20/01/2012 02:01:40
Opportunisme. Ils profitent de la Can pour immigrer au Gabon et en Guine
Des milliers de personnes se sont massées à Kye-Ossi pour aller au Gabon et ou Guinée Equatoriale à la faveur de la coupe d’Afrique des nations et aussi certainement pour saisir cette opportunité pour s’y installer.
Le Messager
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Des milliers de personnes se sont massées à Kye-Ossi pour aller au Gabon et ou Guinée Equatoriale à la faveur de la coupe d’Afrique des nations et aussi certainement pour saisir cette opportunité pour s’y installer.

1. Kye-Ossi ploie sous le flux migratoire 

En cette journée ensoleillée du jeudi 12 janvier 2012, les habitants de Kye-Ossi, petite ville multi frontalière de la région du Sud Cameroun, vaquent à leurs occupations. Ils sont habitués à voir de nouveaux visages chaque jour. Mais, depuis quelques temps, selon leurs témoignages, le flux est devenu plus important. « Sans pouvoir les compter, il me semble que depuis le début de l’année, il y a une plus grande affluence dans la ville. On voit de plus en plus de gens arriver sans repartir », soutient Alvine, une jeune femme qui s’est installée dans la localité il y a quatre ans. Recoupement fait, ces nouveaux arrivants sont pour la plupart des Camerounais. Mais on compte également une forte colonie de ressortissants des pays Ouest africain.

Sur les lèvres, une seule question : « pourquoi cette transhumance humaine à Kye-Ossi ? ». Pour les résidents de la ville frontalière, une réponse quasi unanime : « beaucoup veulent se rendre au Gabon et en Guinée Equatoriale ». C’est une chose normale. Par route, les frontières ne sont pas inaccessibles. Beaucoup de résidents de Kye-Ossi ont d’ailleurs l’habitude de passer de l’autre côté et de revenir. Mais cette fois, le flux migratoire est impulsé par la coupe d’Afrique des Nations qui se joue au Gabon et en Guinée Equatoriale à partir du 21 janvier prochain.

Dans les gargotes et autres lieux très fréquentés, on pointe du doigt certaines personnes « qui viennent de s’installer à Kye-Ossi ». Nous avons approché l’une d’elles. Le jeune homme, la trentaine, préfère ne pas décliner son identité. Mais, il affirme avoir économisé un peu d’argent pour aller vivre au moins un ou deux matches en Guinée Equatoriale pendant la Can. A la question de savoir s’il reviendra au Cameroun, il répond : « je verrai. On m’a dit que là bas, il y a du travail. En quelques jours, je pourrai m’en trouver un et m’installer dans ce pays ». En poussant plus loin la conversation, on comprend que ce titulaire de Bts en maintenance après vente automobile est au chômage et souhaite saisir l’opportunité de la Can pour passer de l’autre côté et s’y installer.

2. Les frontières : Une écueil 

Au sein de la population, les témoignages sont concordants. De nombreuses personnes souhaitent l’ouverture complète des frontières des deux pays voisins. « Beaucoup de gens souhaitent qu’on les laisse entrer au Gabon et en Guinée Equatoriale sans trop de tracasseries pour la Can », explique Philippe Lambert Doumba, délégué départemental du ministère de la Communication pour la Vallée du Ntem. Du côté du Gabon, les autorités ont déjà annoncé que les mesures seront moins drastiques pour laisser passer les gens. « Mais, une fois la Can finie, ils vont rapatrier tous ceux qui ne sont pas en règle dans leurs pays », révèle une source policière camerounaise. Au niveau de la frontière équato-guinéenne, où l’affluence est plus grande, le contrôle est quelque peu relâché depuis le début de l’année.

De nombreuses personnes, déterminées à traverser, le font par des pistes dans la forêt, généralement dans la nuit. Selon Essono Pierre Romuald, président de la section Rdpc de Kye-Ossi par ailleurs président du marché de la ville, l’administration est débordée, aussi bien au Cameroun que dans les pays voisins. « Les autorités administratives font leur travail. Mais, cela reste encore insuffisant pour juguler ce flux migratoire clandestin », souligne-t-il. François Essala, un commerçant de la ville, pense de même. Il suggère d’ailleurs que pour ce qui est de la partie camerounaise, l’on renforce les effectifs des forces de l’ordre. La ville ne compte qu’une vingtaine de policiers répartis dans deux commissariats.

Il faut le signaler, le flux migratoire a entraîné une recrudescence d’actes de vandalisme. Le préfet de la Vallée du Ntem, François Franklin Etapa, a d’ailleurs tenu une réunion avec son homologue équato-guinéen jeudi 12 janvier 2011, pour discuter de certaines mesures à prendre pour régler ces problèmes. Une réunion au cours de laquelle, selon une source préfectorale, la question de l’immigration a été abordée longuement. Avec la Can, les parties camerounaises, gabonaises et équato-guinéennes ne dorment décidément pas à ce sujet.

François Franklin Etapa.  « Ça va de soi qu’ils cherchent à s’y installer »

Le préfet de la Vallée du Ntem trouve normal la situation, étant donné que cela a souvent été l’aspiration de beaucoup de Camerounais. Il explique par ailleurs que des mesures de sécurité ont été prises pour que des individus n’aillent pas créer du désordre dans les deux pays.

Avez-vous constaté une augmentation du flux de visiteurs à Kye-Ossi du fait de la Can 2012 qui doit avoir lieu chez les voisins gabonais et équato-guinéens ?

Par rapport à la Can et même à la foire commerciale qui est annoncée, un évènement entraînant un autre, je dois dire d’entrée de jeu que nous avons reçu un très grand nombre d’étrangers, des sujets ouest-africains, contrairement aux années antérieures. Nous avons vite fait de comparer cette période à la période antérieure. Beaucoup de ces frères africains que j’ai rencontrés m’ont dit venir ici non pas pour rester, mais parce qu’ils croyaient que la Can devait se jouer dans des villes voisines comme Bitam ou Ebebiyin. Ceux-là sont un peu désemparés aujourd’hui quand ils apprennent que les matches se joueront beaucoup plus loin.

Mais, le revers de la médaille c’est que ces désemparés trouvent leurs frères ici. Et bien que leurs objectifs ne soient pas atteints, plutôt que de rentrer, ils restent sur place. Le danger c’est que la plupart de ceux-là, même s’ils en avaient l’envie, n’ont plus les moyens de retourner chez eux. Au départ, ils commencent par nous dire qu’ils se débrouilleront pour trouver l’argent de transport pour pouvoir rentrer, mais l’occasion faisant le larron, ils prennent l’habitude et deviennent des sans domicile fixe.

Y a-t-il des mesures prises sur le plan sécuritaire au niveau des frontières ?

Le rôle de l’autorité administrative est d’abord de prévenir les troubles à l’ordre public, plutôt que d’avoir à les réprimer. Dans mon cas précis, même en dehors de la Can, j’ordonne chaque année au moins quatre rafles dans la ville qui portent d’ailleurs des fruits. S’agissant par exemple des Burkinabé, chaque fois qu’ils sont pris en situation irrégulière, ils sont conduits à leur consulat qui les rapatrie (…) Par rapport à la Can, il est très facile pour les autorités et avec elles les forces de l’ordre, de prendre des mesures visant à assurer la tranquilité, la protection des personnes et des biens avant, pendant et après la Can.

Le département de la Vallée du Ntem est le carrefour de trois pays. Kye-Ossi est la porte d’entrée et de sortie de ces trois pays. Il va de soi que nous fassions preuve de vigilance et que nous multiplions les actions comme des patrouilles diurnes et surtout nocturnes pour dissuader les éventuels malfaiteurs à venir polluer l’atmosphère. La Can se joue au Gabon et en Guinée Equatoriale. Mais le Cameroun a pris des mesures sécuritaires qui s’imposent pour éviter que des gens n’utilisent notre sol pour commettre des forfaits dans ces deux pays voisins.

Etes-vous au courant de ce que des Camerounais veulent prendre pour prétexte la Can pour entrer dans ces pays voisins et s’y installer définitivement, même s’ils ne sont pas en règle ?

C’est clair et net. Si en temps normal ils cherchent à migrer vers ces deux pays, il va de soi qu’avec la Can  ils trouvent une occasion idoine de se retrouver là-bas et de s’y installer. J’ai toujours eu à dire à mes compatriotes qu’il y a la richesse au Cameroun, il y a de la terre fertile. Je crois que l’agriculture est le premier moyen de subsistance. La preuve, les ressortissants de nos deux pays voisins viennent quasiment se nourrir à Kye-Ossi. Pourquoi un Camerounais ne chercherait-il pas à cultiver la terre chez lui et venir écouler ses produits à Kye-Ossi ? Ils doivent y réfléchir.

Entretien avec Alain NOAH AWANA


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