11/01/2012 01:48:34
Canon sportif de Yaound. Vers une nouvelle mutinerie dans la caserne
On n’est décidément pas sorti de l’auberge. La paix et l’accalmie dont on disait revenues dans la maison n’étaient qu’une vue de l’esprit. A preuve, batailles, engueulades et intrigues ponctuent désormais le quotidien des nouveaux dirigeants des Mekok Me Ngonda, depuis qu’ils ont pris le club le 30 octobre 2011. Une réunion de crise s’est tenue hier mardi 11 janvier 2011 à Yaoundé.
Le Messager
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On n’est décidément pas sorti de l’auberge. La paix et l’accalmie dont on disait revenues dans la maison n’étaient qu’une vue de l’esprit. A preuve, batailles, engueulades et intrigues ponctuent désormais le quotidien des nouveaux dirigeants des Mekok Me Ngonda, depuis qu’ils ont pris le club le 30 octobre 2011. Une réunion de crise s’est tenue hier mardi 11 janvier 2011 à Yaoundé.

C’était peut-être une méprise de croire qu’avec la nouvelle équipe dirigeante, l’heure de la relance avait enfin sonné. Deux mois seulement après la fameuse assemblée générale qui a emporté Célestin Bombok et son staff, revoici le Canon sportif de Yaoundé new-look dans la tourmente. En plus d’essuyer au quotidien les injures et les critiques des supporters qui lui reprochent de ne pas payer les joueurs, l’équipe que dirige Céline Eko est depuis quelques temps secouée par une crise aiguë. La dernière actualité remonte au 28 décembre 2011 où une assemblée générale a été convoquée par Me Eba’a Manga. Malheureusement celle-ci n’a pu se tenir au siège du club au quartier Nkolndongo (Yaoundé). Entre désistements et refus de se plier aux textes et règlements qui régissent la gestion du club, la rencontre s’est finalement transformée en un pugilat. De sources proches de l’équipe dirigeante rapportent que ladite assemblée a été émaillée ce jour-là d’une bagarre qui a éclatée entre Me Manga et Robert Ebodé, directeur général adjoint du « Kpa-kum ».

Pour quelle raison ? Le différend entre les deux hommes, apprend-on, est dû au fait que certains membres du conseil d’administration du club ne cotisent pas. « On passe le temps à multiplier des réunions sans au préalable penser au plus important », argue sous cape un membre du bureau. Pourtant il a été convenu qu’avant le début du championnat (prévu le 14 janvier prochain), les administrateurs aient cotisé au moins 24 millions Fcfa. Chose qui n’a pas toujours été faite. On se rappelle que du temps de Célestin Bombok, il était reproché à certains membres qui revendiquent à cor et à cri leur appartenance au Canon de refuser de verser leurs cotisations comme le recommandent les textes.

Joint au téléphone hier, Louis Marie Ondoua, le directeur général du club mythique de Nkolndongo a préféré observer le mutisme, craignant de de marcher sur un terrain glissant. « Pardonnez-moi mais je préfère ne rien dire sur la question. Je comprends que vous souhaitez avoir la version des faits d’une voix autorisée comme la mienne, mais souffrez que je ne dise rien. Nous (l’équipe dirigeante) avons une réunion de crise cet après-midi et nous en discuterons », a froidement tranché « Cruyff ». Reste plus qu’à espérer qu’au sortir de ce conclave, tous les membres s’accordent enfin à faire détonner le Canon…
 
Focal. Cotisations : le nerf de la guerre

C’est le talon d’Achille de tous les dirigeants du Kpakum. Beaucoup ne savent que revendiquer à grand renfort d’appartenance ethnique leur appartenance au club. Mais quand il s’agit de verser ses cotisations, on ne s’accorde plus. Pourtant pour en être membre du conseil d’administration, il faut d’abord payer 100 000 Fcfa de droits d’adhésion et 1.500 000 Fcfa de cotisation. Ceci avant la phase retour du championnat. Or il se trouve que les membres de la nouvelle équipe du Canon ne se sont toujours pas pliés à cette exigence. Une attitude que l’ancien directeur général par intérim décriait et faisait remarquer que « le problème de notre club c’est que tout le monde veut diriger mais personne ne veut dépenser. C’est cela la triste réalité. Pour être tranquille, laissez les gens diriger sans leur demander de sortir un sou. J’ai parfois l’impression qu’ils refusent de voir que le temps passe, que les choses évoluent et que nous sommes en train de muter ». Et d’ajouter « il faudrait donc que les gens apprennent à souscrire les actions dans le club et à les payer. C’est de cette façon qu’on pourra parler d’une équipe professionnelle ».
 
Sur le champ de tir…  Ces artificiers qui voulaient sauver le Kpakum

1-Céline Eko : la dame de fer a-t-elle perdu de sa poigne ?

En la portant à la tête des vert et rouge de Nkolndongo, on pensait qu’elle viendrait définitivement mettre un terme à ces antagonismes de mauvais aloi qui minaient depuis plusieurs années le Canon de Yaoundé. Le conseil d’administration avait cru bien faire en jetant son dévolu sur une femme parce qu’on estimait qu’avec sa riche expérience et sa finesse dans le management, elle réussirait enfin à réconcilier les hommes et faire briller le club au firmament.

On la présentait comme une femme d’affaires au préjugé favorable. Le profil parfait pour occuper ce poste. Pour la première fois donc de son histoire, le Canon sportif de Yaoundé devait être dirigé par une femme. Militante du Canon depuis 1978, la nouvelle présidente était présentée comme une passionnée de football. Agée d’une cinquantaine d’années, ce membre influent des « Mekok Me Ngonda » a même participé à la rédaction des statuts du club. Quelques mois après sa prise de pouvoir, elle se rend compte que la passion et la détermination à eux seuls ne suffisent pas pour soigner le syndrome Kpakum.

2-Louis-Marie Ondoa: éternel insatisfait ?

C’est une tête de turc. Il n’est pas du genre à se laisser marcher dessus et sait très bien exprimer son ras-le bol lorsque besoin se fait ressentir. Il s’était déjà illustré depuis la Fécafoot où il a démissionné de l’assemblée générale, pour se présenter contre Iya Mohammed en 2009. Mais ses actions ont commencé et se sont terminées dans les médias, notamment sur ces plateaux où l’homme versait toute sa bile contre les locataires de la Tour de Tsinga. Avant de se rabattre sur le club qui l’a vu émerger.

C’est peut-être pour sa force de caractère qu’il a été porté à la tête de la direction générale du Canon de Yaoundé. Avant sa nomination, cet ancien joueur du Canon était déjà cité dans toutes les querelles qui concernent le club de « Mvog Mbi ». Ses éternels désaccords avec Célestin Bombok n’en finissaient plus. « Cruyff » comme on l’appelle affectueusement, pensait déjà à faire du « Kpakum » une véritable équipe professionnelle, bien loin de l’amateurisme managérial que lui avait conféré l’ancienne équipe. Désillusion ! A peine a-t-il eu le temps de tracer sa feuille de route que déjà ses collaborateurs versent dans les mêmes travers qu’on reprochait à l’ancienne équipe. Une situation qui risque de lui coûter son poste comme ce fut le cas avec son prédécesseur.

3-Emmanuel Mvé: le vieux Lion qui veut garder le temple

Très souvent on oublie qu’il a jadis porté le maillot de l’équipe nationale de football pour défendre les couleurs du Cameroun. On met beaucoup plus en avant son côté rebelle. C’est pourquoi on le présente généralement comme le chef de file de la dissidence. C’est que Emmanuel Mve Elemva a pris les devants des hostilités en chien de garde de l’orthodoxie « canonienne ».

Comme il l’avait déjà fait en 2010 sous Henry Claude Mvondo Mbédé. En octobre dernier encore, l’ancien capitaine des Lions indomptables a rallié à sa cause la quasi-totalité des membres du conseil des sages et des membres du conseil d’honneur de la trame d’Alain Noël Mekulu Mvondo en exigeant du camp Bombok le respect des textes, notamment une assemblée générale pour compléter les organes du Canon prévus par les statuts « le Canon est une institution. Ce club est commandeur de l’ordre de la valeur. Canon a été et doit être la locomotive du football camerounais. Malheureusement, le Canon est aujourd’hui rentré dans les rangs. Face à cette situation, nous ne pouvons pas rester les bras croisés », rappelait-il dans les colonnes de Cameroon Tribune.

Un statut de leader que l’homme tient à voir son club garder. Lui qui avait déjà joué le rôle de président du Conseil des sages. Ce qui a davantage compliqué les choses pour l’ex directeur général par intérim, qui n’avait plus de soutien que Jules Georges Manga, et des cadres tels Donatien Ombolo Menunga ou encore Jean François Nguini.

4-Alain Noël Mekulu Mvondo: médiateur par saison

Par le passé, Alain Noël Olivier Mekulu Mvondo a organisé ou accueilli des médiations en vue de dissiper les mésententes entre fils du Canon. Quelques mois avant l’assemblée générale qui a vu débarquer Célestin Bombok, lui-même s’est retrouvé dans le camp de la dissidence. Au sortir de la réunion de crise organisée par la commission ad-hoc créée par la Fécafoot pour arbitrer cette crise quelques jours avant, le Dg de la Caisse nationale de la prévoyance sociale (Cnps) a refusé de s’exprimer officiellement sur la crise qui secoue le club dont il est membre du comité d’honneur.

Lui qui est pourtant jeté en pâture dans la presse par certains de ses ennemis du camp opposé, parce que considéré comme le fauteur de troubles au sein du Canon. Pour avoir au moins contribué au financement de la saison sportive passée, il rentre quand même dans les grâces de certains supporters.

5-Joseph Owona, l’homme de loi désillusionné

« Il était temps que je quitte ces fonctions, car ma présence n’était plus bien vue par beaucoup »,  avait-il brièvement confié au lendemain de sa démission. Mais l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports avait tenu à préciser dans la lettre de démission qu’il a adressée aux membres du conseil des sages et à Célestin Bombok, l’ex directeur général par intérim que « Cette démission s’inscrit en droite ligne du respect de mes principes de toujours et de celui du respect des statuts et règlement intérieur en vigueur au Canon (…) Je n’approuve, ne participe et ne participerai à quelque manœuvre secrète ou publique que ce soit qui sorte de ce cadre réglementaire consensuel ».

Joseph Owona venait donc de quitter le comité des sages du « Kpakum ». Lui qui aura tenté pendant un peu plus d’un an à faire passer le message basique du respect des engagements et des textes. A l’évidence, les usages dans les milieux du foot avaient finalement eu le dessus sur celui que l’on dit inébranlable. Ce professeur constitutionaliste qui a eu le courage de s’attaquer à la Fécafoot en 1998, renversant au passage un certain Vincent Onana, avant de faire évoluer les textes de base de l’instance faîtière du football camerounais. Un peu plus de douze mois à la tête du conseil des sages (depuis le 27 février 2010) n’auront malheureusement pas suffi pour faire bouger les choses dans ce club où chacun veut faire appliquer sa loi.

6-Célestin Bombok : l’arroseur arrosé

L’image lui va à ravir puisque son arrivée à la tête du Canon s’est pratiquement opérée dans les mêmes conditions que sa sortie : par un « coup d’Etat » En fait, on le savait depuis sur un siège éjectable. Ce d’autant plus que sa désignation comme président du Conseil d’administration avait provoqué l’ire de ses détracteurs qui ont juré de lui faire la peau. Subjugué entre guerre de leadership, irrespect des textes et statuts, mouvements d’humeur, appel au soulèvement des supporters et conspiration pour détrôner celui qui était jusqu’au 30 octobre 2011 président du conseil d’administration, le Canon s’est retrouvé au bord de l’implosion.

Même si Bombok déclarait pour se défendre que «  le véritable problème du Canon c’est que tout le monde veut diriger, mais personne ne veut cotiser », on sentait sa chute proche. On a encore en mémoire l’image de ce groupe de près de 300 jeunes qui ont débarqué au siège en août dernier avec à sa tête, les nommés Nyassa Soleil, Louis Marie Ondoua et Me Ebah. Tous brandissant des pancartes sur lesquels on pouvait lire: «Nous ne voulons plus de Bombok», ou encore «Bombok dehors», etc. Eux qui ont au bout de plusieurs efforts convoqué une assemblée générale pour « faire partir cet imposteur». Résultat des courses : il est botté en touche au sortir de l’assemblée générale du 30 octobre 2011.

7-Laurent Atéba Yéné : au nom de mes origines !

Où qu’il se trouve, il revendique le sang du Canon qui lui coule dans les veines. Ce patriarche Mvog Mbi ne cesse de clamer qu’à sa mort, ses aînés lui avaient demandé de prendre le Canon. Certains l’auraient bien vu à la tête du Canon où il pourrait user de sa riche expérience pour sauver le club des eaux troubles. Mais celui-ci dit ne pas en vouloir. Mais en coulisses, il s’active. Ne l’avait-on pas vu s’adjuger le poste de superviseur pour assurer l’intérim à l’issue du conseil des sages qui a démi Célestin Bombok le 20 septembre 2011 ?


Christian TCHAPMI

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