La dégaine sans précédent du président Umaru Sissoko Embalo de Guinée Bissau contre son homologue Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire est à inscrire dans les annales du Panafricanisme.
C’est la première fois, depuis Thomas sankara s’en prenant ouvertement au gâteux papy françafricain Félix Houphouet Boigny qu’un chef d’Etat africain, prenant toute la mesure des responsabilités qu’implique la notion de panafricanisme, dit son fait à l’un de ses homologues qui s’amuse à jouer les ryrans domestiques dans son propre pays. La petite curiosité de l’affaire, c’est qu’à chaque fois, la Côte d’Ivoire est le pays dont le chef est “agressé” par son homologue à la tête d’un “petit pays” d’Afrique de l’Ouest.
- En 1983, lors d’un sommet de la CEAO (ancêtre de l’UEMOA) le défunt capitaine-président du Burkina Faso dit son fait au représentant du néocolonialisme français en Afrique de l’Ouest qui préside aux destinées de la Côte d’Ivoire ;
- 28 ans plus tard, le 16 avril 2011, alors que Alassane Ouattara, vainqueur de la guerre post-électorale contre Gbagbo célèbre une victoire qu’il a acquise grâce à l’armée française et en marchant sur les cadavres des milliers d’Ivoiriens, le gouvernement gambien annonce dans un communiqué qu’il ne reconnait pas Alassane Ouattara comme président de la Côte d’Ivoire. Pour le président gambien d’alors, Yahya Jammeh, Laurent Gbagbo reste « le président légitime de la Côte d’Ivoire selon la constitution». Pour celui qui était encore l’homme fort de Banjul, Gbagbo « ne peut pas être jugé alors qu’Alassane Ouattara, le président ivoirien choisi par la communauté internationale, est resté impuni après avoir massacré des milliers de civils, seulement pour être président ». « Il est aujourd’hui très clair pour tous les Africains que le complot pour recoloniser l’Afrique est bien réel, et que nous devons nous y opposer », pouvait-on également lire dans le communiqué.
- Et voilà que 9 ans après le coup de semonce de Yahya Jammeh, un autre président d’un autre “petit pays”, le Bissau-guinéen Umaru Sissoko Embalo, pose une question de conscience à ses pairs et aux peuples d’Afrique de l’Ouest :
A-t-on le droit de donner des leçons de légalisme à des militaires intervenus dans une crise politique qui risquait de faire une hécatombe dans leur pays, pour éviter que se produise le pire, alors qu’on ne se fait remarquer soi-même, depuis quasiment deux décennies, que par la violation de la Constitution de son propre pays, dans le but d’accéder au pouvoir par la force ou d’y demeurer ?
A cette question implicitement posée par lui lors du dernier sommet de la CEDEAO sur le Mali, le 28 aout dernier, le jeune nouveau président de Guinée Bissau a sa réponse toute faite et toute prête sur la question.
En Côte d’Ivoire
Une réponse qu’il n’a pas mis de gants diplomatiques pour partager avec ses homologues de la Communauté Economique de Développement des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sur fond d’attaque directe contre son homologue ivoirien, Alassane ouattara.
Selon l’observateur et blogueur ivoirien Chris Yapi, pour qui la sortie du président Embalo n’était ni plus ni moins qu’une manière de remettre à sa place Alassane Ouattara (cliquez sur le lien ci-avant pour lire la vidéo), le candidat à un troisième mandat présidentiel en Côte d’Ivoire, pays dont la Constitution ne prévoit que deux mandats seulement pour un même individu à la tête de l’Etat, a failli faire une crise d’apoplexie face à une telle prise à partie inattendue qui a laissé les autres chefs d’Etat de la CEDEAO sans voix.



