27/06/2011 02:24:02
Paul Bahoken: Il faut expurger la Fcafoot des corps trangers
«Baho» a bien voulu faire un tour d’horizon avec Le Messager, de l’actualité du football telle qu’elle se présente aujourd’hui au Cameroun et surtout donner, en qualité de technicien assermenté qu’il est, son avis sur la crise qui ronge ce football et surtout l’équipe  nationale du Cameroun
Le Messager
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Paul Bahoken vous connaissez ? La Question arrive fort à propos. Ce d’autant plus que la génération présente, aussi bien de footballeurs que de journalistes de sport, ne peut avoir connu le personnage que grâce à quelque vague commentaire au quartier, si ce n’est à travers les légendes du football camerounais. Pour peu qu’elle (la génération) en ait eu l’envie et la volonté de savoir. Le nom de Paul Bahoken traduit en fait une légende vivante du football camerounais. A l’instar des Roger Milla, Théophile Abéga, Jean-Pierre Tokoto, Grégoire Mbida, Mikel Kaham, Eugène Ekéké, Louis Paul Mfédé et hier encore Patrick Mboma, la liste est loin d’être exhaustive – avec qui ce dernier a fait école. Des footballeurs au talent pointu.

C’était la génération des Lions... Indomptables. Ceux-là qui portèrent systématiquement sur leurs épaules le Cameroun et l’amenèrent, pour la première fois dans l’histoire du football camerounais, voire africain, au rendez-vous de l’élite mondiale en 1982 en Espagne. Témoignage authentique du reporter, auteur de ces ligues, qui eut comme l’insigne privilège d’être de cette randonnée mondiale inédite. Fermons la parenthèse.

Après une carrière dans le football amateur au Cameroun, au cours de laquelle il marqua les esprits grâce à ses qualités athlétiques indéniables (footballeur véloce, percutant et doté d’un sens inné de but), Paul Bahoken optera  par la suite pour une carrière professionnelle.

Il déposera, courant 1980, ses valises en Hexagone et évoluera successivement à Valenciennes, Reims, Cannes et Troyes. Une carrière bien remplie et au bout de laquelle cet attaquant racé opèrera une reconversion, passant du cadre de joueur à celui d’encadreur technique, activité qu’il mène concomitamment avec celle de préparateur en parfumerie dans une grosse industrie à Cannes où il réside en France.

En séjour au bercail, Baho (ainsi que aiment à l’appeler ses intimes), a bien voulu faire un tour d’horizon avec Le Messager, de l’actualité du football telle qu’elle se présente aujourd’hui au Cameroun et surtout donner, en qualité de technicien assermenté qu’il est, son avis sur la crise qui ronge ce football et surtout l’équipe  nationale du Cameroun, non sans énoncer quelques propositions susceptibles d’apporter réponses aux problèmes auxquels le football camerounais est confrontés.

Edifiant, l’entretien qui suit.

Il y a plusieurs années maintenant qu’on n’entend plus parler de Paul Bahoken sur les stades. Qu’est-il devenu ?

Après ma carrière professionnelle, je suis devenu joueur-entraîneur au Racing club de Grasse en France Cfa 2 (réserve de clubs professionnels) niveau 3è division. Bien entendu j’ai d’abord eu à passer des diplômes (initiateur de football, puis, brevet d’Etat d’éducateur sportif de 1er degré.

Avec de brevet d’Etat d’éducateur sportive de 1er dégré, les autorités de football français t’ont-elles assigné un rôle au sein de la fédération française. ?

Dans la région de la Côte d’Azur où je vis, qui comprend Monaco Marseille, Nice, Cannes et Toulon, les dirigeants de football là bas ont tout se suite sollicité ma collaboration, étant donné mon statut d’ancien  footballeur professionnel. C’est ainsi que j’ai été honoré dans la région des Alpes maritimes où je suis des membres de la commission technique.

Quelles sont les responsabilités d’un membre de la commission technique comme toi, par exemple ?

Mon rôle principal est de détecter les jeunes joueurs en vue d’une éventuelle sélection en équipe de France. Je suis également habilité à soumettre les jeunes éducateurs au passage de diplômes. Il y a aussi qu’on peut me confier d’autres missions relevant de mes compétences dans le football, bien entendu.

A quoi donne droit le brevet d’Etat d’éducateur sportif du 1er degré ?

Le détenteur de ce diplôme devient un entraîneur pouvant exercer à tous les niveaux y relatifs (clubs d’élite, équipe nationale).

Est-il déjà arrivé à Paul Bahoken de penser à mettre ses connaissances et compétences au service du football camerounais ?

Bien sûr. J’ai toujours souhaité apporter ma modeste contribution à mon pays, dans un domaine comme le football où, trêve de modestie, je suis bien outillé, eu égard des expériences accumulées sur un double plan :  ancien footballeur professionnel, premièrement et, deuxièmement, haut cadre technique.

Tu vois aujourd’hui les contre performances de l’équipe nationale du  Cameroun. Que peuvent en être les raisons d’après toi ?

Il est bien dommage que ce soient principalement les joueurs que l’on retrouve au centre des mauvais résultats auxquels l’équipe nationale semble être abonnée depuis ces dernières années. Ce qui ne pouvait être le cas à notre époque. Certes il pouvait arrivé qu’il y ait  quelques petits problèmes d’humeur dans le groupe, entre deux joueurs, mais ça ne pouvait franchir le seuil du vestiaire. Une fois franchie la ligne de touche pour l’aire du jeu, alors, mon cher ami, les joueurs vibraient à l’unisson et ça se voyait à l’œil nu. Le climat délétère dans lequel l’équipe baigne aujourd’hui déteint automatiquement sur les résultats sur le terrain. Mais il y a aussi la corruption qui gangrène l’équipe nationale. Il faut l’éradiquer, et pour que cela soit, il faut expurger des gens qui ne savent rien du football mais qui peuplent les allées des Lions. Il faut exclure ces gens-là et mettre des hommes qu’il faut. Des hommes non pas qui sont là et dont le seul objectif est de gagner des prébandes à travers des pseudo missions et autres manèges. Bref, il y a encore beaucoup à faire. Pour que notre football s’arrime aux méthodes de gestion moderne.

Au-delà de l’éradication de la corruption et de la nécessité de remettre la fédération sur les rails, il y a la question de discipline, non ?

C’est un élément capital pour un groupe qui veut réussir. Une anecdote : quand je suis arrivé en équipe nationale, je cirais les chaussures de mes aînés en signe de respect tout simplement. C’est vrai qu’on ne saurait aujourd’hui se soumettre à pareil exercice, mais il est bon de dire ici que ce geste traduisait la discipline du groupe.

Aujourd’hui l’équipe du Cameroun connaît une vague de dissensions en son sein, et dont on dit que Samuel Eto’o serait à l’origine. Si c’était le cas, comment annihiler ces dissensions ?

J’ai moi aussi entendu parler de ces dissensions ; et s’il s’avérait que c’est Eto’o qui est à l’origine, alors il faudrait plutôt déplorer le manque d’autorité et de fermeté des autorités qui laissent faire. Moi je n’accuserais pas Eto’o, mais les dirigeants pour le laxisme dont ils font montre en restant muets devant une telle situation. Une anecdote : J’avais, moi, été exclu de l’équipe nationale tout simplement parce que j’avais osé faire un reproche pourtant justifié au Dr de l’équipe, à l’époque Motazé. Au lendemain d’un match que nous venions de livrer en Côte d’Ivoire, ce dernier était allé faire ses courses prioritairement, laissant à leur sort les joueurs blessés. Lorsque je fis cette remarque pertinente au Dr Motazé, les dirigeants trouvèrent que c’est trop osé et m’excluèrent de l’équipe, sans même tenir compte du fait que je fus le principal artisan de la victoire du Cameroun dans ce match qualificatif pour la can 84. Pour si peu, je fus exclu des Lions Indomptables. C’est te dire... et d’ailleurs Germain tu es sans l’ignorer.

Aujourd’hui l’équipe du Cameroun est au bas de la pyramide de la hiérarchie continentale. Sa présence au rendez-vous de l’élite africaine au Gabon et en Guinée n’est plus qu’un mirage...

Face à cette situation, je me permettrais quelques propositions qui reposent sur une préparation à long ou moyen terme : faire l’ossature de l’équipe nationale avec les joueurs du terroir que trois ou quatre joueurs extérieurs viendraient renforcer. Ceci pourrait être pour les footballeurs restés au bercail un réel motif d’encouragement, en même temps que ce serait une manière de stabiliser ou de limiter, tant soit peu, la vague déferlante vers l’étranger. Le résultat serait que l’on retrouve une compétition nationale relevée, du fait de la stabilité des joueurs qui ne chercheraient plus à s’expatrier à tout prix, du moins prématurément et conséquemment, à disposer d’une équipe nationale avec des joueurs aux automatismes avérés.

Le différend Eto’o – Song Alexandre-Emana, comment le perçois – tu, et quelle voie de recours peut amener à réconcilier ces dernier ?

Il n’est pas donné à tout le monde de mener les hommes. C’est beaucoup plus difficile quand il s’agit d’être capitaine d’une équipe et a fortiori de l’équipe nationale. Il faut disposer de qualités de conciliation insoupçonnées, jouer le rôle de stabilisateur du groupe. La différence est donc de taille entre un meneur de groupe au plan de la discipline, de la tempérance et quelqu’un qui hésitérait un brassard du fait qu’il serait un grand joueur. Il n y a rien à voir. Je pense que la nomination d’un capitaine en équilibre nationale ne suit plus les normes qui étaient les siennes quand nous jouions. Quelqu’un ne peut pas arriver, fut-il sélectionneur de l’équipe nationale, et alors qu’il est encore complètement étranger du groupe, nommer un capitaine.

C’est un choix subjectif qui peut déboucher sur ce qu’on voit aujourd’hui dans l’équipe nationale. Un capitaine est quelqu’un qui donne le bon exemple, celui qui incarne la discipline et qui, du seul fait de son attitude, amène ses coéquipiers plutôt à le respecter. Il ne me semble pas que ce soit aujourd’hui le cas dans notre équipe nationale. Or le différend advient dans un groupe lorsque les conditions que j’ai évoquées ci-dessus ne sont pas réunies. Alors en ce moment-là, il peut arrivé que des coéquipiers se rebiffent et expriment leur révolte. Nous n’avions jamais connu pareille situation. Maintenant comment réconcilier Eto’o, Song et Emana. C’est des grands garçons doublés de sportifs. J’ai ouie dire que Stéphane Mbia qui joue à Marseille, aurait été chargé de réconcilier Eto’o et Emana. Mais il faut déjà que les deux joueurs en expriment eux-mêmes la volonté. Qu’ils recourent aux vertus cardinales du sport et dont la plus édictée est celle de la fraternisation, de la communion entre les peuples.

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