06/05/2011 03:41:40
Nguidjol Nlend: Le Cameroun a encore ses chances de qualification .
Nous allons mettre toutes nos forces dans la balance. Les joueurs ne peuvent pas admettre que la coupe d’Afrique des nations se joue en Afrique centrale en l’absence des Camerounais. Je pense que c’est maintenant que nous abordons véritablement notre phase éliminatoire...
Le Messager
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Il parle très peu et écoute beaucoup. André Nguidjol Nlend est le genre de personnage dont on oublie facilement le rôle au sein de administration de la sélection nationale senior de football du Cameroun. Pourtant, c’est l’une des figures de proue de cette équipe qu’il suit depuis belles lurettes. Le directeur administratif des équipes nationales de football (Daenf) et ancien entraîneur adjoint des Lions Indomptables revient ici sur les chances de qualification des Lions pour la prochaine coupe d’Afrique des nations Gabon /Guinée équatoriale, du récent match contre le Sénégal à Dakar, du capitaine des Lions, Samuel Eto’o et de l’environnement autour de la tanière. A cœur ouvert !

Le 5 avril, le ministre des Sports et de l’éducation physique (Minsep) a organisé et présidé la réunion bilan du match Sénégal - Cameroun. La presse a été presque écartée de ce conclave. Qu’est ce qui s’est dit concrètement ?

Rien de secret. On est revenu sur tous les détails pour voir ce qui a été fait et les perspectives. C’est désormais une tradition. Après chaque rencontre, nous reviendrons sur les détails d’organisation, de participation et la projection à faire dans l’avenir.

Rien de secret, mais pourquoi donc une réunion à huis clos ?

C’était une séance de travail entre le ministre, ses collaborateurs et tous ceux qui étaient impliqués, d’une manière décisive dans la préparation et la participation à ce match. La non diffusion d’un communiqué final indique tout simplement que le ministre a fait un rapport à sa hiérarchie de qui il reçoit des instructions. Rien de plus.

De quelle réunion bilan parlez-vous alors que l’entraîneur principal des Lions Indomptables  n’y a pas pris part?

Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il n’a pas été là. Toutefois, son adjoint qui n’est pas moins représentatif et qui est l’une des grandes figures du football africain a été présent. Il a dit ce qu’il avait à dire et on l’a écouté.

Pensez-vous sincèrement qu’il a qualité de répondre des choix des joueurs par exemple ?

Si vous connaissez bien cette personnalité, vous n’allez pas avoir tant d’inquiétudes. De toutes les façons, il est l’adjoint, il doit et peut répondre quand besoin s’impose. Il a les qualités qui lui permettent de gérer dignement cette équipe. Ce qui veut dire qu’en cas d’indisponibilité, il peut assurer la continuité.

Revenons sur le climat dans la délégation. Le ministre a condamné les écarts de comportement de certains membres de la délégation.

On est tous des adultes. Surtout, des encadreurs. On est assez grands pour savoir ce qu’on peut servir aux gens, surtout lorsqu’on est avec les sportifs de haut niveau.

Comment cela s’est-t-il passé pour que les filles de joie passent la nuit dans l’hôtel des Lions ?

Ce désordre était fait à dessein par les Sénégalais. On a essayé de cacher au maximum des informations sur notre hôtel jusqu’à la dernière minute.

Il n’était pas seulement question de cacher des informations, mais de prendre des dispositions pour que les Lions ne soient pas à la portée de tous. Qui a cogné à la porte de Samuel Eto’o ?

Une fille sénégalaise a frappé à la porte de Samuel Eto’o. Le capitaine des Lions était alors obligé de changer de chambre. Les Sénégalais ont tout fait pour nous déstabiliser. On ne critique pas ici la sécurité mise à notre disposition par ce pays. Mais je dis simplement que tout était fait pour nous perturber.

Pensez-vous que tous les éléments étaient réunis pour une bonne concentration des Lions ?

En dehors de ces éléments cités, je dois vous répondre par l’affirmative. En plus de la sécurité de tous les jours, on a fait appel à nos services de sécurité. On est ravi du travail accompli. On a essayé de conditionner nos joueurs pour qu’ils ne cèdent pas.

A votre avis, sur le plan sportif, qu’est ce qui a manqué à cette équipe ?

Dans un match, il y a deux choses qui comptent : la concentration et l’adaptation du rythme. La concentration, on l’a eue. L’adaptation aussi jusqu’à un moment. Le milieu de terrain aurait pu bloquer l’attaque qui nous a été fatale.

Entraîneur adjoint de Jules Frédéric Nyongha pour la qualification des Lions pour la coupe du monde “ Usa 94 ”, s’il vous est demandé de refaire le match, que ferez-vous ?

Je l’aborderai comme tous les matches en essayant d’être suffisamment vif et assez prompt dans les actions. On devait cueillir les Sénégalais à froid. Avec les nombreuses occasions que nous avions, nous devrions ouvrir le score. Mais il faut aussi dire qu’il y’a des jours sans.

Croyez-vous encore aux chances de qualification des Lions Indomptables ?

J’y crois, dans la mesure où les dés ne sont pas encore pipés. Le Cameroun a encore toutes ses chances de qualification. Il suffit qu’on gagne les trois matches. C’est dommage qu’on court après les résultats depuis trois années. Tout cela s’explique par le fait que nous sommes dans une phase de transition. Mais quand elle va se stabiliser, aucune équipe ne pourra plus nous arrêter.

Il faut l’espérer. Mais la lucidité nous amène  à dire qu’il suffit que le Sénégal accroche le Congo ou le Cameroun pour se qualifier d’office. Que fera le Cameroun ?

Nous allons mettre toutes nos forces dans la balance. Les joueurs ne peuvent pas admettre que la coupe d’Afrique des nations se joue en Afrique centrale en l’absence des Camerounais. Je pense que c’est maintenant que nous abordons véritablement notre phase éliminatoire. Nous avons notre orgueil à préserver. Ce qu’on a prouvé à Dakar nous permet d’être confiants. Le Sénégal doit retenir qu’il ne pourra pas battre tout le monde tout au long de ces éliminatoires. Chacune des équipes de ces éliminatoires a une histoire. On se connaît bien.

Vous avez été, à titre personnel et à la demande de votre hiérarchie, un des acteurs clés de l’intégration des binationaux au sein des Lions. Où en êtes-vous avec ce dossier ?

On est avancé. Tout le monde voit ce que représentent ces binationaux. Le jeune Joël Matip montre tout son talent. Il s’affirme dans son équipe. Il en est de même de Choupo Moting. Les binationaux sont des Camerounais à part entière sur qui nous devons compter. La décision appartient aux entraîneurs de savoir qui on peut sélectionner et classer.

Ne pensez-vous pas qu’il y a un gâchis lorsqu’on regarde la diaspora camerounaise avec Joël et Marvin Matip, les frères Ndjeng et les autres joueurs qui ne demandent qu’à être appelés pour défendre nos couleurs ?

C’est un processus qui est en chantier. Nous avons besoin de tous nos fils et filles pour la défense de notre drapeau. Mais vous conviendrez avec moi qu’on ne peut pas appeler tout le monde au même moment.

Ceux qui sont appelés sont–t-ils véritablement les meilleurs ?

Je ne sais pas ce que vous mettez dans meilleurs. Je vous ai dit que notre équipe est en plein chantier. Aucun Camerounais, performant, ne sera mis de côté. L’équipe nationale doit rester cette famille soudée qu’elle a toujours été.

Et si tel est le cas, pourquoi n’a-t-on pas revu certains joueurs dans cette sélection depuis la dernière coupe du monde ?

Je pense qu’il y a eu des joueurs qui ont été appelés. Mais certaines contingences n’ont pas permis qu’ils retrouvent la famille Lions. Maintenant, il faut aussi dire qu’il y a eu quelques incompréhensions. Il faudra voir comment on peut repartir en ordre de bataille.

Lors de la conférence d’après match à Dakar Samuel Eto’o a été virulent à l’endroit d’un journaliste. Comment jugez-vous ses propos ?

Il faut replacer la situation dans son contexte. Les Lions Indomptables, après avoir tout donné, perdent le match sur le fil. Le capitaine est touché comme l’ensemble de ses compatriotes. Et un journaliste dit que Eto’o n’a rien gagné comme capitaine et se demande si ce n’est pas la fin de la génération Eto’o. Après que le journaliste ait posé sa question, il s’est mis à jubiler alors que Samuel la traduisait en espagnol pour l’entraîneur. C’est en ce moment qu’il s’est senti blessé. Et face à l’illégalité, il a répondu par la fermeté. On ne passe que la réponse de Samuel Eto’o. Pourquoi on ne reprend pas la question et ne montre-t-on pas le même journaliste en train de jubiler. Personne n’a le monopole de la violence verbale.

Lorsque le journaliste a retrouvé ses esprits, il s’est mis à pleurer. Il dit être le fan de Samuel Eto’o et qu’il ne voulait pas le choquer. A la fin de la conférence, calme, Samuel Eto’o a demandé aux journalistes camerounais qui était ce jeune homme. Ayant appris qu’il était Sénégalais, il a banalisé la situation pour avoir tout compris. Dans les vestiaires, il est allé encourager et remonter ses coéquipiers. C’est le vrai Eto’o que d’aucuns ne connaissent pas ou ne veulent pas présenter. Il a beaucoup gagné comme joueur et le monde entier le lui reconnaît. On oublie aussi que c’est en étant capitaine que le Cameroun se qualifie pour la coupe du monde. Et pour répondre totalement à votre question, je dois dire que Samuel Eto’o n’est pas un provocateur. Son leitmotiv a toujours été de bien représenter le Cameroun et l’Afrique. Et il le fait d’ailleurs très bien.

Certaines fois on a l’impression que votre rôle est mal connu du public. Qu’est ce qu’un directeur administratif des équipes nationales de football ?

Je suis un serviteur de la République. Je ne compte pas mes heures d’insomnie, le retour tardif à la maison. Je suis au service de mon pays là où Dieu a bien voulu que je sois. Il me donne la force, le courage, l’intelligence et la santé pour être à la dimension des attentes de ma hiérarchie.

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