Au 13 décembre, cela fait exactement 264 jours que Manu Dibango a rendu son dernier souffle dans un hôpital parisien. Une nouvelle qui avait fait l’effet d’une bombe, mais dont la réplique ne pouvait pas être aussi retentissante au fort de la pneumonie virale. Manu Dibango avait donc été inhumé dans la stricte intimité familiale le 27 mars 2020 au cimetière Père Lachaise à Paris en France.
La mort de l’icône a suscité une pluie d’hommages de par le monde, y compris le très critiqué et réducteur message du président Paul Biya. L’octogénaire rattachait, de manière implicite, le saxophoniste à la réputation mondiale, à la communauté Sawa au Cameroun.
Un hommage national devrait indiscutablement être organisé à l’honneur de cet ambassadeur de la musique camerounaise et africaine. Mais depuis lors au Cameroun aucune annonce officielle n’a été faite dans ce sens. Si l’on pouvait accréditer l’idée de la menace permanente du coronavirus sur le sol camerounais, 8 mois et 20 jours après la mort de Manu Dibango, plusieurs manifestations organisées au Cameroun laissent apparaître que le régime Biya et les acteurs culturels n’accordent aucune importance à cet acte symbolique, s’il n’y ont pas tiré un trait.
Le coronavirus avait jusque-là été brandi comme le principal frein pour l’organisation d’une cérémonie digne de ce nom à cette icône mondiale. De cérémonies à grandes foules, il y en a eu à profusion dernièrement au Cameroun. On se souvient encore que le président Paul Biya, qui était resté muré dans son bunker depuis le début de la pandémie, a effectué une sortie des plus remarquées, du fait des impressionnants cortèges, le 12 novembre dernier à l’occasion des cérémonies funéraires organisées en l’honneur de Mme Bidjang née Régine Ngonda, sœur aînée du Chef de l’État. De l’hôpital Général de Yaoundé à Mvomeka’a où a été inhumée cette dernière le vendredi 13 novembre, les foules étaient nombreuses en présence de Paul Biya.
Dans ce registre on ne saurait oublier de parler des élections régionales du 6 décembre dernier qui ont également été l’objet d’importantes mobilisations au Cameroun parmi tant d’autres au plan politique. Les acteurs culturels ont également assumé leur insouciance face à un hommage véritable au saxophoniste légendaire. Ce 12 décembre 2020, qui marque la naissance de Manu Dibango le 12 décembre 1933, est passé inaperçu au Cameroun. C’était plutôt une journée dédiée aux joutes électorales au sein de la Société Nationale Camerounaise de l’Art Musical (SONACAM). Aucune adresse en la mémoire du musicien.
La population semble d’ailleurs entraînée dans cette offense légendaire. Au soir de cette journée qui aurait marqué le 87 anniversaire de Manu Dibango, le Ministère de la Culture a plutôt jugé bon (pour ses intérêts) d’accorder son parrainage pour le concert de l’artiste congolaise Dena Mwana, qui a réuni plus de 20 000 personnes au musée national du Cameroun, lieu symbolique pour le Cameroun et ses grands hommes, Dieu seul sait que Manu en est.
Manu Dibango, une légende éternelle à qui Cameroonvoice réitère un repos paisible en espérant un hommage digne de sa stature.



