11/09/2012 02:30:37
Charles Larwsson. L'environnement sportif au Cameroun manque de srieux
Juge arbitre, instructeur et dirigeant sportif, il dresse une analyse froide sur la pratique de la boxe professionnelle au Cameroun.
Le Messager
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Juge arbitre, instructeur et dirigeant sportif, il dresse une analyse froide sur la pratique de la boxe professionnelle au Cameroun.

Quel regard jetez-vous sur la boxe professionnelle au Cameroun aujourd’hui ?

Le regard est mitigé. Vous savez que la boxe professionnelle a ce ceci de particulier qu’elle couronne la carrière d’un boxeur amateur. Les boxeurs, eux, sont toujours prêts à nous fournir de beaux spectacles. Je crois qu’il est grand temps que les pouvoirs publics et ceux qui sont appelés à diriger les instances supérieures de la fédération camerounaise de boxe puissent faire le travail qui leur est assigné avec amour et abnégation au lieu de croiser les bras et d’attendre à chaque fois qu’une manne leur tombe entre les mains.

Voyez-vous, lorsque quelqu’un souhaite être président de fédération, il met le paquet et vous donne l’impression qu’il est déterminé à révolutionner la discipline. Mais lorsqu’il est installé au trône, il oublie carrément qu’il faut continuer de promouvoir la discipline et n’en fait plus qu’à sa tête. C’est cette mentalité qui tue la boxe professionnelle aujourd’hui dans notre pays. Pourtant les sponsors et les mécènes attendent d’eux qu’ils puissent proposer quelque chose de beau à travers lequel ils peuvent bien vendre leur produit. Si cette façon de faire ne change pas nous allons finir par sacrifier toute la belle génération des boxeurs que nous avons.

Est-il facile aujourd’hui au Cameroun d’être juge arbitre, au regard de l’environnement sportif?

Avant de vous répondre, permettez-moi de vous raconter une anecdote. Je n’ai jamais rêvé d’être arbitre. J’ai été boxeur professionnel de 1979 à 1980 par l’entremise du feu Dr Joseph Fofé qui avait signé l’autorisation pour que je passe dans les rangs des boxeurs néo-professionnels. Mais ayant constaté que jusqu’en 1985 je n’avais toujours pas trouvé de challenger, j’ai voulu moi-même organiser mon propre combat. Mal m’en a pris puisque le président de la fédération de l’époque Moukoury Mbappè a refusé. Ce qui m’a obligé à me lancer dans une carrière d’organisateur-mécène. Mais quelqu’un m’a conseillé de faire dans l’arbitrage puisque j’ai des aptitudes.

J’ai été en Tunisie où j’ai obtenu mon diplôme de referee juge ; ensuite je suis allé au Liban, en Afrique du Sud, en île Maurice… Bref, j’ai fait mon petit tour du monde. Depuis lors, j’ai toujours été parmi les meilleurs arbitres et je peux vous dire aujourd’hui que je ne regrette pas d’avoir suivi ce créneau. Vous savez, la sélection des juges-arbitres se fait exactement comme chez les boxeurs. On vous regarde à l’œuvre en appréciant votre jugement et votre façon d’arbitrer et on vous fait évoluer jusqu’à ce que vous puissiez diriger des finales. Si vous êtes médiocres, soyez sûrs que vous n’irez nulle part, c’est l’élimination.

C’est donc dire que la profession nourrit son homme ?

Tout à fait. Ce n’est pas toujours la joie mais l’amour de la profession passe avant toute chose. Je n’ai aucun regret aujourd’hui, sinon que le ministère des sports et de l’éducation physique et sportive fasse des efforts pour donner davantage la chance aux jeunes de se former et de se préparer sainement et sereinement. Vous savez, comme je le dis souvent, une jeunesse qui s’amuse est moins dangereuse qu’une jeunesse qui se révolte. On devrait mettre à la disposition des jeunes, des moyens de s’émuler et de se développer.

Quel commentaire faites-vous de l’équipe nationale de boxe du Cameroun qui a pris la poudre d’escampette aux récents Jeux olympiques de Londres ?

Quel commentaire voulez vous que je fasse si ce n’est que de constater comme tout le monde que cet acte chargé de sens de mes jeunes compatriotes traduit l’amateurisme dans lequel excelle nos dirigeants sportifs camerounais ? L’environnement sportif manque de sérieux. C’est d’ailleurs pourquoi je tiens à tirer un coup de chapeau au colonel Kalkaba Malboum qui a eu l’ingénieuse idée d’organiser les Dixiades à Ngaoundéré qui est une compétition qui prépare les jeunes des dix régions du Cameroun dans dix disciplines sportives. Cela permet de détecter des talents.

e regrette qu’après que ces garçons (boxeurs ndlr) se soient qualifiés pour les Jeux africains de Maputo, rien n’a suivi. Est-ce qu’on a été reconnaissants envers eux après les belles performances qu’ils ont réalisés là bas ? A-t-on songé à les encourager ? Maintenant qu’ils débarquent à Londres et qu’on leur propose un encadrement et des infrastructures viables pour poursuivre leur carrière, pourquoi voulez-vous qu’ils crachent sur cette main tendue. Un boxeur comme Thomas Essomba n’avait plus rien à prouver au Cameroun. Je sais que ces cinq boxeurs sont des garçons valeureux et je ne doute pas un seul instant qu’ils garderont la nationalité camerounaise et continuerons à combattre sous les couleurs de leur pays d’origine comme l’a souhaité le président du Comité national olympique et sportif du Cameroun.

Comment entrevoyez vous l’avenir de la boxe au Cameroun : sous un soleil radieux ou en pointillé ?

Je pense que la boxe dans notre pays est vouée à des lendemains meilleurs. Cependant il faut certains préalables : lorsque nous aurons un boxeur prêt à gérer les affaires concernant la boxe, le Cameroun va véritablement décoller. Je le dis parce qu’à un moment nous avons cru que les professeurs diplômés d’éducation physique et sportive, fraîchement sortis de l’Institut national de la jeunesse et des sports allaient booster notre mouvement sportif.

Malheureusement, ils n’ont fait que continuer dans la politique d’inertie qu’ils ont trouvé, estimant que s’il n y a pas d’argent il n y’ a pas de travail. Ils occupent des gros postes à la fédération camerounaise de boxe et cumulent même avec des fonctions d’entraîneurs régionaux de boxe. C’est le cas de l’actuel secrétaire général de la Fécaboxe qui a carrément déserté le camp de l’Unité. On attendait d’eux qu’ils se mettent au service de nos jeunes boxeurs dans les écoles, les lycées et les universités en les amenant à aimer la discipline. Mais le constat aujourd’hui est désolant.

Entretien avec Christian TCHAPMI


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