C’est le Premier ministre en fonction Claude Joseph qui a révélé l’information relative à l’assassinat du président Jovenel Moïse. Il a notamment indiqué dans un communiqué qu’un groupe d’individus non identifiés a pris d’assaut la résidence du président vers 1 heure du matin et a mortellement blessé le chef de l’État. Il a décrit l’assassinat comme un « acte odieux, inhumain et barbare ». Il précise surtout qu’il s’agissait d’une « attaque hautement coordonnée par un groupe hautement entraîné et lourdement armé », appris Cameroonvoice.
La première dame d’Haïti, Martine Moise, a été blessée par balle dans l’attaque et est évacuée vers un hôpital de Miami pour y être soignée selon l’ambassadeur d’Haïti aux États-Unis. Son état est stable mais critique, a précisé le diplomate Bocchit Edmond lors d’un point de presse.
Le défunt président avait nommé un nouveau premier ministre il y a seulement deux jours, à savoir M. Ariel Henry en remplacement de Claude Joseph qui avait été investi en avril dernier.
Nou Pap Dòmi, l’un des principaux groupes d’opposition haïtiens, a condamné cet assassinat. Le groupe, qui s’était auparavant montré extrêmement critique à l’égard du président et de l’ampleur de la corruption dans le pays, s’est dit choqué par la nouvelle et a appelé à l’unité et à la désescalade. « Nous ne pouvons pas continuer à compter les cadavres quotidiennement… toutes les victimes de massacres et d’assassinats doivent trouver justice et les responsables de ces actes doivent être traduits en justice », a déclaré le groupe.
Il y a un véritable vide juridique concernant la succession de Jovenel Moïse. Le président de la Cour suprême d’Haïti serait normalement l’intérimaire par excellence, mais il est récemment décédé de Covid-19. Pour que le Premier ministre Claude Joseph remplace officiellement le Président, il doit être approuvé par le Parlement haïtien. Or, en l’absence d’élections récentes, le parlement est de fait inexistant.
Âgé de 53 ans, le défunt président était exportateur de bananes. Il était un personnage controversé et a passé la majeure partie de l’année dernière à mener une guerre politique avec l’opposition au sujet des conditions de sa présidence. Nombreux étaient ceux qui, dans le pays, contestaient son droit de continuer à exercer la pouvoir cette année. Alors que les États-Unis, les Nations unies et l’Organisation des États américains ont soutenu sa revendication d’une cinquième année de mandat, ses détracteurs affirment qu’il aurait dû quitter ses fonctions le 7 février 2021, invoquant une disposition constitutionnelle qui fait démarrer le compte à rebours dès qu’un président est élu, plutôt que lorsqu’il prend ses fonctions.
Jovenel Moise a affirmé que son mandat de cinq ans devait se terminer en 2022, car il n’a prêté serment qu’en février 2017. Son investiture a été retardée en raison d’allégations de fraude électorale lors de l’élection de 2015, ce qui a conduit à un second tour présidentiel qui a été reporté à deux reprises en raison de ce que les autorités ont appelé des menaces et des « problèmes de sécurité. » Tout au long de sa présidence, l’organisation des élections aux niveaux local et national ont été à maintes reprises repoussée, laissant vide une grande partie de la machine gouvernementale du pays. Un référendum constitutionnel qui devait initialement se tenir le mois dernier a été reporté et devrait maintenant avoir lieu en septembre, en même temps que les élections présidentielles et législatives. Les élections municipales et locales ont été programmées pour le 16 janvier 2022, selon le calendrier électoral officiel.
La mort de Jovenel Moise survient dans un contexte d’extrême violence dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince. De nombreux Haïtiens ont déjà perdu la vie dans ces affrontements avec une aggravation depuis l’entame du mois de juin. Des groupes rivaux se sont affrontés entre eux ou avec la police pour le contrôle des rues, déplaçant des dizaines de milliers de personnes et aggravant la crise humanitaire du pays. La semaine dernière, le tristement célèbre ex-policier Jimmy Cherizier a juré devant les médias locaux de mener une « révolution» dans la ville.
Les dirigeants mondiaux ont dénoncé l’attaque, tout en exprimant leurs condoléances et leur solidarité avec le peuple haïtien.
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a condamné en déclarant que « les auteurs de ce crime doivent être traduits en justice. » Dans un communiqué publié par la Maison Blanche, le président américain Joe Biden a déclaré : « Nous sommes choqués et attristés d’apprendre l’horrible assassinat … et l’attaque contre la première dame Martine Moïse d’Haïti. Nous condamnons cet acte odieux, et j’adresse mes vœux les plus sincères de rétablissement à la Première Dame Moïse. » S’adressant plus tard aux journalistes, M. Biden a déclaré : « Nous avons besoin de beaucoup plus d’informations — mais c’est — c’est juste — l’état d’Haïti est très inquiétant », a-t-il dit aux journalistes.
Le président chilien Sebastian Piñera a appelé « à l’unité et à la paix pour renforcer la démocratie et trouver une issue à la grave crise que traverse Haïti », tandis que le président colombien Ivan Duque a condamné le meurtre « lâche et barbare ». Le Premier ministre britannique Boris Johnson a appelé au calme, se disant « choqué et attristé » par la mort de Jovenel Moise. Et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a tweeté « L’Espagne condamne fermement l’assassinat du président d’Haïti …. Nous appelons à l’unité des forces politiques pour trouver une issue à la grave crise que traverse le pays. »
Rappelons que Haïti est confronté à une situation économique désastreuse. Son économie, qui se contractait déjà avant la pandémie, a encore reculé de 3,8 % en 2020, et environ 60 % de la population vit désormais dans la pauvreté, selon la Banque mondiale.



