aimerais penser qu'avoir un salaire décent ne me permet pas d'oublier les leçons de mes parents. J'aime les voitures et j'en ai quelques-unes. Mais je préfère utiliser ma Smart, car elle est pratique, facile à garer et écologique. Je ne suis pas gêné quand mes collègues se moquent de moi, parce que je suis en harmonie avec moi-même. Je pense que nous devons faire ce que nos consciences nous demandent, parce que nous sommes uniques. Quand on se sent fier, c’est l’essentiel, et c’est ce qui compte le plus.

Dans une interview, vous avez affirmé jouer au foot pour gagner de l'argent. Pensez-vous déjà à la retraite ?
La carrière d'un footballeur est très courte. Je pense que même un fonctionnaire pense à sa retraite, le premier jour. C'est pour cela que les employeurs prévoient des contrats pour la pension. Tout ce que j'ai dit, c'est qu’en tant que professionnel, le football est mon travail. Nous travaillons juste pour être payés, à mon avis. Donc, si je jouais au foot dans un parc, je le ferais par amour. Mais quitter ma famille à Arras et partir dans un pays où la langue m'est inconnue, je le fais parce que c'est mon travail. Étant professionnel, je donne le meilleur de moi-même. C'est pour ça que je m'adonne à mes entraînements, que je ne fume pas, que je ne bois pas et que je ne me m'abandonne pas aux plaisirs de la vie. Ce n'est pas pour dire que je n'aime que jouer au football. C'est une profession qui offre un style de vie fabuleux, et je suis reconnaissant et chanceux de l'exercer. Mais quand je pense à ma retraite, j'aimerais être capable de jouer au football pour m'amuser, comme quand j'étais petit.

Comment avez-vous pris votre non sélection pour le match contre la Macédoine ? (L'entretien a été réalisé avant son appel en catastrophe sur instruction du ministre des Sports)
Quand mon coach national m'appelle pour servir le Cameroun, je suis toujours honoré. Quand je ne reçois pas d'appel, je comprends qu'ils ont une bonne raison et je l'accepte. Nous, les joueurs, sommes des outils dans une boîte, et ce sont nos entraîneurs qui décident s'ils ont besoin d'un clou ou d'un marteau. Notre travail est d'être prêts quand ont est convié. Et je serais toujours disponible si le Cameroun m'appelle. Le coach a besoin d'avoir l'embarras dans le choix des joueurs pour que le Cameroun puisse retrouver sa grande équipe d’antan. Plus il a de bons joueurs, mieux il fera son  travail. Notre futur est celui où nous devons avoir l'embarras du choix des personnes pouvant jouer pour le Cameroun. Ça ne pourrait être qu'une bonne chose.

Comment voyez-vous le match contre le Sénégal ?
Nous savons tous que le match de mars est extrêmement important. Les Sénégalais ont pris un bon départ et sont favoris pour aller au Gabon et en Guinée Équatoriale. Ils auront l'avantage de jouer à domicile. Ils ont de bons joueurs. Nous devrons donc montrer une faim plus grande que la leur. Nous sommes tous des Lions, donc, ce sera une lutte entre rois. Et nous devons démontrer notre caractère indomptable pour en sortir vainqueur. Je pense que nous aurons plus besoin du mental que de toute autre chose. Mon expérience, cette dernière saison à Tottenham, m'a démontré l’intérêt d’un esprit d'équipe. Il va de même pour la communion avec les supporters. Un esprit, une direction.

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