Dans un article publié vendredi sur le site de l’organisation internationale de défense des droits de l’homme, Ilaria Allegrozzi, Chercheuse senior sur l’Afrique centrale de Human Rights Watch tire à nouveau la sonnette d’alarme sur la tragique situation des populations des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, affectées par la guerre que se livrent les forces de défense camerounaises et les séparatistes armés.
L’assassinat de trois chefs coutumiers imputés récemment aux sécessionnistes par les autorités camerounaises, mais que les sécessionnistes ont à leur tour attribué aux supplétifs des forces gouvernementales qui commettent des crimes et les portent au passif de la sécession pour rendre leur cause odieuse, fait partie des indices répertoriés par la responsable de HRW pour engager la responsabilité des séparatistes armés dans les faits dénoncés. Pour qui se rappelle combien les indices de HRW ont permis d’établir les responsabilités des forces camerounaise dans l’assassinat à bout portant de femmes et enfants dans la région de l’Extrême-Nord ou le massacre des femmes et enfants à Garbuh dans le Nord-ouest, il est difficile de penser que les séparatistes accusés puissent montrer patte blanche dans cette dernière affaire et d’autres encore, non moins scandaleuses.
Ci-dessous, le texte publié vendredi par la chercheuse
Les séparatistes armés multiplient les abus dans les régions anglophones du Cameroun
Des enlèvements et meurtres récents mettent en évidence la flambée des violences
Le 27 février, des séparatistes armés ont enlevé John (son nom a été modifié), un médecin de la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun et l’ont emmené dans leur camp. Ils ont accusé John de « ne pas avoir contribué à la cause », pointant une arme dans son dos et menaçant de le tuer. Il a été remis en liberté six heures plus tard, après paiement d’une rançon d’un montant de 300 000 francs CFA (544 dollars US).
« Ils ont dit que je devais leur donner de l’argent pour soutenir leur lutte pour l’indépendance, pour acheter des armes », a témoigné John à Human Rights Watch. « Ils m’ont dit de ne raconter à personne ce qui m’était arrivé, sans quoi, ils me tueraient, moi et tous les membres de ma famille. »
Des histoires comme celle de John ont trop souvent été entendues dans les deux régions anglophones du Cameroun. Depuis 2017, les séparatistes armés ont enlevé des centaines de personnes, dont des élèves, des membres du clergé, des dirigeants politiques et des travailleurs humanitaires, tout en appelant les régions anglophones à déclarer leur indépendance. Les séparatistes ont en outre imposé un boycott des établissements scolaires dans ces mêmes régions pour protester contre ce qu’ils dénoncent comme l’assimilation du système éducatif anglophone dans le système central francophone.
Le récent enlèvement de John s’est produit sur fond de regain de violences commises par les séparatistes depuis deux mois.
Le 13 février, des combattants séparatistes ont tué trois chefs de tribus dans le village d’Essoh Attah, situé dans la région du Sud-Ouest, parce qu’ils avaient refusé de leur reverser les bénéfices de leurs ventes de cacao et avaient promu l’éducation, selon les médias.
Le 9 janvier, des combattants séparatistes présumés ont tué le proviseur d’un lycée à Eyumojock et blessé celui d’un lycée de Tinto, tous deux situés dans la région du Sud-Ouest, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et les médias.
Les séparatistes ont entravé l’acheminement de l’aide humanitaire, tuant et torturant ceux qu’ils soupçonnaient de collaborer avec les autorités et les forces de sécurité. « Nous sommes à la merci de leurs armes », a confié un homme âgé de 35 ans de Bafut, dans la région du Nord-Ouest. « Les combattants séparatistes harcèlent tout le monde. Ils exigent de l’argent et si vous n’êtes pas en mesure de payer, ils vous menacent ou vous kidnappent. »
Les forces armées camerounaises, qui ont mené de multiples opérations marquées parfois aussi par des violations dans les régions anglophones, devraient garantir plus efficacement la protection des civils. Le Conseil de sécurité de l’ONU et les partenaires internationaux du Cameroun devraient faire comprendre aux dirigeants séparatistes que ces crimes ont des conséquences, notamment en imposant des sanctions ciblées, telles que l’interdiction de voyager et le gel des avoirs, à tous ceux dont la responsabilité est établie dans ces exactions.

