« On va être obligés de désobéir à Maurice Kamto qui ne fait que parler de paix alors que les actions du régime sont à chaque fois d’insolentes déclarations de guerre auxquelles les vrais patriotes doivent apporter une réplique, de la même nature que l’offense, en utilisant des méthodes similaires à celles des buveurs de sang qui usurpent le gouvernement de notre peuple et les agresseurs en uniforme (police, gendarmerie, armée, administration préfectorale) et en toge (magistrats et autres universitaires) à sa solde ».
Teneur d’un tract anonyme en circulation à Yaoundé et Douala, les mots repris supra glacent le sang. Ils donnent d’autant froid dans le dos que le Cameroun est déjà engagée dans une guerre des plus meurtrières dans sa partie occidentale (les régions anglophones sécessionnistes du Nord-ouest et du Sud-ouest qui représentent 9 % du territoire national et abritent environ 9% de la population), ainsi que dans sa partie septentrionale (30% du territoire) notamment dans la région de l’Extrême-Nord où outre la lutte contre la secte jihadiste Boko Haram) des affrontements communautaires faisant des morts par centaines et des déplacés par milliers entre Arabes-Choas, Mousgoum, Kotoko et Massa, sont désormais d’une inquiétante récurrence. Sans oublier la région de l’Est (plus de 20% du territoire) où les forces de défense et de sécurité du Cameroun ont maille à partir avec des rebelles dits “centrafricains” qui effectueraient de fréquentes incursions en territoire camerounais.
Les dernières exactions en date du pouvoir camerounais dont l’inconséquence a déjà placé plus de 50% du territoire dans une situation de grave instabilité pourraient être la goutte d’eau qui déborder le vase de la pusillanimité légendaire des Camerounais. Plus précisément les francophones dont le régime a éprouvé, jusqu’à n’en plus savoir que faire, le degré de tolérance, voire de complaisance.
En effet, Non content d’avoir encerclé le siège régional de du MRC à Douala le 30 novembre, puis de l’avoir séquestré dans un hôtel de la même ville pour l’empêcher de dédicacer un de ses ouvrages et, enfin, après l’avoir expulsé de la ville comme au temps où l’on bannissait de leurs villages des gens accusés de pratiquer la sorcellerie, le régime a massé dès le lundi 6 décembre 2021, d’importantes troupes devant le domicile du véritable président élu de la présidentielle de 2018, le Pr. Maurice Kamto.
C’est le lieu de rappeler que depuis la présidentielle susmentionnée à l’issue de laquelle le président sortant, Paul Biya, avait été proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel malgré d’énormes et flagrantes irrégularités dont l’une des plus évidentes fut la main basse sur 32 procès-verbaux de l’élection dont son camp fut accusé et au sujet de laquelle la complicité de l’organe électoral fut dénoncée, Maurice Kamto, officiellement classé deuxième, est devenu l’homme à abattre du régime et de ses soutiens tant à l’intérieur du Cameroun qu’à l’extérieur.
Emprisonné neuf mois durant en 2019 avec plus d’un millier des militants et sympathisants de son parti (Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun -MRC-), puis libéré sans procès sur injonction du président français, Emmanuel Macron, Maurice Kamto a été séquestré un an plus tard pendant plus de deux mois entre le 21 septembre et le 2 décembre 2020 dans son propre domicile à Yaoundé, la capitale, pour avoir appelé à des marches pacifiques contre l’organisation des élections régionales avant la mise sur pied d’un code électoral éthique, juste et consensuel. Quelques-uns de ses principaux lieutenants, dont son porte-parole, Olivier Bibou Nissack, et le Trésorier National du MRC, Alain Fogue… restent quant à eux détenus depuis quinze mois. Et si certains militants du MRC ont recouvré la liberté à la mi-novembre, une soixantaine d’autres ont été condamnés le 7 décembre à de très lourdes peines de prison par le Tribunal militaire de Douala, juste une semaine après que Maurice Kamto a rassuré ses camarades lors d’un rencontre aussi inopinée qu’improvisée à Douala que le reste des MRCistes arrêtés lors des manifestations pacifiques du 22 septembre 2020 allaient être libérés dans un bref délai de manière à passer les fêtes de fin d’année 2021 auprès de leurs familles respectives.
En condamnant 58 personnes(*) à des peines allant de 6 mois (pour quelques-uns) à 5 ans de prison (pour la plupart) ainsi qu’à de lourdes peines pécuniaires, le tribunal militaire de Douala qui n’est autre que le bras armé de circonstance du régime Biya-Ngoh Ngoh actuellement dirigé par Ferdinand Ngoh Ngoh(*) a envoyé un message clair à tous les partisans de la résistance nationale dont Maurice Kamto est le leader : « Vous avez dit avec votre leader que si nous vous poussons à la bagarre, alors, il y aura la bagarre. Alors voici la bagarre, osez descendre dans l’arène ».
Signes précurseurs du chaos
Selon de nombreux observateurs mais surtout des militants du MRC qui s’en sont rendu compte sur le tard tout en promettant qu’on ne les y prendra plus jamais, c’était déjà la signification première de la chasse à l’homme livrée à Douala à Maurice Kamto. A ce sujet, Cameroonvoice tient des services que les sbires du régime qui croyaient devoir affronter des mordus du changement et qui pour cela avaient déjà élaboré des plans de défilement, ont été, les premiers, surpris de la facilité avec laquelle ils ont réussi à expulser Maurice Kamto d’un hôtel à Bessengue sans qu’il leur soit opposé la moindre résistance. Aussi ont-ils voulu vérifier, une fois à Yaoundé, que les muscles des partisans de Kamto étaient vraiment de coton. D’où la présence des escouades de policiers armés jusqu’aux dents au domicile de Maurice Kamto pendant 48 heures.
Mais c’était le pied de nez de trop, car le énième siège de la résidence de Maurice Kamto a fait monter la tension de plusieurs crans dans les milieux de ses nombreux sympathisants qui après s’être renseignés, ont appris que c’est le chef de la police camerounaise, le vieux Mbarga Nguelé Martin (89 ans) qui aurait donné l’ordre de faire arrêter l’opposant. C’est ainsi que les assoiffés du changement (pas seulement des militants du MRC) ont entrepris de se mobiliser dès le 7 décembre pour faire face par tous les moyens à cette agression de plus, qui avait tout l’air d’un défi lancé à tous les démocrates, psque, comme le dira l’avocat, Tsapy Lavoisier, militant du SDF et adjoint au maire de Bafoussam 1er, lors de son passage à l’émission “Droit de réponse“ sur Equinoxe Tv, la séquestration de Maurice Kamto à l’hôtel de la Vallée des Princes n’était rien d’autre qu’une incitation au soulèvement : « Ce qui s’est passé à Douala, c’est également une incitation à l’insurrection. Depuis 20 ans, le RDPC incite le peuple au soulèvement. Mais les Camerounais sont patients. Ils ne veulent pas que le sang se verse » affirmera à ce sujet Me Tsapy Lavoisier.
Un constat fait par tous ceux qu’exaspèrent les abus du régime, contre Maurice Kamto et les militants du MRC. Ici, le ton est devenu très martial malgré la retenue forcée de certains partisans du président élu qui, tout en étant résolus à passer à la vitesse supérieure, essaient encore de se rappeler que le leader du MRC n’a pas cessé jusqu’ici de répéter qu’il n’entend pas utiliser d’autres moyens pour accéder au pouvoir que les moyens démocratiques. En fait, numériquement, ceux-ci ne font plus désormais le poids face à ceux-là, très menaçants, qui, choqués par l’oppression de Kamto et des militants du MRC, appellent carrément à la mobilisation de tous ceux qui, même au risque de leurs vies, pourraient donner au régime une réplique à la hauteur de ses offenses.
Réagissant très furieux mardi 7 décembre matin à l’encerclement la veille de la résidence de Yaoundé du leader du MRC, lundi soir, Ismaël Tombi un partisan de la Résistance Nationale dira au correspondant de Cameroonvoice à Douala, en insistant vouloir être cité nommément : « Je ne veux pas me cacher derrière l’anonymat. Les gens comme le commissaire de police hideux qui s’attaque tout le temps à Douala au président élu agissent à visage découvert, il est temps que les combattants de la liberté agissent aussi à visage découvert car le moment approche où nous allons répondre du tac au tac à toute offense ».
Egalement contactée par Cameroonvoice, Akamba S. Andréa , Camerounaise résidant en Belgique est du même avis : « il est temps que les Camerounais prennent leurs responsabilités en main pour défendre la légalité et la légitimité républicaines en souscrivant entièrement à l’appel de l’activiste Stéphane Tchoumbou (voire vidéo ci-dessous), pour protéger Maurice Kamto lui-même et remettre le pouvoir au peuple comme en Guinée, puisque l’armée camerounaise est trop couarde pour le faire. Que ceux qui ne peuvent pas intervenir physiquement apportent leur contribution pour la lutte, et on verra comment un régime qui a des comptes à régler avec le septentrion dont il orchestra et exécuta le massacre de dignes et vaillants fils en 1984, qui s’est mis à dos le Cameroun anglophone depuis cinq ans, pourra continuer de narguer les Camerounais avec sa prétendue “armée professionnelle” quand au moins deux des cinq régions francophones encore relativement stables au sud du pays se seront embrasées »(***).
Des réactions comme les précédentes ou plus incisives encore, car appelant carrément à « un soulèvement armé des populations pour restaurer la souveraineté du peuple si les forces armées continuent d’être trop indignes pour prendre leurs responsabilités comme au Mali et en Guinée, organiser ensuite une vraie transition consensuelle et, à terme remettre le pouvoir au peuple camerounais profond » , pour reprendre un militaire qui a requis l’anonymat et dont un proche parent fait partie des personnes condamnées mardi par le Tribunal militaire de Douala. « Ce qui me choque en plus, dit-il, c’est que mon frère n’était ni militant du MRC, ni un sympathisant de l’opposition. Il rentrait à la maison à P.K. 9 quand il a été happé par la police, copieusement bastonné et embarqué. Voilà que plus d’un an après, il en prend pour trois ans de prison, “cadeau !”… ». Et de conclure : « Quand je dis que ce régime doit être renversé avant que les Camerounais prennent eux-mêmes les armes pour transformer notre beau pays en une sorte de Lybie où l’on ne sait plus qui eut quoi, ni comment éteindre le brasier duquel sortiront certainement des gangs irréductibles et groupuscules terroristes, on me dit que je suis violent ».
Evidemment, pour qui sait à quel chaos type de chaos exposent les guerres civiles, et quelle surprise désagréable peut advenir d’un coup d’Etat si l’armée décide ensuite de confisquer le pouvoir pour soi-disant « remettre de l’ordre dans la maison », une alternance au sommet de l’Etat par la violence n’est pas toujours l’aventure politique la plus souhaitable. Mais au regard des frustrations auxquelles les gouvernants du Cameroun soumettent leurs administrés, on en est à se demander si le régime, habitué à jouer avec le feu sans conséquence ne travaille pas ardemment à ce que les mêmes causes qu’en régions anglophones produisent dans la partie francophone du pays les mêmes effets.
(**) Ministre d’Etat Secrétaire Général de la Présidence de la république, Ferdinand Ngoh Ngoh officiellement considéré comme le Numéro du palais de l’Unité est en fait ce régent de la république qui, dans le processus de transmission de gré à gré du pouvoir qu’il souhaiterait voir passerait outre les mécanismes constitutionnels de succession (constatation de la vacance définitive de la présidence, intérim assuré par le président du Sénat, nouvelle élection présidentielle 120 jours au plus après le début de la vacance…) travaille tout en douceur pour écarter le titulaire du siège, c’est-à-dire Paul Biya que des langues indiscrètes au sein du palais à Yaoundé et de la résidence de campagne de Mvomeka’a disent physiquement très mal en point., Cachant son jeu aux dires de ses contempteurs du sérail pour ne pas être découvert par le clan Bulu qui entend assurer la succession dynastique en montant en épingle un certain Franck Biya –le fils de l’autre- Ngoh Ngoh qui ne peut plus procéder à l’élimination physique de son créateur s’essaie à la méthode qui permit à Zine Abidine Ben Ali de renverser en 1987 le sénile père de l’indépendance tunisienne, Habib Bourguba.
(***) Entre fin 2016 et début 2018, des abus similaires à ceux exercés jusqu’à ce jour sans conséquence sur les partisans de Maurice Kamto avaient poussé des anglophones à prendre la résolution de rendre le Cameroun ingouvernable si le régime de Biya et Ngoh Ngoh ne revenaient pas à des sentiments apaisés en retenant la main meurtrière de leur armée qui se livrait à cœur joie à des meurtres et autres actes de torture sur les populations civiles, y compris des enfants incapables de distinguer leur droite de leur gauche. La menace fut réitérée avec plus de force quand le gouvernement refusa de présenter au pubic le leader sécessionniste Julius Ayuk Tabe et ses compagnons arrêtés au Nigeria début janvier 2018 et extradés au Cameroun en totale violation du droit international alors que la rumeur courait qu’ils avaient été tantôt torturés à mort où qu’ils étaient dans un état insoutenable pour toute personne soucieuse du respect des droits humains, consécutivement au traitement cruel qui leur avait été infligé par leurs geôliers du Secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie où ils étaient reclus. L’obstination du gouvernement à faire prévaloir le droit de l’Etat (?) d’utiliser la violence et la barbarie au nom du soi-disant « monopole de la violence légitime qui lui est conféré a poussé les régions anglophones du Cameroun depuis lors dans les bras d’un indescriptible chaos dont le pays tout entier peine à se dépêtrer. Au compteur, les statistiques les moins catastrophistes pointent plus de 60.000 morts dont des centaines, voire des milliers d’éléments des forces de défense et de sécurité, des milliers d’habitations et champs incendiés par l’armée, plus de 700.000 enfants empêchés par les affrontements récurrents sur le terrain, de se scolariser, plus d’un million de déplacés internes et plus de deux cent mille refugiés et exilés dans les pays voisins (plus de 70.000 au seul Nigeria) et européens…



