17/04/2012 01:41:53
Iya Mohammed, l'empire Fcafoot ou le folklore de la police judiciaire ?
Harassant ! Depuis 2005, la sous-direction des enquêtes économiques de la police judiciaire (Sdeef) qui tente de voir clair sur la gestion de la Fécafoot n’a de cesse de convoquer le président de cette instance pour des auditions qui n’ont jusqu’ici jamais abouti. Distraction du public ou absence de preuves ?
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Iya Mohammed

Soupçon de détournements. Iya Mohammed, l’empire Fécafoot ou le folklore de la police judiciaire ?

Harassant ! Depuis 2005, la sous-direction des enquêtes économiques de la police judiciaire (Sdeef) qui tente de voir clair sur la gestion de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) n’a de cesse de convoquer le président de cette instance pour des auditions qui n’ont jusqu’ici jamais abouti. Distraction du public ou absence de preuves ?

Comme une histoire qui se répète. L’« idylle » entre Iya Mohammed et la Police judiciaire ressemble à s’y méprendre à ces titres pompeux qui barrent tous les deux mois, la une du quotidien national  à l’occasion des voyages du chef de l’Etat à l’étranger et à son retour au bercail, après un long séjour privé à l’Occident avec bien entendu, une smala d’une cinquantaine de personnes à sa suite. Si Cameroon -tribune n’a de mieux que « Paul Biya en Europe » ou encore « le Chef de l’Etat de retour », les journaux à capitaux privés quant à eux, ont depuis bientôt six ans, pris l’habitude de titrer à leurs unes « Iya Mohammed entendu à la Police judiciaire ». C’est pratiquement devenu un rituel auquel l’homme fort du football camerounais s’offre un malin plaisir à se sacrifier.  En fait, à chaque fois que le président de la Fécafoot est convoqué dans les bureaux de la sous-direction des enquêtes économiques de la police judiciaire (Sdeef) à Yaoundé, les fins limiers de cette institution lui servent (à en croire nos sources) le même refrain. Les mêmes questions lui sont posées sur les mêmes dossiers. Nul doute que face à cet exercice itératif l’« accusé » ait fini par maîtriser les réponses par cœur.

Comme ce fût le cas mardi 17 mai 2011, Iya Mohammed s’est une fois de plus prêté au jeu le 9 avril 2012. Il a été auditionné, apprend-on, pendant plusieurs heures, sur les (éternelles) malversations financières présumées de son équipe de collaborateurs à la Fécafoot, à la suite d'une plainte de l'Etat du Cameroun déposée en mai 2005, « au sujet des retombées financières, matérielles, du sponsoring, des droits de retransmission audio-visuelles dans les stades, la publicité, des participations des Lions indomptables de football aux diverses compétitions internationales ». A en croire Junior Binyam, le chef du département communication de la Fécafoot, cité par nos confrères de Le Jour, c’est une simple routine puisque « cette affaire remonte à près de sept ans, mais elle n’évolue pas. Je ne sais pas pourquoi on parle de détournement de deniers publics ici. On ne peut pas parler de deniers publics, car il n’existe pas de deniers publics dans les comptes de la Fécafoot. Et même s’il y a malversations, il est difficile de poursuivre qui que ce soit à la Fécafoot, parce que, quand l’argent public arrive à la Fécafoot, il est directement géré par les responsables du ministère des Sports et de l’éducation physique (Minsep)».

Commission Ngack Mahop

Au regard de ce mélodrame, on a bien envie de se demander à quoi riment ces allers et retours du président de la Fécafoot dans les services de la Pj. Est-ce à dire que depuis 2005, aucune preuve l’inculpant n’a été trouvée par les enquêteurs ? Si ce postulat venait à être confirmé, autant mieux lui épargner ces navettes inutiles qui n’ont pour unique résultat pour l’instant que d’alimenter la polémique autour de cette vraie ou supposée gestion calamiteuse de l’instance faîtière du football camerounais et partant, faire les choux gras de la presse et même du public avide de scoops et de buzz. Toutefois et à en croire nos sources, le dossier du président de la Fécafoot pèse une tonne. Des malversations financières aux détournements de deniers publics, la liste des griefs qui lui sont imputés est loin d’être exhaustive.

Morceaux choisis ? En avril 2004, suite à une sanction de la Fifa infligée aux Lions Indomptables par rapport aux maillots-grenouillère de la Can 2004 en Tunisie, l'Etat du Cameroun s’est intéressé aux retombées financières et matérielles du sponsoring, des droits de retransmission audio-visuelle, de la publicité, des participations des Lions Indomptables de football aux diverses compétitions internationales avec en prime, l'apport financier du gouvernement. C’est alors qu’une commission d'enquête est mise sur pied. Elle est conduite par l'inspecteur d'Etat Christophe Ngack Mahop. L'enquête s’offre les services d’un bon nombre de responsables de la Fécafoot au rang desquels Iya Mohammed, Shagari Salym, Jean René Atangana Mballa, David Mayébi, Jombi Doff, Alioum Alhadji Hamadou…

Conclusions ahurissantes

Dans le cadre de la même affaire, des responsables du ministère des Sports et de l'éducation physique (Minsep) sont auditionnés. Les « cobayes » ont pour noms, Bétala née Cécile Ngambi et Robert Ndzana. Le rapport d'enquête assorti des chefs d'accusations est rendu en mai de la même année, puis transmis au vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux par le magistrat Mvondo Evezo'o.

Le 17 mai 2004, par décision n°021/Minjes/Cab, Etame Massoma, à l’époque au Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), met en place la fameuse commission d'enquête. La composition de celle-ci révèle qu'il s'agit de « cadres intègres, discrets et patriotes ». L'inspecteur d'Etat Christophe Ngack Mahop préside cette commission. Avec à ses côtés André Akam Akam, Pierre Kameni, Gaspard Bih, Marie Louise Secke Pouka, Aliou Dewa. Ils ont pour missions de « recenser, répertorier et contrôler la régularité de la gestion des retombées matérielles et financières de la participation des équipes nationales aux compétitions internationales, du sponsoring et des droits de retransmission audiovisuelle, ainsi que l'organisation des matchs amicaux et la publicité dans les stades entre l'an 2000 et le 1er semestre 2004 ». La commission Ngack Mahop a 30 jours pour rendre la copie.

Mais, compte tenu de l'immensité de la tâche, elle obtient 19 jours de prolongations, d'autant plus qu'aux multiples auditions, elle a dû aller fouiner jusqu'aux documents de 1998 pour se faire une meilleure idée de l'affaire. Le 13 juillet 2004, la commission Ngack Mahop boucle ses travaux et rend sa copie. Les conclusions sont ahurissantes.  Après reconstitution des différentes recettes qui ont atterri dans les caisses de la Fécafoot, soit un peu plus de 8 milliards, les enquêteurs déclarent que la Fécafoot n’a pu fournir des justificatifs qu'à hauteur de 5 milliards Fcfa. Plus de 3 milliards Fcfa ayant pris des destinations inconnues. Depuis lors, on n’a plus jamais entendu parler de ce rapport d’enquête. Lenteur dans la procédure, oubli volontaire ou souci de coller au cas Iya, la fameuse loi du rouleau compresseur qui veut qu’on laisse le temps être le maître du jeu ? On attend la prochaine convocation prévue peut être en avril ou mai 2013.

Christian TCHAPMI


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