12/08/2011 03:38:56
Penalty, trafic de joueurs : les autres plaies bantes du football camerounais
Aujourd’hui, le désappointement est à son comble. Les résultats résultants des prestations de nos clubs sont d’une médiocrité qui laisse pantois. Loin de surprendre quiconque, ces résultats attestent le niveau de déliquescence atteint ici par la gestion quotidienne du mouvement footballistique.
Le Messager
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La situation actuelle du football camerounais, à qui le dira-t-on, est plus que préoccupante. Tant au plan local que partout ailleurs où ce football, grâce à la brillance qu’il a affichée autrefois, était parvenu à conquérir bien des cœurs. Aujourd’hui, le désappointement est à son comble. Les résultats résultants des prestations de nos clubs sont d’une médiocrité qui laisse pantois. Loin de surprendre quiconque, ces résultats attestent le niveau de déliquescence atteint ici par la gestion quotidienne du mouvement footballistique.

Une gestion, comme qui dirait, calamiteuse. Et encline à mettre à mal, sinon à gommer complètement les velléités plus ou moins exprimées de professionnalisation. J’avais vendredi dernier, ici même, effleuré la question de la fuite à l’étranger de jeunes talents du football camerounais. Auparavant ces départs se faisaient plus ou moins par des voies informelles, au nez et à la barbe des autorités du football qui ne cessent de faire montre de ponce pilatisme  en trouvant pour prétexte qu’aucune disposition, dans les statuts de la Fécafoot , n’interdit la sortie du joueur ou encore qu’on ne saurait retenir le footballeur qui désire aller monnayer son talent ailleurs.

Il ne s’agit pas de retenir au bercail le joueur qui voudrait aller s’épanouir sous d’autres cieux, mais plutôt d’aménager quelque texte qui  puisse réglementer le départ du joueur. En Afrique du Nord par exemple, la quasi totalité des fédérations, sinon toutes, se sont dotés de textes réglementant les sorties des joueurs. En Egypte par exemple, un joueur ne peut lorgner à l’extérieur qu’après avoir évolué pendant au moins quatre ans au pays.

Une disposition qui a le chic de rendre les clubs et partant l’ensemble du football égyptien structurellement solide, du fait de la synergie qu’elle imprime sur la compétition nationale, voire internationale. Le fait de n’avoir pensé ( ?) à aucune disposition de ce type dans ses textes organiques, la Fécafoot semble avoir laissé une brèche où l’on peut s’engouffrer et s’adonner à tout genre de trafic de joueurs. Passe encore si à ce niveau les choses pouvaient se passer de manière légale telle que prescrite par la Fifa qui exige à chaque pays de disposer des agents de joueurs reconnus qui soient une sorte d’interface entre la fédération et les clubs en quête de joueurs.

C’est pourtant tout le contraire qui a cours au Cameroun où l’on assiste, de façon récurrente, à des situations on ne peut plus dramatiques de joueurs transportés par vagues entières, sans la moindre garantie, vers des horizons lointains, par des individus sans scrupule. Ces derniers se présentent souvent aux parents des victimes comme étant le meilleur canal par lequel doivent passer leurs progénitures pour un football professionnel sans histoire. Après avoir saigné aux quatre veines les pauvres parents, nos « agents » de joueurs embarqueront ces derniers pour une aventure souvent sans lendemain. Et dire que ces individus seraient souvent de mèche – chose impensable – avec des gens de la Fécafoot  !

Le cas patent d’une victime récente, c’est Olivier Valère Temb Makaha qui nous livre ici un témoignage : « Je suis allé au Népal afin de tenter une aventure à l’extérieur parce que j’en avais marre d’évoluer au Cameroun, compte tenu du fait que les conditions au pays sont extrêmement difficiles pour l’épanouissement des footballeurs. Je suis arrivé en Asie par l’entremise d’un monsieur qui se passe pour un agent de joueur, le nommé Nyemb Nyemb Alain, qui a des connexions avec certains responsables de la Fécafoot , pour faire voyager les footballeurs camerounais vers les pays d’Asie.

C’est un véritable calvaire que vivent les footballeurs camerounais de ce côté-là. Nous étions près de trente-huit footballeurs camerounais au Népal. La plupart, voire tous, sont abandonnés à eux-mêmes et n’exercent même pas le métier pour lequel ils ont fait le déplacement pour le Népal. Nombre d’entre eux sont devenus des vendeurs de drogue ; d’autres, pour essayer de survivre, sont obligés de vendre leurs passeports aux trafiquants. La plupart dorment aujourd’hui à la belle étoile, car ayant été chassés de l’hôtel qu’ils  occupaient pour cause de non  paiement.

Eu égard à toutes ces pratiques dans lesquelles se sont malheureusement retrouvés ces footballeurs camerounais, l’entrée au Népal  a été interdite aux Camerounais. Ainsi quand on y est, on peut lire sur les affiches « interdiction d’entrée aux Camerounais». Pour vous parler de mon cas particulièrement, je suis arrivé au Népal par le biais de monsieur Nyemb Nyemb Alain, après que ma famille ait réuni une somme de 3 000 000 (trois millions) Fcfa et remis à ce monsieur.»

Renversant, n’est-ce pas ? Des situations comme celle-ci, on peut les multiplier à longueur de saisons. Et ceci  n’est rien d’autre qu’une facette de la gouvernance qui a cours dans le football camerounais et de laquelle découlent les résultats qui déshonorent le football camerounais aujourd’hui.

Tout près de ce fait social qui n’est pas sans ruiner la valeur du football camerounais, un fait technique devenu tout aussi redoutable désormais : le penalty. Naguère, lorsqu’une équipe bénéficiait d’un penalty, on comptait déjà le but avant même que le ballon soit tiré. On pouvait relever quelques exceptions.  Celles-ci furent rares, mais significatives, ou mieux captivantes. Le roi Pelé, dans un super derby qui opposa son équipe, le célèbre Santos à Botafogo l’éternel rival dans le championnat brésilien, manqua le penalty. Le ballon, merveilleusement tiré par Pelé, trouva, dans sa superbe détente, les pieds baladeurs du goalkeeper adverse qui le renvoya. Autre penalty manqué par un joueur de légende, celui du Maréchal Mbappé Lépé en 1970 au stade Akwa, et qui entraîna l’élimination du Cameroun de la coupe du monde au dépens du Nigeria.

Au fil du temps, le penalty va de moins en moins être synonyme de but et plutôt considéré comme une sorte d’exercice qui exige du joueur chargé de l’exécuter un sens élevé de concentration et de maîtrise. Ces qualités sont davantage nécessaires lorsqu’un joueur doit tirer un penalty marquant le tournant décisif d’un match. Ce dernier qui porte une lourde responsabilité pour rapport à l’avenir de l’équipe dans une compétition donnée sait qu’il ne sera pas pardonné au  cas où il venait à le rater. Le cas de Pierre Womè Nlend en 2005 dont le loupé ne permit pas au Cameroun d’aller au Mondial allemand, ou même celui tout récent de Samuel Eto’o ratant le sien dans un match décisif pour la Can face au Sénégal. Et qui avait été suivi d’une terrible grogne du public avec quelques morts sur le carreau.

Hier encore, après avoir été les auteurs d’un match héroïque face au Mexique (120 mn) les juniors camerounais en coupe du monde ont envoyé trois penalties dans le décor au cours de la séance de tirs au but, se faisant ainsi éliminer de facto.

Tirer un penalty devient donc aujourd’hui plus que jamais un exercice redoutable, davantage pour  les Camerounais qui n’en ont pas le meilleur souvenir.

Germain Koumyo Ekwè

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