17/06/2011 00:17:50
L'entre-jeu: Eclipse
Parce qu’il génère désormais une manne financière colossale, le football est devenu l’exutoire des passions exacerbées et le lieu où se bousculent des intérêts plus ou moins occultes. Aussi a-t-il fini par aiguiser des appétits, lesquels ont attiré dans son sillage une foule de personnes dont des profanes, tombées tel un cheveu dans la soupe...
Le Messager
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Parce qu’il génère désormais une manne financière colossale, le football est devenu l’exutoire des passions exacerbées et le lieu où se bousculent des intérêts plus ou moins occultes. Aussi a-t-il fini par aiguiser des appétits, lesquels ont attiré dans son sillage une foule de personnes dont des profanes, tombées tel un cheveu dans la soupe. Dans cette mouvance, le cas du football camerounais passe pour être la référence majeure.

L’intrusion de l’argent dans le football – cela ne saurait être démenti – a permis à ce sport d’acquérir un rayonnement plus grand et un développement exponentiel que lui envient les autres sports. L’argent a également contribué à l’érection d’un cadre d’épanouissement, voire d’émergence véritable pour les footballeurs autant que des nations entières qui peuvent ainsi se doter d’infrastructures modernes (stades) et autres centres d’encadrement et de formation des talents en gestation.

Atouts qui projettent inexorablement au devant de la scène internationale les peuples et valorisent leur identité. Qui peut mesurer la joie et la fierté des Gabonais et des Equato Guinéens dont les pays respectifs vont être, comme jamais sans doute auparavant, le centre de gravité du continent dans seulement sept mois et demis, à la faveur de la coupe d’Afrique des nations ? Et le géant sud africain ne s’en orgueille-t-il pas à jamais de la position de leader qu’il a également conquis au plan du sport lorsqu’on sait que le pays de Nelson Madiba Mandela est devenu, depuis la mort de l’apartheid en 1990, la destination privilégiée pour la tenue des plus grands rendez-vous sportifs ? Après la coupe d’Afrique des nations en 1992, la coupe du monde l’an dernier (une première sur le continent), revoici l’Afrique du Sud en point de mire pour une autre Can en 2013, que ne pourrait accueillir la Libye de Kadhafi actuellement en état de guerre. Qu’importe ! Le pays arc-en-ciel peut ainsi assurer toutes les suppléances. Pour sa gloire et sa grandeur.

A contrario le Cameroun, le football camerounais, connaît tout le mal du monde. Nombre d’observateurs sont unanimes aujourd’hui sur le fait que l’argent a énormément contribué, non à solidifier ses fondations, mais à y créer des fissures qui risquent d’entraîner sa ruine. Ceci se traduit par le manque de stades. Cinq coupes du monde et une multitude de coupes des nations dont quatre jolis trophées. On reste ébailli devant la pauvreté du pays des Lions Indomptables au plan des stades jouables. Une situation qui n’offre aucune perspective d’accueillir la coupe des nations avant longtemps.

Parti pratiquement en première ligne dans ce qui est considéré comme le plus grand événement sportif du continent avec la 8è édition qu’il accueilla en 1972, le pays de Roger Milla, un des cinq meilleurs avant-centres que le football mondial ait jusqu’ici connus, est à la traîne à cause de la gestion  brumeuse, voire calamiteuse dont font montre les dirigeants de football camerounais .

Qui peut-on convaincre aujourd’hui que les 100 millions de francs débloqués, avec certainement la caution du ministre des sports, à l’arrivée au Cameroun de Paul Leguen ont servi à quelque chose d’autre qu’à garnir les poches des initiateurs du projet d’accueil ? L’absence de l’équipe du Cameroun à un rendez-vous international est à coup sûr un drame pour cette foule « encadreurs » qui se mettent à la suite de l’équipe nationale à toutes ses randonnées sportives, en ce sens qu’ils se trouvent sevrés de frais de mission colossaux souvent payés cash.

Il y a aussi d’autres « missions » innombrables – initiées sous le prétexte plus ou moins fallacieux de doter l’équipe nationale de sélectionneurs de « haut niveau ». En réalité, ces gens qui embarquent pour l’Europe, soi-disant en quête de l’oiseau rare qui viendrait donner la coupe du monde au Cameroun, sont le plus souvent en villégiature. Ils s’installent dans un hôtel quatre-cinq étoiles à ...Paris et de là, sous l’instigation de quelques « démarcheurs » véreux, contactent par téléphone des noms que ces derniers leur proposent. C’est en tout cas de cette manière là que les émissaires de la fécafoot procèdent souvent dans le processus de recrutement   de l’entraîneur-sélectionneur de l’équipe du Cameroun. On imagine ce que peut valoir financièrement une telle mission. De l’argent gaspillé qui pourrait servir utilement le football.

Au plan de la détection ou de la supervision des joueurs susceptibles de faire partie de l’équipe nationale, l’autorité du football camerounais pourrait, pour une gestion rigoureuse et pour surseoir aux missions très onéreuses et fantaisistes en Europe, confier par exemple la supervision des joueurs à des « cadres » camerounais sur place en France. Je vois Patrick Mboma, Cyrille Mackanaky et Paul  Bahoken, établis dans différentes régions de l’Hexagone et qui, j’en suis certain, accepteraient volontiers de rendre un tel service à leur pays.

 La double débâcle de l’année dernière en Coupe des nations et du monde est venue sonner le tocsin d’une situation assez préoccupante pour ne pas dire dramatique du football camerounais. Conséquence : on est parti du stade pour se retrouver, les pieds joints, sur le théâtre des faits divers, avec des interpellations et interrogatoires tous azimuts à la police des dirigeants et joueurs. Il ne restait que ça pour montrer le degré de la déliquescence de notre football. Pourvu que ce ne soit pas la voie sans retour de l’éclipse.

 

Germain Koumyo Ekwe

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