23/03/2013 19:25:42
Syrie. Importante interview d'Alain Chouet, ancien boss de la DGSE française à Damas
Interview d’Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets, très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.
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Alain Chouet

Interview d’Alain Chouet (photo ci-dessus), ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets, très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.

En résumé : le gouvernement français a perdu la boussole...

1/Totalement illégal

Hollande annonce ces livraisons d’armes avec une telle tranquillité qu’on peut en venir à penser que c’est légal, et que c’est juste un choix politique. Non, c’est totalement illégal. Aucun doute.

Le Point.fr : « Est-il opportun que la France livre des armes à l'opposition syrienne ? »

Alain Chouet : « Je suis confondu par cette affaire. On se trouverait complètement en dehors de la légalité internationale, dans une situation sans précédent. Pour prendre une comparaison, c'est comme si la France, en 1992, avait décidé unilatéralement d'armer le GIA (Groupe islamique armé) et le FIS (Front islamique du salut) algériens, sous prétexte qu'ils avaient gagné les élections et que les militaires avaient interrompu le processus électoral.

Dans le cas de la Syrie, nous armerions des groupes non représentatifs et reconnus par personne, si ce n'est par nous ! L’ONU n'a pas reconnu l'opposition, et d'ailleurs, de quelle opposition parlons-nous ? Elle est totalement hétéroclite et divisée, les militaires ne reconnaissent pas l'autorité des politiques et, à l'intérieur de la composante militaire, les milices djihadistes ont pris le pas sur les autres. »

Pour Alain Chouet, parler d’armes « défensives » ou « non létales » n’a pas de sens, parce qu’il s’agit d’armes « offensives », et surtout il souligne « Et je ne sais pas à qui on va les donner... » Il explique que l’Armée syrienne libre (ASL) est composée d'officiers et d'hommes de troupe « qui ont déserté vers la Turquie », laissant la place aux groupes salafistes et aux djihadistes.

Et il insiste : « Je repose donc la question : quelles armes allons-nous donner et à qui ? »

2/ Aucun mandat pour renverser Assad

Fabius avait appelé à l’élimination physique de Bachar el-Assad, et maintenant il veut le renverser. Alors ?

Alain Chouet : « Nous n'avons aucun mandat de l'ONU ou de qui que ce soit d'autre, ni de légitimité juridique pour renverser le président Assad quels que soient ses torts. Ce n'est pas aux Français ni aux Anglais de le faire, mais aux Syriens ».

Et il poursuit :

« Dès lors qu'un ministre des Affaires étrangères proclame qu'il va apporter une aide militaire à des étrangers désireux de renverser leur gouvernement, on entre dans une forme nouvelle et dangereuse de l'illégalité internationale »

3/ Quel avenir pour la Syrie ? 

Jean Guisnel l’interroge sur son appréciation globale sur la situation. 

Alain Chouet : « Depuis deux ans, la situation s'est gravement dégradée. On est dans un pays dévasté, ruiné, en proie à des affrontements ethniques et confessionnels, où rien ne sera plus jamais comme avant. On est entré dans une logique de guerre civile semblable à celle qui a ensanglanté le Liban pendant 15 ans. Mais je vous le dis nettement : ce n'est pas en armant des salafistes qu'on va arriver à une solution.

D'une façon hypocrite, la France a appelé à une solution négociée en disqualifiant d'emblée une des parties sommée de ne pas se présenter à la table des discussions, en l'occurrence le pouvoir en place. Que reste-t-il alors à négocier ? Depuis le début de cette affaire, on se trouve dans le flou militaire, juridique, politique ou idéologique. J'ai le plus grand mal à m'y retrouver. On est dans une ambiguïté absolue en soutenant en Syrie ceux contre lesquels on lutte ailleurs ».

Là, on touche le fond. Au Mali, un djihadiste est un ennemi, qu’il faut éliminer. En Syrie, c’est un combattant de la liberté, qu’il faut armer. Il y a vraiment de quoi se poser des questions sur nos choix diplomatiques et militaires.

Gilles Devers


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