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… Esclavagisme en post-colonie du Cameroun : Comment le Français Socapalm a réduit l’entrepreneur Ngobile Lélé à la misère pour obtenir la Certification RSPO

Avec l’aide des esclaves de salon en son sein, et faute d’avoir connu du succès dans des actes de faux et usage de faux et autres faux en écriture, le mastodonte agro-industriel chasse comme un malpropre le seul Camerounais qui a osé lever le lièvre de l’exploitation de l’homme par l’homme dont des dirigeants du site de Kienkedans l’Océan sont devenus des chantres. Les affaires sont au tribunal. Mais Ngobile Lélé, promoteur des Etablissements Ngobile, avait été prévenu: malheur à celui qui dira des vérités de nature à entraver l’obtention de la prestigieuse certification RSPO(*) devenu ici l’objet de toutes les convoitises, autrement, une véritable obsession. Mais   même fragilisé à l’extrême, ce bout d’homme frêle sur qui pèsent des menaces de mort selon  nos sources sur le site de Kienke, entend rester ce qu’il a toujours été : un homme de principe foncièrement nationaliste et viscéralement humaniste. En dépit des manœuvres empruntant au méphistophélisme le plus abject qui sont ourdies çà et là pour le réduire au silence.  

Les faits

La genèse de cette affaire remonte aux premières heures de la collaboration du jeune entrepreneur camerounais avec la SOCAPALM, plus précisément son site basé au village Kienke (commune de Lokoundjé, à 4 km d’Akom II, sur la piste qui lie Akom II à Bipindi) d’où l’appelation “SOCAPALM Kienke.

Nous sommes en 2013 quand sieur Lélé promoteur de ce qui était au début les “Etablissements Lele et Fils” avant d’être transformé en SARL et de prendre la dénomination Etablissements NGOBILE, signe un contrat de prestations des services d’entretien des palmiers à huile et de récolte des régimes de noix de palmes avec la SOCAPALM Kienke. Il ne tardera pas à se rendre compte d’une entourloupe ourdie depuis la nuit des temps par la SOCAPALM sur le dos de ses contractuels, qui consiste à leur prélever 5,5 % du montant des factures à leur payer à titre d’impôt sur le régime du réel, alors que la loi fiscale dispose que c’est plutôt 2,2% qui doivent être prélevés. Une situation d’autant plus révoltante que sur les attestations de retenue à la source, il est marqué 2,2%. Comme quoi, la SOCAPALM n’a nullement besoin de se cacher pour perpétrer son coup de force ou plutôt son vol.   

Ngobile Lele va donc mettre sur pied une association regroupant d’autres prestataires de services de la SOCAPALM, pour dénoncer la mascarade. Saisis les dirigeants de la SOCAPALM vont tenter de les convaincre de la normalité de ce procédé. Mais lui, Ngobile, veut y voir plus clair en saisissant le Ministère des Finances, qui le redirige à la Direction Générale des Impôts où on essaiera de le convaincre une fois de plus qu’il doit se plier devant le fait accompli. Ngobile, on ne le refait pas, estime qu’on ne peut pas le voler, lui, et voler l’Etat en même temps. Il insiste auprès du responsable chargé de la répression de la fraude à la DGI qui finit par descendre sur le terrain et sanctionner la SOCAPALM dans le cadre d’une procédure de redressement de l’ordre de 542 millions de FCFA, non sans ordonner que soit respecté dès janvier 2017, le taux de 2,2% à retenir à la source sur les factures des prestataires de services, ainsi que le stipule la loi, en même temps que doit être reversé aux victimes des retenues excessives, le trop perçu. De cette dernière instruction, la SOCAPALM ne fera jamais rien, jusqu’à nos jours.

L’association des prestataires  à l’instigation du mouton noir de la bande qu’est devenu monsieur Lele, désormais sans le collimateur des mafieux, va même s’offrir les services d’un avocat qui, plus qu’à son tour, se mettra en tête de les rouler, en croquant à pleines dents les honoraires qui lui sont versés pour leur expliquer au final que la SOCAPALM ne peut pas être poursuivie, si oui, sur autorisation du Procureur de la République.  

Pendant qu’ils y sont, le compte bancaire de Ngobile Lélé est approvisionné comme par hasard d’un montant de 4,5 millions de francs dont il ne connait ni les tenants, ni les aboutissants. Par la suite, il est contacté par les services financiers de la SOCAPALM qui l’en informent et lui font savoir qu’il n’a pas à s’en faire s’il a déjà utilisé l’argent, car cela peut se compenser lors du paiement de ses prestations. , leur rétorque-t-il, arguant qu’il ne peut pas se permettre de dépenser de l’argent qui ne lui appartient pas, et qu’il suffisait que lui soit communiqué le canal par lequel retourner cet argent. Il le fera par chèque bancaire sur décharge dont Horizons Nouveaux est en possession d’une copie.

La suite des ennuis

Ce n’était pas cependant la fin des tribulations du jeune entrepreneur qui constate, après l’épisode des trop perçus d’impôts, que des cadres de la SOCAPALM se sont accaparés les travaux les plus juteux de l’entreprise au détriment des prestataires de services, et qu’après les avoir fait exécuter en catimini par leur main d’œuvre recrutée au noir, ils utilisent les prestataires comme des prête-nom en leur faisant endosser leurs factures pour en faciliter le paiement. Il le fait savoir aux victimes en mettant en garde ceux qui s’en rendent complices, du fait qu’ils auront à s’acquitter des impôts pour des factures qu’ils n’ont pas encaissées. Malheureusement pour lui qui croit défendre les intérêts de ses frères et confrères, ce sont ces derniers qui vont le dénoncer auprès des auteurs de cette mafia comme un fauteur de rébellion. Résultat des courses ou plutôt des représailles, Ngobile Lélé se verra priver de tout travail d’entretien entre 2017 et 2020. Jusqu’à ce que la SOCAPALM, engagée dans la quête de la certification RSPO qui a pour objet de valoriser son engagement dans la protection de l’environnement et le respect des droits de l’homme, d’attester de la qualité de ses produits, de prouver que l’entreprise répond aux attentes des consommateurs en matière de durabilité des produits et peut se démarquer pertinemment de ses concurrents, décide de certaines réformes en son sein. Des réformes qui se révéleront par certains de leurs aspects, une pilule amère pour les prestataires de services.

Par exemple, lesdits prestataires ont le devoir d’assurer leurs ouvriers à travers une compagnie d’assurance qui n’est connue que de la seule SOCAPALM qui prélève les frais à la source, sans leur communiquer la liste des hôpitaux où les ouvriers peuvent être pris en charge, pas plus que la SOCAPALM ne prend en charge les ouvriers soi-disant assurés ;

Il est imposé aux prestataires d’immatriculer tous leurs ouvriers à la CNPS, alors que la plupart de ces ouvriers qui pour certains ne disposent pas de cartes d’identité, sont des temporaires qui ne viennent que pendant les récoltes et ne sont liés à leur recruteurs par aucun contrat de travail, et par conséquent, peuvent décider après un jour, une semaine ou un mois de travail seulement, qu’ils doivent aller voir ailleurs.  

Il est également exigé aux prestataires des uniformes en double dont l’unité coute 6000 francs pour tous leurs ouvriers, mais les uniformes sont livrés par la SOCAPALM qui décide discrétionnairement du prix majoré à l’excès.

Se sentant dans l’impossibilité d’immatriculer ses ouvriers qui depuis trois ans n’ont pour tous travaux à la SOCAPALM que les récoltes, ce qui fait d’eux des saisonniers et non des permanents, monsieur Lélé va saisir le Directeur des Plantations (DP) lors d’une réunion qu’il a proposée à celui-ci et à laquelle participent le Chef de Service Administratif et Comptable (CSAC) et le chef de la Division Agricole (CDA) pour lui exposer ce problème et l’informer de ce qu’on ne lui confie plus des travaux d’entretien depuis trois ans, lesdits travaux étant désormais la chasse gardée des cadres de l’entreprise qui les exécutent en catimini et se font payer sur les factures des prestataires complaisants.       

Touché par cette situation, le DP instruira séance tenante que les assistants attribuent équitablement des travaux d’entretien en plus des travaux de récolte à tous les prestataires de services.

Subséquemment, cette instruction restera lettre-morte auprès de la dame qui assure les fonctions de chef de la Division 4 de la SOCAPALM. Celle-ci “avait son macabo” comme le dirait l’homme de la rue. Pas de travail d’entretien pour Monsieur Ngobile Lélé jusqu’à ce qu’en juillet 2020, cette dame l’informe un matin et de but en blanc, qu’il doit lui envoyer de l’argent pour payer des ouvriers ayant effectué des travaux d’entretien pour le compte des Etablissements Ngobile. Il flaire le stratagème malveillant : il n’a jamais été informé de ce qu’un travail d’entretien lui avait été attribué, et risquerait, s’il succombe à la tentation de la facilité, d’endosser des travaux mal faits qui finiraient de couler la réputation de son établissement qui est dans le viseur de ses contempteurs. Il refuse de coopérer et entreprend plutôt de dénoncer cela auprès du DP et demande que ces travaux dont il n’a jamais eu connaissance et dont il ne peut jurer de l’effectivité, encore moins de la qualité, soient retirés de son bordereau. Il laissera quand même que le paiement de ces travaux passe par es factures afin que celles-ci soient payées, mais aussitôt ses prestations payées, il émettra un chèque dont nous avons eu copie pour le retour en caisse de l’argent des travaux à lui frauduleusement imputés.

Que des obligations, des exigences et tutti quanti !

Après cet autre épisode, on lui colle relativement la paix en lui attribuant de menus travaux, tout en le confinant pour la plupart du temps aux travaux de récolte.

En février 2021, lors du premier audit interne dans la perspective de la certification, Ngobile Lélé a l’ultime audace de demander aux responsables de la SOCAPALM ce que les prestataires gagneraient lorsque la société sera certifiée RSPO. Il motive son interrogation par le fait que les réformes en vue d’obtenir cette certification n’ont fait qu’augmenter leurs charges à eux les prestataires, sans contrepartie, et sans que l’on voie la SOCAPALM, unique intéressée par la certification, leur apporter le moindre coup de main. Il évoque la fameuse obligation d’assurer les ouvriers alors que deux ouvriers ont récemment eu des problèmes de santé et que l’un d’eux y a même laissé la vie, sans que la SOCAPALM intervienne alors que ces gens sont assurés aux frais de leurs recruteurs qui n’ont nullement connaissance de l’identité de l’assureur.

En fait, c’est la Certification qui exige que les ouvriers soient assurés, immatriculés à la sécurité sociale et soient dotés d’équipement de Protection Individuelle (EPI, en l’occurrence les uniformes dont nous avons parlé supra). Mais les coûts financiers de toutes ces exigences sont imposés arbitrairement aux prestataires sans mesure d’accompagnement et ils étaient légitimement en droit de vouloir en savoir davantage.

A ce questionnement, Ngobile Lélé devient officiellement l’homme à abattre.

C’est ainsi que deux mois plus tard, soit en avril 2021, il lui est prélevé 10% à titre d’impôts au lieu de 5,5% comme le stipule la loi sur le régime simplifié (entretemps il est passé du régime du réel pour être assujetti au régime simplifié). Il s’en plaint auprès des services compétents de la SOCAPALM qui justifient ce coup de force par le fait que ceux qui en sont victimes ne figurent pas sur le fichier national du contribuable. Inadmissible, car cette inscription ne dépend pas du contribuable, mais du Centre de rattachement  des Impôts du contribuable qui doit l’inscrire au fichier national. Or le CDI de l’Océan dont nous dépendons était en pleine phase de digitalisation et n’inscrivait que progressivement. Les responsables de la SOCAPALM lui demanderont alors de prendre son mal en patience, car les 4,5% de trop perçu leur seront reversés dès que leur situation fiscale sera régularisée. Ngobile demandera pour cela un engagement écrit des responsables (DP et CSAC) de la SOCAPALM qui ne se feront pas prier pour rejeter sa demande.

Ce sera ensuite le statu quo jusqu’en août 2021, quand leurs noms apparaissent sur le fichier national.  Ils saisissent de nouveau les responsables pour leur présenter la nouvelle donne et exiger que leur soit reversé le trop perçu. Une fois de plus, ce sera en pure perte. Il leur est clairement signifié que cela ne se  fera pas, car cet argent a été reversé dans les caisses de l’Etat.

Des intimidations de toutes sortes s’en suivent, à telle enseigne que quatre des cinq prestataires qu’ils étaient dans cette situation finissent par jeter l’éponge, le laissant seul dans la revendication. Abandonné mais pas résigné, il demande à rencontrer le CDA et le CSAC, muni de son document sur le Code Général des Impôts. Après d’âpres discussions pendant lesquelles  Il leur fait voir leur duplicité, ceux-ci lui recommandent de saisir le chef comptable de la direction Générale à Douala, un certain TAMO,  pour la résolution de son problème. Mais à peine celui-ci a-t-il décroché le téléphone qu’il se met à sermonner le plus vertement du monde monsieur Lele pour son obstination à se quereller, et lui raccroche au nez.                    

« Il ne me restait plus qu’à revenir vers ceux qui m’avaient envoyé chez ce monsieur. Je leur écris en octobre pour leur proposer une autre rencontre afin qu’ils produisent la preuve que les 10% qu’ils avaient prélevés avaient été versés aux impôts », le 07 décembre 2021, soit 52 jours après cette correspondance, il leur en adresse une autre pour les mettre en demeure, soit d’avouer qu’ils n’ont pas versé aux impôts tous les 10% prélevés sur le montant de ses factures (auquel cas ils devraient lui rembourser les 4,5% prélevés en trop, éventuellement avec des intérêts car cette rétention s’assimilait à de l’épargne forcée) soit ils avouaient leur incapacité à recouvrer ce trop perçu et ils devaient l’en informer pour qu’il saisisse personnellement la Direction Générale des Impôts, sans qu’il soit encore nécessaire de recourir à leur intermède.      

Ngobile Lélé venait par ceci, de faire la réclamation de trop, car 15 jours plus tard, le 22 décembre 2021, il recevra pour toute réponse, une note lui signifiant la résiliation de son contrat. Ils exciperont de son absence à la réunion préparatoire à la certification RSPO. L’intéressé affirme pourtant la main sur le cœur qu’il y était bien en chair et en os, et qu’il a bel et bien émargé sur la liste de présence, ce qui ne peut nullement être le cas de l’un des deux signataires de la lettre de résiliation de son contrat, à savoir le CSAC, qui n’était pas présent à cette réunion, preuve que cette résiliation avait été rédigée et signée  avant la réunion en question.

En fait des sources à la SOCAPALM qui évitent de se faire identifier par les bourreaux des prestataires de services affirment que la cause du promoteur des Etablissements NGOBILE « était entendue depuis le début de l’année dernière quand il a questionné l’intérêt des contractuels dans la quête de la certification s’ils allaient continuer d’être les souffre-douleur des responsables de la société. Avec l’affaire des 10% prélevé sur le régime simplifié, sa situation s’est beaucoup assombrie et on craignait ici que l’audit qui a commencé le 21 février et qui va s’achever vendredi le 25 février (demain, ndlr) ne le trouve sur place, car il pourrait faire des révélations de nature à faire renvoyer la certification. ». Un ancien ouvrier de monsieur Ngobile qui serait dans la confidence d’un cadre de la SOCAPALM mais qui se dit reconnaissant à l’endroit de monsieur Ngobile parce que c’est lui qui m’a fait entrer dans cette boite pour la première fois, enfonce le clou. « La crainte que monsieur Ngobile pose des questions embarrassantes pour la SOCAPALM aux auditeurs a poussé nos dirigeants à le mettre à la porte, car lors d’une réunion préparatoire, il avait été clairement dit “Malheur à celui par qui arrivera l’échec de la société à la certification ».

Depuis lors, monsieur Ngobile qui a saisi les tribunaux camerounais pour le règlement de certains litiges avec la SOCAPALM ou certains cadres de la boite, n’a plus que ses yeux pour pleurer, car il avait déjà consenti d’énormes emprunts pour assurer pendant la période de récolte qui va du début de l’année au mois de juin. Il a même pour cela dû hypothéquer certains de ses biens immobiliers et cours le risque de recevoir la visite des huissiers de justice s’il n’a pas  d’activité rentable lui permettant de rentrer dans ses fonds et de rembourser ses créanciers d’ici à l’échéance prévue pour la fin des récoltes.

Ainsi va l’exploitation de l’homme noir par les multinationales françaises installées en Afrique noire. Avec bien sûr la complicité des nègres de service. Après, on fera toujours l’étonné de voir les rues africaines gronder comme au Mali, et au Burkina, au rythme de « A bas la France, zombie et vampire, assassin des peuples africains ».

Rodrigues Pountou

(*) La certification RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) est une certification qui atteste du fait que la compagnie privilégie une production d’huile de palme durable, c’est-à-dire économiquement viable, écologiquement appropriée et socialement bénéfique.

Source :HORIZONS NOUVEAUX MAGAZINE INTERNATIONAL N°168

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