13/10/2011 14:21:53
Javier Lazaro Clemente: Le messie qui ne savait pas faire de miracles
En débarquant à la tête de l’équipe nationale en août 2010, le technicien basque avait pour principal objectif de qualifier les Lions à la coupe d’Afrique des nations 2012. Mission impossible, qui va certainement le conduire vers la porte de sortie.  Itinéraire d’un « agneau » qui s’est fait « dévorer » dans une tanière de fauves.
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En débarquant à la tête de l’équipe nationale en août 2010, le technicien basque avait pour principal objectif de qualifier les Lions à la coupe d’Afrique des nations 2012. Mission impossible, qui va certainement le conduire vers la porte de sortie.  Itinéraire d’un « agneau » qui s’est fait « dévorer » dans une tanière de fauves.

1-Le sorcier blanc qui voulait dompter les Lions

Désillusion ! Les fans des Lions indomptables ont peut-être eu tort de penser qu’un autre entraîneur blanc à la tête de leur équipe chérie ferait l’affaire. Mais avaient-ils vraiment le choix ? Puisqu’au lendemain de la déconfiture des coéquipiers de Samuel Eto’o Fils au Mondial sud-africain, les autorités en charge du football au Cameroun leur annonçait brusquement l’arrivée d’un nouveau commandant à bord du navire.

La perle rare avait pour nom Javier Clemente. Le technicien basque, qui a débarqué au Cameroun le 28 août 2011 pour la signature de son contrat de travail, avait été choisi par les pouvoirs publics précisait-on, «à la suite des propositions de la fédération camerounaise de football relatives au recrutement de l’encadrement technique des Lions indomptables ». Sans doute pressés de tourner la page de l’ère Paul Le Guen, la fécafoot a cru bon de miser à nouveau sur l’école occidentale. Faire confiance à quelqu’un qui viendrait remettre de l’ordre dans une tanière ébranlée par des « égos surdimensionnés ».   Un messie en fait.

Comme pour s’en vanter, Michel Zoah, ministre des Sports et de l’Education physique, indiquait dans un communiqué, confirmant l’arrivée du nouvel entraîneur que «le nouveau staff technique des Lions indomptables prend service au moment où une réflexion de fond portant restructuration du football camerounais en général et de l’équipe nationale fanion en particulier, est en phase d’aboutissement». De quelle restructuration parlait le patron des sports quand on sait que la sélection nationale n’a jamais connu autant de problèmes que ces deux dernières années ? Passé ce coup de pub, on attendait de voir le maçon au pied du mur. La nouvelle de la désignation de l’ex entraîneur de l’Athletico Bilbao n’avait pas surpris grand monde car reprise des jours avant par plusieurs médias internationaux dont Rfi et l’Afp. C’est finalement dans les colonnes de Marca, un journal introduit dans les milieux du sport en Espagne, qu’on va apprendre le jeudi 12 août 2011 que le technicien espagnol « est sur le point de devenir le nouveau sélectionneur des Lions Indomptables, en remplacement du Français Paul Le Guen ». Le jeu de cache-cache entretenu par le Minsep et la fédération camerounaise de football avait donc fini par accoucher de ce qui n’était plus qu’une lapalissade. La principale mission de Javier Clemente : qualifier le Cameroun pour la coupe d’Afrique des nations prévue au Gabon et en Guinée Equatoriale en 2012.

2- Impuissance et contre performance

Avec au palmarès un titre de champion d’Espagne décroché en 1969, le successeur de Paul Le Guen avait comme argument en béton, sa notoriété dans les milieux du football, notamment sa carrière d’entraîneur et même celle de joueur. En revanche, bien que n’ayant aucune expérience dans le domaine de l’encadrement technique en Afrique, on disait de Javier Clemente qu’il a une carte de visite plutôt fournie. Sélectionneur de l’équipe d’Espagne entre 1992 et 1998, puis de la Serbie, entre 2006 et 2007. En clubs en revanche, le tableau de chasse du premier technicien espagnol à occuper le banc de touche camerounais, soutenait-on, est bien garni. Il a notamment remporté deux fois le championnat d’Espagne avec l’Athletico Bilbao (1983 et 1984).

En 1988, il a amené l’Espagnol de Barcelone en finale de la coupe de l’Uefa. Javier Clemente a également entraîné l’Olympique de Marseille, Bétis Séville, Real Sociedad, Real Valladolid, Athletico Bilbao, Athletico de Madrid, Tenerife, Baskonia et Arenas Club de Guecho. Il a remporté à trois reprises le prix de meilleur entraîneur de la liga espagnole.

Pour couronner le tout, on disait de lui qu’il était rigoureux et charismatique dans le travail, malgré cette réputation de «raciste » outre-atlantique qu’il traînait partout où il passait. Il fallait donc prouver que ce chapelet d’éloges et cette longue expérience servirait véritablement d’antidote aux maux des Lions. Le premier test du coach basque fût concluant : une victoire (3-1) face à l’île Maurice à l’issue du premier match comptant pour les éliminatoires de la Can 2012. Ce coup de maître lui valut tous les surnoms « l’homme de la situation », « le chantre de la reconstruction de l’équipe nationale »… Mais le match nul (1-1) et insipide  enregistré face à la Rd Congo lors de la deuxième journée à Garoua a laissé le doute et la confusion dans les cœurs des fans. Pire, la défaite concédée le 26 mars 2011 face au Sénégal à Dakar est venue jeter le discrédit sur cet avenir qu’on disait déjà radieux pour les Lions. La goutte d’eau qui vient déborder le vase est ce match nul (0-0) face au Sénégal à Yaoundé. Une contre performance qui a malheureusement consacré l’élimination du Cameroun à la Can 2012, puisqu’en dépit de la déculottée (5-0) administrée à l’Ile Maurice et la laborieuse victoire (3-2) face au Congo vendredi dernier, les Lions étaient déjà déclarés hors course pour le rendez-vous de 2012. Qui l’eût crût ?

3- L’après Clemente se dessine

Clemente a donc échoué. Inefficace, impuissant et à cours  d’imagination, il a conduit l’équipe du Cameroun vers le précipice. Jugée difficile au départ, sa mission de reconstruire une équipe nationale s’est finalement avérée impossible. Dans le but d’abréger cette collaboration ratée qui devait se poursuivre jusqu’en 2012, la fécafoot aurait décidé de se séparer du technicien espagnol, brandissant comme argument les entorses au contrat dont Clemente s’est rendu coupable. On évoque entre autres l’obligation contractuelle de résider au Cameroun pendant dix jours tous les deux mois. Clemente a en effet pris l’habitude d’arriver tardivement au pays avant d’en repartir très rapidement. En dépit de cette situation, le technicien n’a toujours pas quitté son poste et n’entend pas faire ses bagages tant qu’on ne l’a pas prié de déguerpir. « J’ai signé avec le Cameroun un contrat de deux ans, je viens de terminer la première année et j‘entends aller jusqu‘au terme de mon bail. Mais, si on me demande de partir je partirai », répétait-il au cours d’un point presse, à l’issue de la dernière journée des éliminatoires. La fécafoot n’a toutefois pas décidé d’attendre que l’Espagnol rende son tablier pour passer à l’action.

Dans la foulée, on annonce l’arrivée de Denis Lavagne, l’entraîneur de Coton sport de Garoua. Actuellement en vacances en Italie et lié au club chéri du grand Nord jusqu'à la fin de la saison, a confirmé «avoir été informé par cet intérêt, et relever ce challenge (lui) plairait. Mais je n'ai pas eu de contact direct», a assuré celui qui a conduit les Cotonculteurs au titre de champion du Cameroun en 2010 et 2011. En cas de nomination, le Français aurait pour adjoint Martin Ntoungou Mpilé, l'actuel sélectionneur de l’équipe des moins de 20 ans et de Thomas Nkono au poste d’entraîneur des gardiens de buts.

Pressenti également pour succéder à Clemente, le Suédois Sven Goran Eriksson, l’ancien sélectionneur de l’Angleterre et de la Côte d’Ivoire, Philippe Troussier, Pierre Lechantre, Bruno Metsu… Sans doute s’achemine-t-on là vers un autre cycle qui produira les mêmes effets; sinon pire. Just wait.

Christian TCHAPMI

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