21/02/2012 03:02:43
Fin du monopole. Le foot n'appartient plus l'Occident
Le PSG vendu au Qatar, Anelka part en Chine : le foot n'appartient plus à l'Occident
Le nouvel Observateur
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Le PSG vendu au Qatar, Anelka part en Chine : le foot n'appartient plus à l'Occident

De typiquement britannique au XIXè siècle, le football est devenu un sport pratiqué dans le monde entier, devenant un archétype de la mondialisation. Mais comme pour le versant économique de cette dernière, le monopole occidental s'étiole au profit d'une multi-polarisation, dont Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), rend compte.

Un fonds d'investissement Qatari achète le club de football de Paris dont le maillot arbore la tour Eiffel, bat le record des transferts avec un joueur argentin, embauche un entraîneur italien dans l'espoir d'attirer une vedette anglaise jouant aux États-Unis à fin de conquérir les marchés asiatiques. N'est-il pas plus bel exemple de la mondialisation du football ?

Ce sport est devenu universel depuis longtemps. Comme l'a écrit Eduardo Galenao, quel beau chemin qu'a parcouru le football né dans l'élite britannique à la fin du XIXe siècle pour devenir le sport du peuple sur tous les continents. L'empire du football s'est bâti avec l'enthousiasme des peuples, conquis tout d'abord par les voies maritimes, les premiers clubs européens étant situés dans les villes portuaires, puis par les chemins de fer.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la conquête a été parachevée par la radio, mais surtout par la télévision qui fait du monde un stade où chacun peut prendre place.

Vers la fin du monopole européen


Cela fait déjà assez longtemps que le soleil ne se couche plus sur l'empire du football. Après l'Europe et l'Amérique latine l'Afrique, les États-Unis et une grande partie de l'Asie se sont rendus à son imperium sympathique. Mais pour le moment, le palmarès de la Coupe du monde demeure dans les bastions historiques européens et latino-américains. Les championnats européens, grâce aux recettes télévisées de la Champion’s League, concentrent depuis une quinzaine d'années les plus grands talents. C'est en Europe que jouent les stars asiatiques, africaines et latino-américaines, suscitant un véritable "foot drain". Mais cette suprématie semble devoir être remise en cause. La fin du monopole de la puissance du monde occidental à laquelle on assiste dans le domaine stratégique, a des répercussions. La multi polarisation y est également en route.

Les États-Unis ont créé, il y a déjà longtemps un championnat qui attire les vieilles gloires des championnats européens. Les pays du Golfe ont fait de même. Plus récemment, les responsables chinois ont pris les choses en main. La Chine n'a participé qu'à une coupe du monde en 2002, depuis elle échoue à se qualifier, du fait de la qualité médiocre de son championnat et de la corruption qui y règne. Le pouvoir qui veut y faire le ménage a demandé aux investisseurs de mettre la main à la poche et vient d'attirer pour des sommes record le footballeur français Anelka, l'entraîneur Tigana, d'autres vedettes dont Drogba devraient suivre. Pour la Chine, qui vise la première place au niveau mondial, être dans le tréfonds du classement pour le sport universel n’est pas acceptable. Les autorités chinoises ont donc une politique volontariste de développement du football, afin de contribuer au rayonnement du pays.

L'Inde, pays peu sportif et où le cricket occupe l'espace, vient de mettre sur pied un championnat qui va se dérouler du 25 février au 8 avril 2012 sur 10 journées et attire des vedettes en pré-retraite pour des salaires pouvant aller jusqu'à 1 million de dollars. Mondialisation oblige, les classes moyennes indiennes ouvertes sur l'extérieur ont été contaminées par le football.

En Amérique latine, la montée en puissance économique de l'Argentine et du Brésil permet le retour des vedettes exilées comme Ronaldhino et Ronaldo. Pour des raisons économiques, le niveau des clubs africains est encore loin de celui de leurs équipes nationales. À terme, le développement de l’Afrique permettra aux joueurs d’y exercer leurs talents. Mais la Coupe d’Afrique des nations fait l’objet d’une couverture télévisée désormais quasi mondiale, alors qu’elle était auparavant confidentielle.

La Russie et la Turquie deviennent des pays émergents en termes de football en Europe et leurs clubs bénéficient de la bonne santé économique nationale. Bref les anciennes dominations sont remises en cause. Pour le football, la formule de Paul Valery devient réalité "le temps du monde fini commence".

Pascal Boniface


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