02/05/2013 01:47:32
Dossier. Les visages des premiers sÚnateurs Úlus au Cameroun (Suite et fin)
Zoom sur les sénateurs (Suite et fin). 
Le Messager
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9. Nord-Ouest (par Donat SUFFO)

Achidi Achu Simon: le vieux renard de retour 

Old fox en anglais, soit « vieux renard » dans la langue de Molière, c’est le nom que lui collent ses camarades, militants du Rdpc de la région du Nord-Ouest. Et il l’accepte volontiers. Tête de liste Rdpc aux sénatoriales du 14 avril dernier, ce fils de l’arrondissement de Santa est connu pour sa théorie «politic na njangui, you scratch my back, I scratch your on». Traduction, la politique c’est comme une tontine, du donnant-donnant.

Le poste de sénateur est le dernier échelon qu’il vient ainsi de gravir dans sa vie. A 83 ans révolus, Achidi Achu a été tour à tour député de la nation, ministre de la Justice et Premier ministre,ministre de la Justice. La legislation camerounaise lui doit les fameuses ordonnances de 72 qui répriment sévèrement, entre autres le délit d’outrage sur mineur et le grand banditisme. Il est propulsé à la primature en 1992 avec pour mission principale, neutraliser les velléités frontistes de son frère du village John Fru Ndi qui venait de gagner un aura national en défiant le pouvoir en place en lançant les activités d’un nouveau parti, le Sdf, en 1990.

Il quitte la primature en 1996 et se consacre à l’agriculture dans son village où il a crée un ranch appelé Rock Farm. Il y pratique l’agriculture mécanisée et l’élevage des bovins, caprins et la volaille. Paul Biya n’oubliant pas ses amis d’hier a fait de lui Pca de la Société nationale d’investissement (Sni), il y a quelques années. Poste qu’il continue d’occuper jusqu’à son élection comme sénateur de la toute nouvelle chambre haute du parlement le 14 avril dernier. 

Awanga Zacharia : des affaires d’abord

Cet homme d’affaires doit son investiture au Rdpc-qui l’a propulsé aujourd’hui au tout premier sénat de l’histoire du Cameroun-, non seulement pour son loyalisme au parti au flambeau mais aussi et surtout pour sa généreuse contribution financière à la campagne présidentielle de 2011. Il avait personnellement versé un montant de 32 millions Fcfa pour cette campagne. Fils du département de la Momo, il s’est forgé un nom dans le landerneau de la banque en mettant sur pied en 1990 la National financial credit bank (Nfc-Bank). Aussi fait-il dans le secteur de l’assurance avec Samaritan Insurance Inc.), tout comme il a engagé la création d’une unité de montage de bus et tracteurs.Très réservé comme l’argent qui n’aime pas du bruit, Awanga Zacharia veut transposer au sénat, l’expérience qu’il a acquise dans le milieu des affaires. 

Wanlo Chiamua John : un dynamisme à tout va

Ce bonhomme à lui seul, a pu convaincre 12 conseillers municipaux Sdf  de son département, le Boyo, à voter pour la liste Rdpc, lors des sénatoriales du 14 avril. Il est maire de l’unique commune Rdpc de ce département. La commune de Fonfuka en l’occurrence dans l’arrondissement de Bum. Il est le plus jeune sénateur sur la liste que conduisait Simon Achidi Achu. Il a roulé sa bosse au sein de la douane camerounaise avant de prendre sa retraite, il y a moins de deux ans. Il assumait si bien cette fonction à Douala parallèlement à celle de premier magistrat municipal de la commune de Fonfuka. Il est même adulé dans cette municipalité non seulement pour ses réalisations en termes de développement mais aussi et surtout pour son caractère humble et son respect vis-à-vis des jeunes, moins jeunes et autres.

Mme Eno Lafon Emma Vergele : une femme de cœur

Cette native du département du Bui est la seule femme titulaire de la liste que conduisait le «vieux renard». Elle doit son investiture à son loyalisme au parti du 24 mars 1985. Elle sait mettre son sens maternel en exergue au sein de son parti à toute occasion quand elle prend la parole. Militante de première heure du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (Rdpc), elle a résisté contre vents et marrées au basculement dans les rangs du Sdf comme l’ont fait certains fils et filles de son département depuis 1990. Enseignante de formation, elle occupait jusqu’au 14 avril dernier le poste de directrice au ministère l’Enseignement supérieur.

Dinga Ignatius Bayin : prudent avec les espèces sonnantes

Ce fils du village Balikumbat a vu son rêve, celui de devenir sénateur, devenir réalité le 14 avril dernier, lorsque les résultats des urnes ont donné l’avantage au parti du flambeau. Président de l’organisation du développement de Balikumbat (Bado), il a passé le témoin le 30 mars dernier à un autre fils de ce village, après avoir dirigé cette organisation pendant 14 ans. Il cumulait cette fonction avec celui de président de l’association du développement du département du Ngoketunjia (Ngodeca). Il est également le président de la section Rdpc de Balikumbat. Toujours est-il que s’il a pu convaincre six grands électeurs Sdf dans son département, à voter la liste du Rdpc aux sénatoriales, il a également essuyé le revers de la médaille en voyant sept conseillers municipaux Rdpc accorder leur suffrage à la liste du Sdf. Cet inspecteur des impôts a été tour à tour trésorier-payeur général à Maroua, Nkongsamba et Bamenda. Il officie présentement au ministère des Finances à Yaoundé.

Jikong Stephen Yeriwa : un traditionaliste pur

Pendant la campagne dans son département d’origine du Donga Mantung, ce chef du village Jator né le 2 février 1945 disait à qui voulait l’entendre que c’est la première fois qu’il est candidat à un poste électif. Professeur de langue anglaise, il a roulé sa bosse comme enseignant à l’Université fédérale du Cameroun aujourd’hui Université de Yaoundé I de 1973 jusqu’en 2011. Titulaire d’un doctorat 3e cycle en 1979, il décroche avec brio le doctorat d’Etat es Lettres en 1995. Il a enseigné et superviser les travaux de recherche des étudiants doctorants jusqu’en 2011, année à laquelle il prend sa retraite. Il a été également secrétaire général au ministère de la Fonction publique, attaché à la Primature.

Wallang David Akuo : l’activisme dans le sang

La population de son Wum natal garde de lui le souvenir d’un « bagarreur », un pétitionnaire hors pair. N’eût-été la consigne de vote, il aurait eu a chaud dans le département de la Menchum. Son investiture a été une surprise pour dans le landerneau politique de ce département. Mais il a fait amende honorable auprès des grands électeurs et par extension à la population. Lors du congrès du Rdpc le 15 septembre 2011, il est rentré dans le giron des membres du Comité central du parti du flambeau. Ancien délégué départemental du ministère du commerce pour la Menchum, il bénéficiait d’une retraite dans sa ville natale, Wum. Son élection le 14 avril comme pionnier sénateur de la Menchum, lui a redonné de la vigueur. Il est par ailleurs président de la commission de passation des marchés publics dans le département de la Menchum.

10. Extrême-Nord (par Salomon KANKILI)

Abba Boukar : l'increvable maire de Mora

A pratiquement 80 ans, ce patriarche n’a décidément pas fini d’étoffer sa riche et longue carrière politique au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc)[…] Abba Boukar, candidat aux sénatoriales 2013. La nouvelle a fait le tour de l’Extrême-Nord, plongeant dans l’étonnement ceux qui l’ont cru à sa retraite politique cette année. Ce patriarche trône à la mairie de Mora depuis 33 ans. Charismatique et très écouté, il est par ailleurs président de la section Rdpc du Mayo Sava à Mora.

C’est surtout à lui que Talba malla, Amadou Ali et autre Cavaye Yeguié Djibril doivent leur notoriété dans la région de l’extrême-Nord. La riche et longue carrière politique de l’increvable maire de Mora se lit sur plusieurs pages : En 1972, alors qu’il n’a que trente (30) ans, Abba Boukar est élu député du Margui-Wandala, (aujourd’hui Mayo Tsanaga). A l’époque, les départements du Mayo Sava et du Mayo Tsanaga étaient rattachés à Mokolo. Il va siéger à la représentation nationale cumulativement avec ses fonctions de maire réélu en 2007, année de sa réélection à la tête de la mairie de Mora. La même année, le « vieux » âgé de 73 ans est appelé à présider la session de plein droit de la nouvelle législature. Contraint de choisir entre la mairie et son siège à l’Assemblée nationale, Abba Boukar décide d’être plus proche de ses populations.

C’est ainsi que son suppléant Abba Moulla Boukar le remplace à l’hémicycle de Ngoa Ekele. Ce natif de Mora (né vers 1940) a pleinement contribué à l’enracinement du Rdpc dans le Mayo Sava. Son investiture comme candidat au sénat, au moment où il subit le poids de l’âge, sonne comme une sortie honorable que souhaite lui réserver Paul Biya. Qui eût cru que cet infirmier de formation renoncerait à son métier pour consacrer entièrement le reste de sa vie à la gestion des affaires publiques ?

Mme Djakaou née Foutchou Julienne : plusieurs cordes à son arc

Madame Djkaou née Foutchou Julienne est née en 1957 à Djagara dans le département du Diamaré. Institutrice principale, elle est actuellement économe au collège d’enseignement général de Makabaye à Maroua. La dame qui jouit d’une grande notoriété à Maroua est par ailleurs délégué régional de la Chambre d’agriculture, des pêches, de l’élevage et des forêts (Capef) de l’extrême Nord. « J’ai été successivement responsable à plusieurs poste de service public et leader de plusieurs associations féminines. Sans me jeter des fleurs je suis pionnière dans la mise en place des associations et des groupements d’initiatives communes (Gic) », précise-t-elle.

Elle ajoute que vers les années 1992, il y a eu la loi régissant la mise en place et le fonctionnement des associations et des Gics. « J’ai été désignée par mes pairs comme présidente provinciale pour implanter les associations. Avant, elles évoluaient dans l’informel. La tâche qui m’incombait était de sensibiliser les populations afin qu’elles se mettent ensemble au sein des Gic et des associations pour bénéficier de financements ». C’est ainsi qu’elle a pu créer jusqu’en 1996 un peu plus de 6 018 Gic. Le ministre de l’agriculture à l’époque (Augustin Frédéric Kodock) l’a conseillé de mettre sur pied son propre Gic. D’où la naissance de l’Action généreuse pour l’intervention rurale (Agir). En 1988, Mme Djakaou éprouve le désir d’être formée. « je suis allée me former pendant deux ans », affirme-t-elle. Toute chose qui lui permet à ce jour d’encadrer aisément le monde rural. Son élection comme sénateur lui permet de mieux défendre la cause des sans-voix.

Zakiatou Djamo : la cause féminine, son affaire

Mme Zakiatou est une « ancienne » du Rdpc. Parti pour lequel elle milite depuis 1985. Née vers 1958 dans le canton de Doumrou à Kaélé, cette retraitée (depuis décembre 2011) a occupé les fonctions de contrôleur du trésor dans sa ville natale Kaélé. Au sein du Rdpc dans l’Extrême Nord, elle est très respectée et appréciée. Pour avoir personnelement pris part au tout premier congrès du Rdpc (président de section à l’époque, elle est capable d’écrire un livre sur l’histoire dudit parti. Elle est élue en 1985 2ème adjoint au maire de Kaélé. Présidente d’honneur de la section Ofrdpc du Mayo-Kani, membre titulaire du Comité central du Rdpc... cette dame a gravi toute les marches de son parti. Son élection au sénat s’apparente à une cerise sur le gâteau de son parcours. Elle aura, comme à son habitude, à cœur de défendre la cause féminine.

Mahamat Abdoulkarim : le maire devenu sénateur

Maire en exercice de Kousseri, il est né en 1949 dans la même ville. Marié et père de 05 enfants, ce commis de l’Etat a occupé plusieurs fonctions administratives, à savoir chef du secrétariat particulier du ministre du commerce, du ministre de l’élevage, des pêches et des industries animales. Il est élu (et réelu) député à l’Assemblée nationale entre 1988 et 1997. Depuis 1987 il est magistrat municipal de Kousseri. Au Rdpc il a occupé les fonctions de vice-président de la section départementale Rdpc du Logone et Chari (1986 à 1990). Entre 1990 et 2007, il est président de la section Rdpc du même département. Depuis 2007 il est président de la section Rdpc du Logone et Chari-sud (Kousseri-Waza). Il est par ailleurs président du syndicat des communes riveraines du fleuve Logone (Syncom/Logone).Mahamat Abdoulkarim est chevalier de l’Ordre de la Valeur depuis 1994. Sa cooptation pour le sénat fait l’unanimité dans son département.

Amrakaye Martin : un ex-parlementaire revient à la charge

Martin Amrakaye est né vers 1966 à Djarangoubou dans le Logone et Chari. Originaire de Bégué Palam dans l’arrondissement de Kai-Kai, département de Mayo-Danay, cet infirmier diplômé d’Etat embrasse la politique en 1996. 1996-2002, il est vice Président de la section Ojrdpc de Mayo-Danay. 1996-2007, il est élu conseiller municipal à la commune de Kai-Kai. 2002-2007, il occupe les fonctions de président de la section Ojrdpc du Mayo-Danay-Nord et député à l’Assemblée nationale. Entre 2007 et 2009, il est secrétaire général de la section Rdpc du Mayo-Danay Nord. Il est par ailleurs ophtalmologue dans un hôpital privé à Yagoua. A travers lui, c’est l’élite massa qui se targue d’être représentée au sénat.

Alioum Aladji Hamadou : le management au doigt

Après l’obtention de son baccalauréat, une licence et une maîtrise obtenue en France, Alioum Aladji est admis pour une formation en management. Il se consacre ensuite à l’enseignement. L’homme a tour à tour été directeur du collège de l’espoir à Maroua (1990 et 1996), trésorier adjoint à la Fécafoot (1996 à 1999) puis trésorier général à la même Fédération. Il est promu chef du département financier entre 2000 et 2005. Alioum Aladji Hamadou est le fondateur du centre de formation des footballeurs du sahel (Cffs). Centre dont le club est Sahel de Maroua. Alioum Aladji occupe les fonctions de président du comité régional olympique de l’Extrême-Nord depuis 2010. Ancien député Rdpc du Diamaré-centre 2002 et 2007, il est également trésorier de la section Rdpc Diamaré centre II. A 50 ans sonnés, il accède au sénat sans fracas, ni grincement de dents.

Abdoulaye Wouyack Marava : un fonctionnaire rompu à la tâche

C’est le sénateur le moins connu à l’Extrême-Nord. Abdoulaye Wouwack fait de la politique dans l’ombre. Il passe même pour en être un spécialiste de l’ombre. Pourtant l’on dit de lui qu’il est incontournable dans le parti dans cette région. Approché par un confrère à Maroua il a déclaré : "Après mon élection, je serai plus régulier sur le terrain (…) Les gens ont peut-être raison. Je suis d’abord un fonctionnaire et le travail au niveau central est tellement accaparant au point où je partage mon temps entre les services du contrôle supérieur de l’Etat où je suis inspecteur d’Etat et conseiller technique numéro 1 du ministre. Comme inspecteur d’Etat, je vais sur le terrain effectuer des missions de contrôle. Comme conseiller technique numéro 1 du ministre, il me côte les dossiers que je traite. Je travaille au Comité central dans la structure qui s’occupe des conflits et il y a tellement de dossiers à ce niveau-là. Tout cela m’accapare au point où je viens rarement à la base », a-t-il justifié.

Malheureusement, il y a une confusion de la part des militants qui ne mesurent le militantisme qu’à ce niveau. Abdoulaye Wouyack Marava est né à Mofolé, près de Mokolo en 1957. Après une partie de ses études primaires à Mokolo et une autre à Rey-Bouba jusqu’en classe de troisième, il est inscrit au lycée de Ngaoundéré, puis au lycée de Maroua. Il est ensuite admis à l’Enam d’où il sort administrateur civil (1980). Il est nommé chef de service du personnel au ministère de la Santé publique, puis conseiller aux affaires sociales et culturelles auprès du gouverneur du Sud à Ebolowa. En 1987, il est inspecteur d’Etat cumulativement avec ses fonctions de directeur des affaires générales au Contrôle supérieur de l’Etat jusqu’en 2007. La même année il est promu conseiller technique numéro 1 auprès du ministre délégué à la présidence chargé du contrôle supérieur de l’Etat. Il est militant du Rdpc depuis 1985. Depuis 2011, Abdoulaye est membre titulaire du Comité central du Rdpc.
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Erratum

Dans l’édition du Messager n° 3828, du mardi 30 avril 2013, une malencontreuse erreur s’est glissée à la page 8. Nous avions présenté Elvis Ngolle Ngolle comme sénateur de la région du Sud-ouest. Ce n’est pas le cas. Toutes nos excuses à l’intéressé et à nos lecteurs.
La Rédaction

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