06/08/2012 00:57:39
Jeux Olympiques. Ces Camerounais qui font briller la France
Grâce à leurs performances, ils font retentir la Marseillaise à Londres
Le Messager
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Veronique Mang

Grâce à leurs performances, ils font retentir la Marseillaise à Londres

Jadis, le sport au Cameroun a engendré une génération exceptionnelle. Les quatre Coupe d’Afrique des nations (Can), les médailles olympiques glanées par nos valeureux athlètes n’étaient alors que des prémices d’une récolte qui s’annonçait fructueuse et magique. Mais le travail en profondeur et ce, pour un cycle long, appelé à durer, n’a pas suivi.

Le système de détection et d’apprentissage des jeunes talents, faute de moyens financiers, d’infrastructures et de volonté politique, a été foulé au pied. Conséquence, il a été difficile de retenir ses meilleurs éléments au pays. L’exil étant inéluctable, de nombreux camerounais ont volé pour la France, là où l’herbe est plus verte et les esprits moins caducs. Ils sont une dizaine, tous d’origine camerounaise répartis dans des disciplines sportives différentes. Ils sont à Londres depuis onze jours et font chanter « la Marseillaise » grâce à leurs performances et talents. Focus.

1-Audrey TchAudrey Tcheumeoeumeo : puissance et mental en bronze massif

Arrivée à Londres pour goûter aux délices d’une médaille en or dans la catégorie des moins de 78 kilos, la jeune judoka est repartie avec le bronze pendu à son cou. Son statut de championne du monde en titre lui autorisait pourtant de grandes ambitions. La judokat dont les deux parents sont camerounais, a été battue en demi-finale par la britannique Emma Gibbons, 42ème mondiale. Une adversaire largement à la portée d’Audrey quand on sait qu’elle est 3ème au classement mondial; Mais Gibson évoluait à domicile et était survoltée.

Malgré le bronze, Audrey Tcheumeo ne parvient pas à cacher sa déception. Après un tournoi olympique particulièrement ardu, la Franco-camerounaise a su slalomer entre les obstacles avec sa hargne habituelle. Un balayage pour venir à bout de la Canadienne Amy Cotton, o soto gari contre l'Ukrainienne Pryshchepa en 34 secondes, tchomeo nage pour sortir la championne olympique en titre chinoise en quart de finale... Une belle première partie de journée qui mettait forcément l'eau à la bouche. Surtout en ayant dans la foulée, en demi-finale, une Gibbons qui a changé de catégorie en mai, par défaut et qu'elle avait battue à Bucarest lors de son dernier tournoi de préparation en finale le 3 juin. La jeune femme de 22 ans qui devrait à cet âge, avoir d’autres occasions de remporter la médaille d’or olympique se contente du bronze même si la jeunesse n'est pas une consolation en soi.


2- Gevrise Emane : des métaux dans une tête bien faite

Gévrise Emane ne savait pas si elle devait rire ou pleurer, mardi dernier à Londres, en regardant sa médaille de bronze des moins de 63 kg, heureuse de conclure sa journée sur le podium olympique de judo mais tellement déçue de la couleur du métal. Ce jour tant attendu avait très mal commencé pour la Franco-camerounaise, opposée à une modeste Britannique et donc contrainte de combattre sous les sifflets. Mais la judoka qui a soufflé sa 30e bougie le 27 juillet 2012, jour du démarrage des J.O, reste dans l’histoire comme la première athlète d’origine camerounaise à glaner une médaille dans ce rendez-vous londonien.

En fait, la native de Yaoundé a fait gagner à la France sa 5ème médaille de bronze, ce précieux métal olympique qui la fuyait alors qu'elle a été deux fois championne du monde et quatre fois championne d'Europe. L’athlète a décroché cette place sur le podium en battant la Sud-Coréenne Joung Da-Woon après prolongation et à l'unanimité des trois juges.

Considérée comme la grande favorite, Gévrise Amane a été battue en quart de finale du tableau principal par la Mongole Munkhzaya Tsedevsuren, qui a finalement échoué à la cinquième place du tournoi olympique remporté par la Slovène Urska Zolnir, en bronze à Athènes il y a huit ans, devant la Chinoise Xu Lili. Condamnée au repêchage, Gévrise Emane a su se reprendre pour battre l'Israélienne Alice Schlesinger sur pénalité à la golden score et obtenir le droit de combattre pour la médaille de bronze. Titulaire d'un Masters en gestion et management public et gestion des collectivités locales, Gévrise Emane vient, avec cette médaille de bronze, de tourner la page olympique, elle qui avait terminé neuvième à Pékin dans la catégorie supérieure.

Veronique Mang3-Véronique Mang : la gazelle des pistes

Sa participation à ces J.O se passe de tout commentaire. Blessée lors du meeting de Forbach, fin mai (décollement de l'aponévrose à l'ischio-jambier de 12 cm Ndlr), Véronique Mang a tout fait pour être prête pour son deuxième rendez-vous olympique. En 2004, à Athènes, elle avait dèja goûté au bronze sur le 4 x 100 m, aux côtés de Muriel Hurtis, Sylviane Félix et Christine Arron.

La multiple championne de France, vice-championne d'Europe 2010 des 100 m (11''11) et 4 x 100 m, n'a rejoint Londres que le 24 juillet 2012. « Je ne pouvais pas me permettre d'aller à la cérémonie d'ouverture car j'ai besoin d'entraînements », a-t-elle confié à nos confrères de France 3. Licenciée à l'Entente Franconville Césame Val d'Oise, la sprinteuse s'était qualifiée il y a tout juste un an, lors des championnats de France, en 11''11, égalant son record de 2010. « Mais aujourd'hui, je pars dans l'inconnu (elle n'a pas pu participer aux France et aux Euros). »

Sa meilleure perf de l'année, 11''32, a été réalisée au meeting de Montgeron, mi-mai. « Je n'ai pas d'ambition démesurée sur le 100 m. Passer le premier tour, déjà, puis on verra. » Mais de sa performance sur le 100 m dépendra sa participation au 4 x 100 m, jeudi 9 août. « La décision sera prise le 8 août au soir pour savoir qui courra (entre elle, Nelly Banco, Johanna Danois, Ayodele Ikuesan, Lina Jacques-Sébastien et Myriam Soumaré). » Après le bronze en 2004, il sera difficile de faire aussi bien aux Jeux de Londres. « L'objectif est d'arriver en finale. En 2004, on avait failli se faire sortir des séries  », commente-t-elle.  Comme quoi, une médaille, ça se joue souvent à rien.

4- Benjamin Bassaw sur les traces de Usain Bolt

Sa taille et son gabarit le prédisposaient à une carrière de judoka. Il a d’ailleurs flirté avec cette discipline pendant quelques années mais c’est finalement sur les pistes que ce Français d’origine camerounaise a décidé de tracer son chemin. Certes les performances sportives individuelles de haut niveau sont souvent le résultat d'une fructueuse collaboration entre l'athlète et son entraîneur.

Mais lorsque le sportif en question de 21 ans est l'un des plus grands espoirs du sprint français, et qu'il est encore scolarisé en Brevet de technicien supérieur (Bts) en transport et logistique à Poitiers, l'équipe pédagogique se doit d'être logiquement impliquée dans la réussite collective du champion. L'équipe en question se compose de Gérard Lacroix, l'entraîneur de Benjamin Bassaw à Poitiers, de Philippe Misery, chef d'établissement, de Ludovic Pigeot, directeur régional du sport étudiant, de Mylène Haas, responsable de l'athlétisme universitaire, de Jean-François Delage, directeur adjoint des Bts du lycée, de Patrick Coué, responsable éducatif et coordinateur du sport universitaire, d'Alain Renoux, responsable des sportifs sur l'ensemble scolaire et surtout de Danièle Dufour, la responsable du suivi scolaire des sportifs de haut niveau du Creps.

Tout ce beau monde, apprend-on, a favorisé l'éclosion du phénomène en le mettant dans les meilleures dispositions. Les conditions plus que favorables dans lesquelles s'est retrouvé Benjamin Bassaw pour atteindre ses objectifs lui ont permis de devenir champion de France universitaire du 200 m en décrochant par la même occasion sa qualification pour les championnats de France Élite, le 16 juin dernier à Angers. Il vit cette année, ses premières olympiades en tant que membre du collectif relais sur 4x100 m. Au-delà des rêves de gloire, Benjamin Bassaw doit cependant trouver un équilibre scolaire et sportif pour lui permettre de gérer au mieux sa carrière, et de préparer aussi un après. Bien dans sa tête, il est prêt à relever les prochains défis qui l'attendent, en commençant par ces J.O

5-Nina Kanto Njikam en route vers l’Or

Nina Njanto NjitamCe nom sonne typiquement camerounais. Les Hommes de médias l’ont toujours présenté comme une fille sensible et fière de ses racines, une athlète déterminée et travailleuse, bref, une infatigable combattante. Un temps, Nina Kanto, originaire du département du Noun à l’Ouest du Cameroun, a pensé que l'attaque était la seule moitié de terrain où l'on pouvait s'éclater.

Mais elle se rend vite compte que l'on peut aussi prendre du plaisir en défense et qu’elle-même en prenait énormément. Étant une battante dans l’âme, elle s’est finalement fixée comme pivot. Véritablement installée en équipe de France fin 2004, Nina Kanto partage son poste sous le maillot tricolore avec ses coéquipières de club, Isabelle Wendling et Véronique Pecqueux-Rolland, deux stars de l'équipe. En fait, la jeune joueuse s'est façonnée et polie au Handball Metz Moselle Lorraine et a acquis une énorme expérience, indispensable au sein de la sélection olympique de handball avec laquelle elle s’est qualifiée pour les quarts de finale vendredi dernier.

Grâce à leur victoire 24-21 sur la Corée du Sud, un adversaire coriace et invaincu jusque-là, les Bleues sont quasi assurées de terminer en tête de leur poule, un vrai « groupe de la mort » ce qui donne une idée de leur potentiel et du chemin qu'elles ont emprunté depuis le début de la compétition. Tout semble donc réuni aujourd'hui pour que les pouliches d’Olivier Krumbholz décrochent enfin une première médaille après avoir frôlé le podium lors des trois premières participations avec une sixième place en 2000, une quatrième en 2004 et une cinquième en 2008.

6- Bernardin Kingué Matam : Hercule a pleuré

Il fait partie d’une célèbre famille d’haltérophiles camerounais même si ses performances à Londres sont bien loin d’être satisfaisantes. Membre de l'équipe de France d'haltérophilie depuis juillet 2011, il brille aux championnats du monde de la même année avec une superbe 7e place et manque d'un kilo la médaille de bronze à l'épaulé jeté.

Très attendu aux championnats d'Europe 2012 d'Antalya en Turquie, Berna. Ex -champion du Cameroun d’haltérophilie, Bernardin Kingué Matam (69 kg) était l’un des ambassadeurs de la France en haltérophilie. Coup du sort, ce dernier s'est blessé aux adducteurs dès le début de la compétition puis éliminé. A 22 ans, Bernardin Kingué Matam participait à ses premiers Jeux Olympiques. Les responsables de son club, la Française de Besançon, sont particulièrement déçus pour lui. Mais « Bernie » comme on l’appelle affectueusement, n'a que 22 ans et on peut lui prédire encore beaucoup de rendez-vous internationaux

7-Antoinette Nana Djimou à 5 doigts du podium

Pas de podium pour Antoinette Nana Djimou Ida, 6ème du concours de l'heptathlon. La jeune athlète d’origine camerounaise est revenue samedi 04 août, à cinq petits points du podium olympique en heptathlon. L’athlète a pris la deuxième place au javelot à 55,87m, derrière Sofia Ifadidou (56,96m), ce qui lui permet de pointer à la quatrième place avec un total de 5 696 points.

Jessica Ennis, seulement devancée par Tatyana Chernova un peu plus tôt à la longueur (6,54m, contre 6,48m pour la Britannique), garde solidement la tête à une épreuve de la fin avec 5 971 points. Nana Djimou avait fini 13e à la longueur avec un saut à 6,13m. Il ne reste plus qu'un 800m à disputer, une épreuve qui n'avantage pas la jeune française, née au Cameroun, qui reste néanmoins «contente» d'avoir amélioré son propre record de points (6576) qui datait de sa victoire aux championnats d'Europe d'Helsinki.

Réalisé par Christian TCHAPMI

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