Ce verdict, plutôt favorable à bien y regarder, n’emballe pas manifestement ses partisans qui se seraient certainement attendus à sa relaxe pure et simple, pour des raisons qu’ils n’ont pas encore valablement explicitées à ce jour en dehors de vagues énonciations de l’innocence de Vital Kamerhe.
Le procès en appel de l’ancien Directeur du Cabinet du président Tshisekedi s’est soldé mardi par une réduction notable de la peine de cet homme politique congolais, condamné à 20 ans de prison l’année dernière pour coaction de détournement de deniers publics d’un montant de 50 millions de US Dollars.
Des 20 ans écopés initialement, le président du parti Union pour la Nationale Congolaise (UNC) n’en purgera plus finalement que 13 (treize), à moins qu’une instance juridictionnelle (Cour Suprême ou président de la république usant de ses prérogatives en matière de commutation de peines, de grâce présidentielle ou d’amnistie) n’en dispose autrement.
Ce verdict, plutôt favorable à bien y regarder, n’emballe pas manifestement ses partisans qui se seraient certainement attendus à sa relaxe pure et simple, pour des raisons qu’ils n’ont pas encore valablement explicitées à ce jour en dehors de vagues énonciations de l’innocence de Vital Kamerhe.
Aussi ont-ils fait savoir mercredi, soit le lendemain du verdict de la Cour d’Appel, leur irritation et les conséquences qu’ils tirent de cette affaire.
On apprend ainsi que « la Direction Politique Nationale a tenu une réunion extraordinaire… ce mercredi 16 juin 2021 », à l’issue de laquelle leur parti a non seulement condamné et dénoncé « les irrégularités criantes observées au cours de la procédure en appel, le comportement des juges… », mais a également constaté l’inaction du président de la République -malgré d’incessants appels-, dans le sens de « permettre à l’Honorable Vital Kamerhe d’accéder à un procès équitable ».
Chantage à la rupture
Conséquence de ce constat, la décision prise par la Direction Politique Nationale de « procéder dès ce jour à l’évaluation sans complaisance de l’accord de Nairobi et du partenariat politique aussi bien au niveau du CACH que de l’Union Sacrée de la Nation ».
Dans le communiqué rendu public à cet effet dont Cameroonvoice a lu la teneur, communiqué signé du Secrétaire général de l’UNC, Billy Eraston Kambale Tsongo, il est même question qu’en attendant les résultats de cette évaluation, les élus du parti, à tous les niveaux, suspendent jusqu’à nouvel ordre leur participation aux activités politiques de la coalition Cap pour le Changement (CACH) sous la bannière de laquelle Kamerhe et Tshisekedi s’étaient unis en 2018 pour aller à l’assaut de la présidence et de l’Union Sacrée de la Nation, y compris celles liées au groupe parlementaire CACH.
Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, l’instance réunie mercredi envisage, selon ses recommandations au “gestionnaire du parti au quotidien”, “d’étudier toutes les options politiques conformes à la loi en vue d’un partenariat politique dans le cadre duquel le parti obtiendra à tout prix la libération du président national l’Honorable Vital Kamerhe.
Voilà qui est clairement dit. L’UNC est désormais prête à tout pour obtenir la libération de son leader, y compris à une alliance avec le camp adverse, donnant ainsi raison à ses détracteurs qui ont toujours affirmé que son leader était un opportuniste, et qui ne s’était allié à Tshisekedi que pour s’offrir un parachute, à moins qu’il ne s’agisse d’une rampe de lancement dans la perspective de sa carrière présidentielle qu’il entendait lancer en 2024 à la fin du mandat actuel de FATSHI, comme le prévoyait d’ailleurs leur accord. « Voilà pourquoi je n’ai pas de la peine à accréditer l’accusation de complicité de détournement de 48,8 millions de dollars commis entre mars 2019 et janvier 2020 seulement, soit en seulement 10 mois. Le double agenda caché des auteurs pourrait être qu’ils allaient réussir à ternir la réputation du président auprès des populations auxquelles devait servir cet argent destiné au financement de la construction de 1.500 maisons préfabriquées dans le cadre du projet de logements sociaux lancés par M. Tshisekedi après son investiture en janvier 2019, d’une part, tandis que d’autre part, ils allaient disposer d’une surface financière leur permettant de s’imposer en achetant les consciences pour la réussite de leur campagne politique. Pour moi, cette façon de faire n’est pas différente d’un coup d’Etat politique », affirme D. K, étudiant congolais, militant du mouvement citoyen la LUCHA, qui ajoute : « Ce n’est pas pour les intérêts égoïstes de ces hommes politiques égocentriques que bon nombre de nos compatriotes sont tombés sous les balles de Hyppolite Kanambe alias Joseph Kabila Kambangue entre 2016 et début 2019. Il faut que ça se sache ! ».
Rappel des faits
Un temps ancien président de l’Assemblée nationale sous le régime Kabila avant de passer à l’opposition, et de soutenir résolument la candidature de Félix Tshisekedi lors de la présidentielle de 2019, Vital Kamerhe, Directeur de Cabinet du nouveau président élu n’avait pas tardé à être accusé de malversations financières relativement aux nouvaux chantiers infrastructurels que son patron avait mis en route dès son arrivée à la tête de la RDC. Ses complices, à savoir l’entrepreneur libanais Jamal Sammih et un autre Congolais, furent accusés l’année dernière de s’être sucrés sur l’argent destiné à la réalisation des logements sociaux. Depuis son arrestation, ses partisans crient à « l’ingratitude du président Tshisekedi qui a plutôt très mal récompensé celui qui a mis son expérience politique et sa hargne à son service pour qu’il devienne président. Il craignait de devoir retourner l’ascenseur à Vital en s’effaçant à son profit à la prochaine présidentielle. Maintenant, il le fait condamner à 13 ans de prison, cela lui permet de terminer les trois ans de mandat qu’il lui reste, d’en solliciter et gagner un deuxième avec le concours de ses soutiens américains, et ensuite de faire changer la constitution pour obtenir un troisième comme le font tous les dictateurs africains ».
Son de cloche différent bien entendu, dans le camp d’en face.Et non moins virulent : « Le président Tshisekedi n’a rien à voir avec ce procès Kamerhe, sauf si les gens parlent de l’indépendance de la justice sans la vouloir en réalité. Il veut gouverner avec toutes les bonnes volontés, quels que soient leurs antécédents avec les anciens régimes plus ou moins corrompus. Mais si quelqu’un pense qu’il suffit de lui apporter son soutien politique pour s’aménager une place de prédateur des biens de l’Etat immunisé contre tout devoir de reddition de comptes, c’est qu’il s’est trompé d’allié ».
Chaud devant !



