31/10/2012 02:25:59
Rquisitoire. Comment le Minsep a tu le mouvement sportif camerounais
J’accuse ! Les mots sont crus. Le style amer. La plume caustique et les déclarations renversantes. On aurait dit un écrivain révolté. Un homme longtemps muselé qui profite d’une petite brèche pour se lâcher et déverser sa bile sur ses bourreaux. Mieux qu’une pétition, ce document de 11 pages articulé autour de 69 points est un véritable brûlot... 
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

J’accuse ! Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre, Chef du gouvernement, Jonas Kemajou Syabze, président de la Fédération camerounaise de danses sportives et assimilées (Fécadansa), lève un pan de voile sur «la honte et la désolation» qui entourent le mouvement sportif national. De même qu’il démontre comment le ministère des Sports et de l’éducation physique a démissionné de ses fonctions régaliennes. 

 

Les mots sont crus. Le style amer. La plume caustique et les déclarations renversantes. On aurait dit un écrivain révolté. Un homme longtemps muselé qui profite d’une petite brèche pour se lâcher et déverser sa bile sur ses bourreaux. Mieux qu’une pétition, ce document de 11 pages articulé autour de 69 points est un véritable brûlot.

Jonas Kemajou qui l’a intitulé « Mouvement sportif de la honte et de la désolation au Cameroun » aurait bien pu les compiler pour en faire un ouvrage qui serait un bestseller. Mais l’homme à la grande gueule a préféré cette sortie épistolaire plutôt qu’une parturition littéraire sans doute, à son sens-plus contraignante et moins retentissante en termes d’effet. Ceux qui connaissent bien l’auteur ne seraient pas surpris de cette démarche du secrétaire général de l’Association des présidents de fédérations sportives nationales du Cameroun (Apfesnac) qui dit avoir rencontré la grande majorité de ses pairs avant de faire le résumé de leurs avis dans cette correspondance qu’il vient d’adresser à Philémon Yang. D’ailleurs, pour prouver sa bravoure, Jonas Kemajou précise d’emblée qu’il accepte porter la responsabilité du contenu dudit document. 

C’est d’abord dans la peau d’un acteur sportif frustré à différents niveaux par le Minsep que l’auteur présente l’ampleur de la cacophonie, de la corruption et des mésaventures qu’il a vécues. Faisant remarquer au passage que ce ministère qui aurait dû être la colonne vertébrale du mouvement sportif à travers ses missions régaliennes de régulation, d’impulsion et de contrôle, « s’est mué en tâcheron, en comptoir de vente et d’achat des conflits, en oppresseur et en chasseur de prime. Il a noyé tout le mouvement sportif national dans l’océan de la corruption, de la tricherie, de l’immigration clandestine et de la démobilisation de la jeunesse ». Pour Jonas Kemajou, le mouvement sportif traverse une période de cataclysme marquée par des injustices multiformes et la violation permanente des principes et règles d’éthique et de gouvernance. Preuve à l’appui : pour environ une semaine de mission lors de la Coupe du monde 2010 de football, écrit-il, « rien que le trop perçu serait au-delà de 45 millions Fcfa par personne dont plusieurs sans activités pertinentes. Au même moment, pour quatre années d’activités, le Minsep n’a versé qu’une subvention insignifiante de un à trois millions Fcfa par fédération sportive sans critères de répartition transparents, clairs, précis et objectifs. Pire, il exige aux autres fédérations de payer plus de 1,5 millions Fcfa pour louer le Palais des sports de Yaoundé, construit avec l’argent du contribuable camerounais, afin d’organiser la coupe dans leur discipline respective. C’est tout simplement une injustice. »

Reniement

Enfilant ensuite la toge d’avocat défenseur des présidents de fédérations, Jonas Kemajou  estime que le Minsep passe du temps à résoudre des faux problèmes, à pénaliser les sportifs, à déstabiliser, vilipender et à mépriser les dirigeants fédéraux et surtout à « vider les caisses de l’Etat plutôt que de jouer son rôle de régulateur. » Résultats de courses : l’image du Cameroun est de plus en plus écornée sur la scène internationale ; l’engagement et les aspirations de la jeunesse sont brisés et frustrés, la corruption est devenue endémique et le mouvement sportif noyé dans les eaux troubles. Que dire du mépris que subissent les responsables fédéraux exclus de la liste officielle pour les derniers jeux olympiques sans aucune forme d’élégance alors qu’à moins de 24 heures du déplacement de la délégation officielle du Cameroun pour les Jeux, ce sont ceux qui ont réussi à relever le défi de quatre années de misères dans l’encadrement des jeunes en obtenant quelques minimas olympiques qui ont été exclus ?

L’auteur, sans mettre des gants, dénonce également l’immigration clandestine qu’il présente comme une option de « reniement de notre être » et d’abandon de la jeunesse. Pour mieux se faire comprendre, il convoque une situation dans laquelle il s’est retrouvé en juin 2009. « Le Minsep m’a appelé au sujet d’une équipe en partance pour l’Occident à une compétition de danses. J’ai exprimé tout mon étonnement et mon opposition car la Fécadansa n’était pas engagée à cette compétition. J’ai demandé des enquêtes qui n’ont jamais eu lieu. Je me pose des questions, comment un dossier d’une compétition fictive a pu recueillir tous les visas administratifs jusqu’au dernier qui est celui du ministre ? Il doit avoir un ou plusieurs réseaux d’organisation de l’immigration clandestine au Minsep ». Et de poursuivre, « un couple de danseurs a été invité officiellement quelques mois plus tôt avec prise en charge de tout frais et le Minsep n’a pas donné les facilités d’obtention du visa. Il m’a été dit en personne que pour ces choses, il faut venir pour qu’on en parle. A demi-mot : venez payer la douane car c’est une affaire de gros sous. Et je me demande quel montant est encaissé par jeune et pour combien de jeunes sacrifiés par an ».

Suicide 

Plus grave, accuse-t-il,  les fédérations soumettent chaque année leurs budgets au Minsep qui les consolide pour en faire son budget. Seulement, après avoir défendu et obtenu l’enveloppe budgétaire à l’Assemblée nationale, la tutelle reste de marbre. Aucune fédération n’est informée de ce qui a été approuvé et ne reçoit pas de subvention nécessaire pour mener ses activités.

Conséquence, « d’année en année, le potentiel d’encadrement baisse en chute libre et la jeunesse sportive est désillusionnée. La réalisation des missions des fédérations devient un parcours du combattant et à la limite du suicide pour les présidents de fédérations soucieux d’assurer un minimum d’activités », déplore-t-il avant de condamner le fait que les fédérations soient aujourd’hui dans une maison sans lumière, sans issues de secours et sans fenêtres d’aération. 

S’enfonçant dans la spirale des échecs et des urgences factices créées autour des supposés décaissements tardifs du ministère des Finances (Minfi), qu’il décrit comme étant le bouc émissaire bien ciblé et rabâché à toute occasion pour les besoins de la cause, Jonas Kemajou  indique que « pour détourner 65 à 75 % du budget initial d’une compétition, le Minsep appellera le président de fédération concerné deux jours avant la date de la compétition et lui dira : le Minfi n’ayant pas encore décaissé, et compte tenu de l’importance et de l’imminence de votre compétition, on a été obligé d’aller prêter dans les tontines pour financer 25 à 35% de votre budget. Mais ne vous donneront plus jamais l’information sur la différence dès que le Minfi aurait payé. Dans la réalité, le Minfi dans la majeure partie des cas aurait décaissé un à deux mois à l’avance la totalité du budget de la compétition ». conclut-il. Cette diatribe est-elle un nouveau cri dans la forêt ? On ne perd rien à attendre. 

Christian TCHAPMI

 


comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités

PUBLICITE